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Leçon d'économie générale : l'expérience-limite chez Bataille-Blanchot-Klossowski
Milon Alain
PARIS OUEST
20,00 €
Épuisé
EAN :9782840163138
Klossowski, Bataille, Blanchot, ont été pour moi très importants. Et je crains bien de n'avoir pas fait dans ce que j'ai écrit la part suffisante à l'influence qu'ils ont dû avoir sur moi" : c'est en ces termes que Foucault reconnaît sa dette à l'égard de ces trois auteurs qui ont profondément pesé sur sa philosophie. Mais cette dette ne s'arrête pas à Foucault évidemment. On la retrouve chez Deleuze et Derrida, et bien d'autres intellectuels plus contemporains. L'intention de cet ouvrage est de proposer un débat autour de l'importance de ces trois essayistes, eux-mêmes marqués par les séminaires d'Alexandre Kojève sur Hegel de 1933 à 1939, sur la pensée contemporaine. Leur lecture critique de la filiation Hegel-Marx-Kojève sera à l'origine d'une pensée autre de la discontinuité, de la dissymétrie, de l'irréversibilité, de l'inconnu, de l'indétermination, autrement dit une façon différente de réfléchir sur la puissance d'une écriture hors langage pour reprendre l'expression de Blanchot. Face à ce triptyque Hegel-Marx-Kojève, nous proposons une autre filiation : Héraclite-Sade-Nietzsche, à l'origine de cette pensée du dehors. Que ce soit par l'expérience intérieure à partir de la négativité sans emploi chez Bataille, ou par l'expérience-limite et l'informulé dans le connu du mot chez Blanchot, voire par la simulation à partir de la gratuité chez Klossowski : c'est la remise en cause de notre usage du langage qui est mise en perspective. Bataille, Blanchot et Klossowski ont, pour reprendre les mots de Michel Foucault, "extrait quelque chose de toutes les oeuvres importantes de l'Occident, quelque chose qui leur a permis, non seulement de nous interpeller, mais aussi de faire partie du langage que nous parlons aujourd'hui" . Cet ouvrage se propose de redonner à ces trois auteurs la place qu'il leur revient.
La peinture de Bacon est angoissante. Elle nous met mal à l'aise. Elle montre une viande à l'état brut qui nous rappelle notre condition. La peinture de Bacon n'est ni informe ni difforme et n'a que faire du contour. Elle exprime autant le refus de la peau sans chair de La Déposition de la croix de Fra Angelico que de la chair sans peau de la Leçon d'anatomie de Rembrandt. La peinture de Bacon est faite de peu de chose. Sans artifice, elle s'attache au fait, rien qu'au fait. Ses aplats sont des territoires qui poussent du dedans pour écarter des contours trop étroits. Brutale, la peinture de Bacon s'attaque à l'intégrité du corps jusqu'à le faire exploser. Mais, elle est surtout sans concession comme pour dire que le corps n'est que le vestige de la viande.
Pourquoi sommes-nous passés de la question de la philosophie classique : que suis-je ? - une chose pensante -, à celle des premiers cliniciens de la fin du XIXe qui se demandaient : qui suis-je ? - une conscience gouvernée par un inconscient -, pour finir par l'interrogation prosaïque de la littérature contemporaine : suis-je ?- mon ego est ma demeure ? Comment comprendre la profusion actuelle de ces écritures du soi qui s'enferment dans les embarras sentimentaux de leur auteur ? Ecritures souvent à soi, sur soi, par soi et pour soi. Dans son journal intime, ses carnets personnels, ses confessions, son autobiographie, ses mémoires, ses souvenirs, l'écrivain n'est il pas tenté d'interdire toute présence étrangère en projetant, souvent par faiblesse, " ses émotions sur le papier " ? L'écriture n'est elle pas, par nature, un lieu d'effacement, un lieu d'hospitalité, un lieu dans lequel l'écrivain se met en suspension pour accueillir d'autres que lui. Si l'hospitalité est un accueil qui peut être recueil, l'accueil peut aussi vite devenir un écueil lorsque la présence de l'autre est vécue comme une remise en cause de soi. Antonin Artaud, en écrivant sur lui pour les autres, nous donne l'exemple d'une écriture ouverte sur le monde qui cherche à retrouver les qualités premières de l'homme.
Comme le métis n'est pas métis par son enveloppe, mais par sa capacité à se construire en permanence, le sujet n'est pas sujet par analogie mais par différence. La différence porte en elle le double à condition de comprendre que le double n'est pas deux fois une unité mais l'impossibilité pour une chose d'être une. Des notions (l'étranger, la différence, l'altérité, le métis, la relégation, le métèque, l'autochtone, le même, l'unicité, l'identité...) mais aussi des penseurs (Héraclite, Parménide, Blanchot, Levinas, Maître Eckhart, Platon, Michaux, Lao Tseu, Deleuze, Derrida...) pour mieux saisir la nature profonde de cette communauté humaine. Fragmenter l'unité apparente de chaque singularité pour faire remonter sa propre étrangeté : c'est à cet instant précis peut-être que le mouvement de la communauté prend tout son sens, quand il résiste à l'uniforme. Commun, communion, communisme, communauté, communautaire, communautarisme... le terme de communauté est complexe. Utilisé à tort et à travers il perd son sens. Qu'est-ce qu'une communauté finalement ? Comment distinguer la communauté du communautarisme et comment éviter de réduire la communauté au communautaire ou l'identité à l'identitaire ? "Qu'est-ce donc qui nous manque ?" , pour reprendre la question de Maître Eckhart. La communauté pour combler un manque ou la communauté comme comble du manque ? C'est l'interrogation centrale de cet essai sur la place de l'étranger dans la communauté humaine.
