La popularité actuelle de Sherlock Holmes, son importance dans notre paysage, posent la question de savoir pourquoi il est, plus que jamais, notre contemporain. Notre société, plus victorienne qu'il n'y paraît, voit monter un certain nombre d'angoisses et d'inquiétudes urbaines - économiques, sociales, médicales - qui ravivent du même coup le paradigme d'un enquêteur quasi infaillible, capable de résoudre, avec rapidité, élégance et brio des énigmes pourtant retorses, défiant les compétences de la notice officielle. Un retour au texte de Conan Doyle montre pourtant que ce paradigme est instable, que le détective est capable de toutes les métamorphoses et de tous les déguisements. Le fait que la série de la SOC Sherlock transpose aujourd'hui avec une aisance ludique l'univers créé par Conan Doyle dans le Strand Magazine à la fin des années 1880 illustre la foncière plasticité et adaptabilité de la figure du célèbre détective, jusque dans le monde des téléphones portables et d'Internet qui est le nôtre. Les actes du colloque international "Sherlock Holmes ; un nouveau limier pour le XXIe siècle" tenu à Cerisy-la-Salle en 2014 remontent aux sources mêmes du mythe littéraire pour suivre les évolutions subies par ce couple éminemment malléable qu'est le duo formé par Sherlock Holmes et le Dr Watson. Des premières adaptations pour l'écran muet, réalisées du vivant même de l'auteur, jusqu'aux séries télévisées actuelles, entre réécritures et pastiches qui passent par le cinéma, la BD, et la littérature, les auteurs ici réunis traquent les formes esthétiques et les supports divers qui ont porté l'image protéiforme du détective et de son acolyte jusqu'à nous, creusant le personnage aux attributs si reconnaissables pour mieux en dégager ta profondeur. Venu à nous "d'un Londres de gai et de bruine", Sherlock Holmes est bien, selon Borges, "une de ces bonnes manies qui nous restent".
Le monstre est un motif récurrent et inépuisable des histoires à faire peur ? il est tapi, secret, dans notre quotidien. Figure malléable à l'extrême, il peut prendre une infinité de formes, et autorise une créativité sans véritable limite. Sa monstruosité peut même consister en ce qu'il n'a pas une forme fixe. Aussi, dès lors qu'on se penche sur la question du monstrueux, s'impose la question des signes, si instables soient-ils, qui permettraient de le désigner comme tel, et celle de savoir si ces signes sont identifiables. L'objectif du présent ouvrage est d'analyser de quelles manières les différents arts s'emparent de l'altérité monstrueuse pour en penser les signes, et pour pousser ceux-ci vers leurs limites : littérature, sculpture, peinture, cinéma, bande dessinée, séries télévisées, jeux vidéos, installations et performances ont vocation à mettre en scène, et à interroger, les formes du monstrueux.
Résumé : S'appuyant sur un corpus à la fois littéraire et artistique, cette livraison d'Otrante s'intéresse aux mutations des corps dans un processus d'évolution qui peut revêtir plusieurs formes et s'appliquer à un sens, un membre, ou à une entité dérivée d'un corps originel (avatars, clones, esprit numérisé, etc.). La révolution de l'informatique et du numérique, l'explosion des télécommunications et des réseaux, la nouvelle "culture de l'écran", ont profondément modifié notre rapport au monde et à autrui. Pour ces raisons, les mutations corporelles peuvent se doubler de diverses formes d'évolutions psychologiques ou psychiques, voire cognitives, lorsque l'esprit se dissocie du corps auquel il était associé depuis Descartes. Corps mutants ou esprits numériques, dans les deux cas la réflexion sur la nature humaine s'inscrit dans une perspective plurielle où le devenir de l'espèce est en jeu. La perspective se fait alors plus politique et les posthumains se trouvent souvent plongés dans un cadre dystopique et une dynamique temporelle qui aboutit à un cataclysme. Ce dossier marque une autre étape concernant les travaux qui animent depuis quelques années la communauté des chercheurs autour de l'imaginaire des cyborgs, du posthumain, des mutations et autres évolutions de l'espèce - notamment des mutations génétiques - et plus largement des effets produits à partir de la cybernétique. Il montre aussi le dynamisme manifesté sur ces sujets dans la francophonie. Intitulé " Mutations I ", ce dossier est le premier d'une série où seront abordées les subjectivités numériques, puis les mutations et autres contaminations liées à la biologie et à l'infiniment petit.
La notion de biopouvoir défi nie par Foucault comme le contrôle de la vie par une forme de pouvoir souvent (mais pas seulement) incarnée par l'Etat, a fait preuve de sa pertinence lors de la pandémie de COVID-19. Cet ouvrage analyse plus particulièrement les formes multiples du biopouvoir, les résistances et les adhésions qu'il peut susciter. Il tente de comprendre leur mise en oeuvre dans la culture de l'écran telle que vécue par nos sociétés contemporaines. Littératures anglophones et productions télévisuelles, de Margaret Atwood à Don DeLillo, de Desperate Housewives à Westworld, côtoient ainsi des analyses des systèmes de gestion d'épidémie, de reconnaissance faciale, et des figures tutélaires de la fiction comme le monstre ou le zombie. Le livre permet de réfléchir aux formes du biopouvoir, dans ses manifestations corporelles, sociales, numériques, et culturelles, à la fois sous l'angle de la discipline et de la biopolitique.
A Rome, religion et pouvoir sont étroitement imbriqués, comme le montre le relief en couverture du volume : autour de l'autel, le dieu (Mars en l'occurrence) et le magistrat veillent de concert à la clôture des opérations du census qui, tous les cinq ans, définissaient la place de chacun dans la communauté civique. Cet ouvrage permet de mieux appréhender les rapports entre religion et pouvoir dans le cadre des collectivités romaines, de la deuxième guerre punique à la fin des Sévères. Avec les pratiques rituelles pour fil conducteur, il privilégie trois problématiques : les institutions, les acteurs dans leurs espaces et pratiques, et les changements face à l'évolution des situations historiques. L'enquête est nourrie des renouvellements historiographiques opérés depuis deux générations dans l'histoire des religions comme dans l'histoire politique et sociale du monde romain.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Au Moyen-Age le pouvoir se conjugue aussi au féminin. A rebours de la conception française du rôle des princesses de haut rang définie par la loi salique, les comtés de Flandre et de Hainaut sont, entre 1244 et 1503, le lieu d'exercice d'un pouvoir par les femmes. Marguerite de Constantinople, Marguerite de Flandre, Jacqueline de Bavière ou encore Marie de Bourgogne ne sont pas seulement filles, épouses, et mères : elles sont avant tout des femmes régnantes. Outils de validation et de pouvoir, leurs sceaux permettent de définir les contours de leur pouvoir politique et la singularité de leur statut. Par leurs spécificités iconographiques, héraldiques et emblématiques, les sceaux des princesses soulignent la place des femmes au sein de leurs lignées et comtés. Ce corpus sigillaire inédit, mis en regard avec les actes au bas desquels ils sont apposés (chartes, mandements, quittances), révèle les effets concrets de leur gouvernement. A travers l'histoire des pratiques de l'écrit et des représentations, ce sont les pratiques politiques des comtesses de Flandre et de Hainaut qui sont interrogées. In fine, cet ouvrage sur le pouvoir des femmes et les femmes de pouvoir se veut une contribution à l'histoire des femmes et du genre. Préface de Olivier Mattéoni
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.