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L'écriture de soi ce lointain intérieur. Moments d'hospitalité autour d'Antonin Artaud
Milon Alain
ENCRE MARINE
22,00 €
Épuisé
EAN :9782909422961
Pourquoi sommes-nous passés de la question de la philosophie classique : que suis-je ? - une chose pensante -, à celle des premiers cliniciens de la fin du XIXe qui se demandaient : qui suis-je ? - une conscience gouvernée par un inconscient -, pour finir par l'interrogation prosaïque de la littérature contemporaine : suis-je ?- mon ego est ma demeure ? Comment comprendre la profusion actuelle de ces écritures du soi qui s'enferment dans les embarras sentimentaux de leur auteur ? Ecritures souvent à soi, sur soi, par soi et pour soi. Dans son journal intime, ses carnets personnels, ses confessions, son autobiographie, ses mémoires, ses souvenirs, l'écrivain n'est il pas tenté d'interdire toute présence étrangère en projetant, souvent par faiblesse, " ses émotions sur le papier " ? L'écriture n'est elle pas, par nature, un lieu d'effacement, un lieu d'hospitalité, un lieu dans lequel l'écrivain se met en suspension pour accueillir d'autres que lui. Si l'hospitalité est un accueil qui peut être recueil, l'accueil peut aussi vite devenir un écueil lorsque la présence de l'autre est vécue comme une remise en cause de soi. Antonin Artaud, en écrivant sur lui pour les autres, nous donne l'exemple d'une écriture ouverte sur le monde qui cherche à retrouver les qualités premières de l'homme.
Klossowski, Bataille, Blanchot, ont été pour moi très importants. Et je crains bien de n'avoir pas fait dans ce que j'ai écrit la part suffisante à l'influence qu'ils ont dû avoir sur moi" : c'est en ces termes que Foucault reconnaît sa dette à l'égard de ces trois auteurs qui ont profondément pesé sur sa philosophie. Mais cette dette ne s'arrête pas à Foucault évidemment. On la retrouve chez Deleuze et Derrida, et bien d'autres intellectuels plus contemporains. L'intention de cet ouvrage est de proposer un débat autour de l'importance de ces trois essayistes, eux-mêmes marqués par les séminaires d'Alexandre Kojève sur Hegel de 1933 à 1939, sur la pensée contemporaine. Leur lecture critique de la filiation Hegel-Marx-Kojève sera à l'origine d'une pensée autre de la discontinuité, de la dissymétrie, de l'irréversibilité, de l'inconnu, de l'indétermination, autrement dit une façon différente de réfléchir sur la puissance d'une écriture hors langage pour reprendre l'expression de Blanchot. Face à ce triptyque Hegel-Marx-Kojève, nous proposons une autre filiation : Héraclite-Sade-Nietzsche, à l'origine de cette pensée du dehors. Que ce soit par l'expérience intérieure à partir de la négativité sans emploi chez Bataille, ou par l'expérience-limite et l'informulé dans le connu du mot chez Blanchot, voire par la simulation à partir de la gratuité chez Klossowski : c'est la remise en cause de notre usage du langage qui est mise en perspective. Bataille, Blanchot et Klossowski ont, pour reprendre les mots de Michel Foucault, "extrait quelque chose de toutes les oeuvres importantes de l'Occident, quelque chose qui leur a permis, non seulement de nous interpeller, mais aussi de faire partie du langage que nous parlons aujourd'hui" . Cet ouvrage se propose de redonner à ces trois auteurs la place qu'il leur revient.