Résumé : L'art de la conversation s'exprime de mille et une manières. Mais, qu'elle ait de l'esprit ou qu'elle soit factuelle, qu'elle se produise dans la sphère publique ou dans un cadre intime, la conversation - ce concept aujourd'hui galvaudé - exige, pour être dûment pratiquée, d'être convenablement saisie selon les traits qui la constituent en son essence. En s'inspirant de Kant, quatre principes de sociabilité permettent d'en délimiter correctement la nature : la mise en commun du sujet de la conversation, l'absence de temps mort, le refus de changer de sujet pour des raisons superflues, la condamnation de toute ergoterie. Sur ces bases, l'auteur propose alors, en se fondant sur des moments de " crises conversationnelles " mises en scène par Matisse, Magritte, Hergé, Antonioni et Jacques Tati, une approche sociologique, philosophique et esthétique (à travers la peinture et le cinéma) de cet Art de la Conversation que nous pratiquons tous sans bien savoir à quelles règles éthiques il faudrait qu'il se soumette.
Résumé : Vérités et mensonges sont au coeur de la représentation cinématographique, qu'elle soit documentaire ou fictionnelle. Comme l'indique le titre français du film d'Orson Welles, F For Fake [ Vérités et mensongesl, les deux notions sont souvent indissociables. Le statut ontologique de l'image filmique est déjà problématique car elle produit une illusion de réalité. Le cinéma joue également avec la "vérité" à tous les niveaux : celui de la fabrication du film, de la mise en scène, du travail sur les décors, les effets spéciaux, etc. Le numérique crée à son tour un niveau d'illusion supplémentaire puisqu'il n'a plus besoin de référent dans la réalité. Depuis le documentaire jusqu'au film de fiction, voire ses déclinaisons dans le format sériel, on interrogera donc le cinéma de propagande et le documentaire, le montage des documents et, plus spécifiquement, du côté de la fiction, la manipulation des images et du point de vue chez certains cinéastes. Quelles vérités attendre de l'usine à rêves ? Comme le dit le journaliste à la fin de L'Homme qui tua Liberty Valance (J. Ford, 1962) : " This is the West, Sir. When the legend becomes fact, print the legend " (" C'est l'Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende").
Les relations d'un auteur et de son éditeur se résument-elles au contrat qui les unit ? Dans cet entretien, Marie Darrieussecq expose avec franchise et vivacité les relations qui la lient à son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des Editions P.O.L. Elle évoque son itinéraire éditorial, de ses débuts, avec le succès de Truismes, jusqu'à aujourd'hui, et réfléchit à son statut d'auteur.
Résumé : Les livres sont aussi des bibliothèques. Dans la salle de lecture de celle que constitue celui-ci, on peut croiser, entre autres, Thomas Bernhard, André Breton, Blaise Cendrars, Pascal Quignard, Pierre Michon ou encore Philippe Sollers, qui y forment une petite communauté provisoire. Chacun de ces lecteurs singuliers vient là pour des raisons diverses : pour voyager, dénombrer, rêver ou encore interpréter. On y rencontre aussi l'auteur qui s'interroge sur cette étrange passion lire dont il soupçonne qu'elle cache quelque chose. Il semble que chacun de ces lecteurs ait trouvé dans le livre un objet d'amour. Un objet d'amour qui en remplace un autre.
Résumé : Longtemps relégué dans l'ombre, le rire est aujourd'hui à la mode. Mais on s'intéresse presque toujours au rire pour d'autres raisons que le rire lui-même. On veut démontrer ses significations philosophiques, exalter ses vertus esthétiques, comme s'il fallait toujours s'excuser de rire et de faire rire. A rebours, L'Esthétique du rire veut s'en tenir au rire. D'abord, en rappelant son irréductible unité, malgré toutes les variantes ou sous-catégories qu'il est loisible d'énumérer (l'ironie, le burlesque, la satire, la blague, la parodie, la farce, etc.). Ensuite, en affirmant avec force que, s'il existe bien un art du rire, il n'est rien d'autre que l'art de faire rire, avec le plus de force et de plénitude possible. Pour saisir cette dynamique du rire, il fallait un dialogue entre les spécialistes du Moyen Age, des siècles classiques et de la modernité post-révolutionnaire. Mais l'histoire ne doit pas faire oublier l'essentiel: la nature anthropologique du rire. Le mécanisme comique plonge dans les zones les plus mystérieuses de l'homme: dans l'inconscient que refoule le moi sérieux; dans les mondes merveilleux de l'enfance; plus généralement, dans un stade archaïque et primitif de l'homme. L'art du rire opère la mystérieuse transfiguration des ténèbres opaques de l'intimité humaine en bruyant feu d'artifice. Et ce sont les extases d'imagination induites par cette inversion miraculeuse qui fait du rire un phénomène d'ordre esthétique.