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Antenora
Mazzantini Margaret ; Raynaud Vincent
10 X 18
7,10 €
Épuisé
EAN :9782264047915
C'est au milieu d'une église vide, face au corps sans vie d'Antenora, sa grand-mère, que la narratrice remonte le cours du temps sur trois générations, évoquant comme dans un rêve une mosaïque de souvenirs et d'émotions. Les personnages de sa famille surgissent par touches impressionnistes, une succession d'anecdotes tendres et cruelles. Mais l'histoire d'Antenora, c'est aussi celle d'un siècle qui la confrontera à des épreuves décisives: les années sombres de la guerre, le fascisme et la déroute de l'après-guerre, le départ de ses fils au combat, les derniers instants de la vie conjugale et la solitude nouvelle. Révélée en France avec Écoute-moi, Margaret Mazzantini signe un livre hommage à la grâce délicate et subtile, comme un dernier adieu à l'aïeule.
Résumé : " Angela, adossée à ton corps innocent, il y a une chaise vide. A l'intérieur de moi, il y a une chaise vide. Je la regarde, je regarde son dossier, ses pieds, et j'attends, et il me semble entendre quelque chose. C'est le bruit de l'espoir. Je le connais, je l'ai entendu s'essouffler au plus profond des corps et affleurer dans les yeux des myriades de patients que j'ai eus devant moi. Je l'ai entendu se suspendre entre les murs de la salle d'opération, chaque fois que les gestes de mes mains décidaient du cours d'une vie. Je sais exactement de quoi je me persuade. Dans les grains de ce carrelage qui, à présent, bougent aussi lentement que des particules de suie, des ombres mourantes, je me persuade qu'une femme remplit cette chaise vide, ne serait-ce que le temps d'un éclair, pas de son corps, non, mais de sa pitié. Je vois deux chaussures échancrées couleur lie-de-vin, deux jambes sans bas, un front trop haut. Et déjà elle est devant moi pour me rappeler que je suis celui qui donne l'onction, un homme qui signe sans remords le front de ceux qu'il aime. Tu ne la connais pas, elle est passée dans ma vie quand tu n'étais pas encore là. Elle est passée, mais a laissé une empreinte fossile. Je veux te rejoindre, Angela, dans ces limbes de tubes où tu t'es pelotonnée, pour te parler de cette femme. "
Comme j'ai eu envie de les libérer, tous ces aïeuls d'enfance. Les voilà enfin. Ils sont venus chez moi. Ils apparaissent un à un entre les mottes de terre. Arrière-grand-père 0ffredo: présent. Arrière grand-mère Monda: présente. Trisaïeul Sauro Cerquaglia, s?urs Cerquaglia: présents. Grand-père Gioacchino... Oncle Paolo, toi aussi. Venez, on y va. On retombe tous en enfance. Tous avec moi dans le coucher de soleil rouge des champs. Je marche en file indienne avec mon bataillon bariolé d'ancêtres. Moi, en tête, avec une grande plume. En avant! Et le soleil apparaît discrètement à l'horizon, comme une hostie qui glisse dans une enveloppe... Une voix hurle: et moi? Toi aussi tu es derrière moi, au bord du précipice d'une montagne épointée. Présente-ente-ente-ente, répète l'écho dans la vallée de travertin. Sauve-moi, ma petite fille! Si tu ne peux pas me faire vivre, laisse moi au moins renaître en toi."Après Ecoute moi (paru dans la collection "Pavillons" en 2004), nous découvrons ici le premier roman de Margaret Mazzantini: à travers le destin d'Antenora et de ses quatre fils, l'histoire poignante d'une famille italienne au cours du XXe siècle, confrontée aux épreuves de la guerre, du fascisme et de la déroute de l'après guerre.
Extrait Farid et la gazelle Farid n'a jamais vu la mer, il n'a jamais mis les pieds dans l'eau. Il se l'est imaginée des milliers de fois. Piquée d'étoiles comme le manteau d'un pacha. Bleue comme le mur bleu de la ville morte. Il a cherché les coquillages fossiles enfouis depuis des millions d'années, au temps où la mer recouvrait le désert. Il a poursuivi les poissons lézards qui nagent sous le sable. Il a vu le lac salé, le lac amer et les dromadaires couleur d'argent qui avancent tels des navires de pirates usés. Il habite dans l'une des toutes dernières oasis du Sahara. Ses ancêtres appartenaient à une tribu de Bédouins nomades. Ils s'arrêtaient dans les oueds, ces lits de fleuve recouverts de végétation, et ils montaient leurs tentes. Les chèvres allaient paître, les femmes cuisinaient sur les pierres brûlantes. Ils n'avaient jamais quitté le désert. Ils se méfiaient un peu des gens de la côte, marchands, corsaires. Le désert était leur maison, ouverte, sans limites. Le désert était leur mer de sable. Tacheté de dunes comme le pelage d'un jaguar. Ils ne possédaient rien. Rien que des traces de pas que le sable bientôt effaçait. Le soleil faisait glisser les ombres. Ils étaient habitués à résister à la soif, à se dessécher comme des dattes, sans mourir. Un dromadaire leur ouvrait la voie, une ombre longue et tordue. Ils disparaissaient au milieu des dunes. Nous sommes invisibles aux yeux du monde, mais pas à ceux de Dieu. Ils se déplaçaient avec cette pensée au coeur. L'hiver, le vent du nord qui soufflait sur l'océan minéral desséchait les burnous de laine qu'ils portaient, la peau se racornissait sur les os comme celle des chèvres sur les tambours. Des malédictions ancestrales tombaient du ciel. Les creux de sable étaient des lames et l'on se blessait à vouloir toucher le désert. Les vieux étaient enterrés là où ils mouraient. Abandonnés au silence du sable. Les Bédouins repartaient, lignes d'étoffes blanches et indigo. Au printemps naissaient de nouvelles dunes, rosées et pâles. Des vierges de sable. Le ghibli en feu approchait, escorté par le gémissement rauque d'un chacal. Comme des esprits voyageurs, de petits tourbillons de vent plissaient çà et là la surface du sable. Puis des rafales rasantes, aussi affilées que des cimeterres. Une armée ressuscitée. En un rien de temps le soulèvement du désert dévorait le ciel. La frontière avec l'au-delà n'existait plus. Les Bédouins se recroquevillaient sous le poids de cette tempête grise, s'abritaient derrière le corps des animaux tombés à genoux comme sous la chape d'une immémoriale condamnation. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Il est écrit sur son passeport qu'il est né à Sarajevo. Il pense que cette ville est un no man's land où j'ai échoué par hasard, pour suivre un père qu'il n'a pas connu. Une seule fois, il m'a demandé comment il était né. Il était en neuvième, il fallait qu'il raconte sa naissance dans un devoir. Nous avons collé une photo de lui, bébé, sur une feuille cartonnée."Qu'est-ce que j'écris, maman?"[...] Puis j'ai vu son devoir affiché avec ceux des autres enfants sur le grand tableau scolaire de fin d'année. [...] J'ai fait face aux mots de mon fils, un gobelet d'orangeade à la main. Il avait décrit une naissance banale et douceâtre. Et cette banalité m'émouvait. Nous étions comme les autres - moi, une maman"très douce", et lui, un"nouveau-né joufflu". Notre histoire absurde se perdait parmi tous ces récits de naissances normales, aux rubans bleus et roses. Il avait inventé cela mieux que moi. Aussi maigre que son père, le visage pâle du citadin, tournant vers moi ses yeux paisibles de parfait complice, il m'a lancé:"Ça te plaît, maman?"Une de mes larmes a coulé dans l'orangeade."