Le livre a deux faces comme le Roy a deux corps. D'un côté, il se présente comme un objet plus ou moins bien fabriqué. De l'autre, il véhicule des idées, voire un style. Au tour du livre de montrer comment la matérialité du livre peut rendre compte à elle seule de cette duplicité. Les auteurs abordent ici plusieurs aspects de cette matérialité comme la page quand elle s'isole du livre, le blanc quand il devient la ponctuation du noir, le fragment quand il construit une autre grammaire du texte, l'image quand le livre devient scénario, l'hypermedia quand il refuse d'être la numérisation de l'écrit, ou l'auteur quand le livre le remet à sa place... tout ce qui finalement détermine, sinon structure la conception du livre lui-même. Mais, au tour du livre est-ce autour du livre ? Comment un tout petit espace sans caractère est capable de produire autant d'effet. Même sonorité, même orthographe, mais des intentions si divergentes qu'elles déroutent le lecteur. Dans un cas, le temps est convoqué ; dans l'autre, l'espace. Mais de quel espace et de quel temps rend compte le livre ? S'agit-il de l'autour du livre comme ce que le contour du livre dévoile, ou du au tour du livre comme le moment de son apparition ? Dans les deux cas, le livre reste la (dé)mesure des figures qu'il met en rapport, celle du texte, de l'auteur, du lecteur, de l'éditeur ou de son support. Le livre est bien un objet multiforme : le "au tour du livre" s'interrogeant aussi bien l'aspect physique que virtuel du livre.
Artaud n?est pas fou, ou s?il l?est, sa folie est à l?intérieur même de la folie : "que les aliénistes se rassurent, je suis fou même pour la folie". Etre fou même pour la folie afin d?échapper à la dualité normal/pathologique. Etre fou pour la folie afin de ne plus la hiérarchiser selon des échelles que mesurerait n?importe quelle nomenclature psychiatrique. Etre fou pour la folie afin de renverser l?évaluation même de la folie, montrer en fait qu?il n?y a pas un dedans ou un dehors du réel, mais que tous les moyens sont bons pour creuser des souterrains dans cette réalité. Artaud est fou même pour la folie car sa folie mérite plus que ce qualificatif. Il la pousse jusqu?à ce qu?elle ne soit plus contaminée par ce qu?en fait la raison. Artaud fait ainsi partie de ces écrivains qui ont la langue dans le collimateur, mais à la différence de beaucoup d?autres, il ne cherche pas à l?apprivoiser ou à la domestiquer, plutôt à se mesurer à elle. Dans cette lutte à main nue, sans artifice rhétorique, se trouve la force d?une langue hors langage, ou d?un travail sur le mot qui n?est pas dans l?expression façonnée par l?auteur mais plus globalement sous la langue quand la langue devient un corps autonome "Il faut vaincre le français sans le quitter,/voilà 50 ans qu?il me tient dans sa langue,/or j?ai une autre langue sous l?arbre,/il faut/le courant,/le délabyrinthé/le discursif...". Trouver cette autre langue sous l?arbre pour comprendre comment son écriture nous permet de passer de la langue d?Artaud à Artaud et la langue, tel est le projet de ce petit essai, petits pas de danse pour grand écart de la langue.
Résumé : L'art de la conversation s'exprime de mille et une manières. Mais, qu'elle ait de l'esprit ou qu'elle soit factuelle, qu'elle se produise dans la sphère publique ou dans un cadre intime, la conversation - ce concept aujourd'hui galvaudé - exige, pour être dûment pratiquée, d'être convenablement saisie selon les traits qui la constituent en son essence. En s'inspirant de Kant, quatre principes de sociabilité permettent d'en délimiter correctement la nature : la mise en commun du sujet de la conversation, l'absence de temps mort, le refus de changer de sujet pour des raisons superflues, la condamnation de toute ergoterie. Sur ces bases, l'auteur propose alors, en se fondant sur des moments de " crises conversationnelles " mises en scène par Matisse, Magritte, Hergé, Antonioni et Jacques Tati, une approche sociologique, philosophique et esthétique (à travers la peinture et le cinéma) de cet Art de la Conversation que nous pratiquons tous sans bien savoir à quelles règles éthiques il faudrait qu'il se soumette.
Le terme "technoscience", abondant dans les discours militants et journalistiques, absent des discours internes aux pratiques scientifiques, parfois utilisé par des philosophes ou des sociologues, est récent. Le substantif apparaît au milieu des années soixante-dix. Il est souvent chargé d'affects et d'une axiologie implicite: il constitue souvent une arme de lutte (nommer les phénomènes techniques et/ou scientifiques de ce nom c'est déjà, dans bien des contextes, les "dénoncer" ), mais est-il aussi le lieu d'une élaboration conceptuelle précise et consistante pour accueillir ce qui nous arrive et qu'on désigne ainsi? Et ce qui nous arrive sous ce nom est-ce, localement, une reconfiguration de la représentation des rapports entre sciences et techniques, ou bien aussi, plus largement, une manière nouvelle d'expérimenter quelques énigmes fondamentales (comme celle de l'Invention, ou bien encore celle de la Puissance)? On veut manifester dans ce livre l'ambiguïté fondamentale d'une "figure" aux facettes multiples - la technoscience -, qui traverse les registres de l'épistémologique, de l'économique et du politique,, pour assumer des inflexions proprement métaphysiques et même eschatologiques.
L'auteur se propose de dire les contenus du bonheur, en tant que celui-ci est l'activité toujours possible et toujours pensable d'un sujet libre, et une réalité à la fois extrême et accessible. Il s'agit aussi d'établir les conditions d'accès à ce bonheur et de déployer en même temps les actes qui le constituent. Car le bonheur d'être est plus qu'un "état" de conscience ou une condition "sociale; il est l'unité synthétique de quelques formes actives de la joie. La méthode employée ici n'est pas séparable de la doctrine. La phénoménologie en première personne décrit ici le sujet comme libre désir et comme réflexion fondatrice; cette phénoménologie est existentielle parce qu'elle est opérée par l'existant pour l'existant, se saisissant comme sujet actif. Trois étapes, formant les trois axes de la joie, sont analysées: la joie de se fonder soi-même en une première puis en une seconde fondation, la joie d'amour dans un registre tout autre que banal et dont se font l'écho Segalen, Thérèse d'Avila, Saint-John Perse ou Rilke, et enfin les formes poétiques et les formes actives de la jouissance du monde. L'ensemble de ce mouvement se déploie comme un Voyage qui est à la fois progression conceptuelle réflexive et itinéraire d'existence, expérience d'être. L'enjeu en est non seulement la signification du désir, mais encore le présent et l'avenir de la philosophie. Par l'analyse de la joie qui anime toute l'existence concrète, s'éclairent à la fois la juste révolte contre l'horreur et la validité de la jouissance et de l'espoir. Se dessine en même temps une philosophie du sujet en première personne, qui est aussi une philosophie de la liberté heureuse. S'exprime enfin la portée éthique et substantielle du cheminement d'une oeuvre conçu comme l'affirmation de l'être et du sens."
Angelus Silesius est le nom de poète que s'est donné à bon escient Johannes Scheffler, docteur en philosophie et en médecine, médecin à la cour impériale de Ferdinand III, prêtre ordonné en 1661, écrivain religieux, qui naquit en Silésie, à Breslau, en 1624, où il mourut en 1677. Le voyageur chérubinique - Der Cherubinischer Wandersmann - dont le seconde édition parue en 1675 (la première datant de 1657) contient 1676 distiques et brefs poèmes, est l'un des plus beaux livres de la poésie mystique européenne.
Au début du XIXe siècle, l'Europe découvrit le bouddhisme, et bientôt les textes bouddhistes parurent mériter l'attention des philosophes, lesquels écrivirent et épiloguèrent sur le chemin bouddhique et son but ultime: le "nirvâna". Mais comme ils échouèrent à s'en faire une idée positive - car le "nirvâna" suppose l'expérience "sui generis" de la vie allégée de toute souffrance -, ils l'interprètent comme néant. Le bouddhisme était un nihilisme. Ainsi le voient Hegel, Cousin, Renan, Schopenhauer, Gobineau, et Nietzsche avec eux. Mais tandis que les uns (les chrétiens) s'offusquent d'une sagesse d'anéantissement, que d'autres, tel Schopenhauer, y voient avec faveur la confirmation de leur pessimisme, Nietzsche lui oppose une sagesse néo-païenne, dite "tragique". Si "tout est souffrance", comme le veut Bouddha, nier la souffrance, c'est nier la vie: la sagesse tragique implique la "volonté de souffrir", non, certes, que souffrir soit bon en soi, mais, parce que, sans la souffrance, rien de grand ne se fait.