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La pluie jaune
Llamazares Julio
VERDIER
13,18 €
Épuisé
EAN :9782864321057
Au seuil de la mort, un homme achève l'expérience extrême de l'abandon. Pour conjurer la peur, il parle. Il raconte avec une grande pudeur et une douceur infinie, sa cruelle traversée. Il réveille dans ce village oublié des Pyrénées aragonaises, les visages disparus que la maladie, la vieillesse, la guerre mais surtout l'exode ont emportés jusqu'au dernier - lui. Il évoque sa résistance obstinée contre les forces de la nature, contre les mensonges de la mémoire, les illusions du réel ou les exaltations de la folie. Ce chant âpre et fascinant - écrit dans une langue simple mais imagée, sensible, enveloppante, volontiers itérative au point de susciter ce sentiment étrange de déjà vécu - emporte celui qui écoute vers un point de vertige où s'évanouissent ensemble, dans la chute lente des feuilles de l'automne, l'éphémère et l'éternel.
La vie de Pierre Bourthoumieux, pharmacien et résistant toulousain d'origine lotoise, mort en 1945 à trente-sept ans, couvre deux périodes, liées entre elles par une même foi dans le socialisme et un courage exemplaire. D'abord, une douzaine d'années d'un militantisme fervent et intègre qui s'exprime avec impétuosité sur les estrades de la SFIO et dans la presse du Lot. En 1940, revenu blessé du front, Pierre Bourthoumieux voit la France flancher et c'est la fin d'un espoir rendu déjà ténu par les derniers événements des années trente. Puis, aussitôt le rugbyman se relève. Il rassemble ses amis, fonde un Comité d'action socialiste clandestin pour Toulouse, active la branche locale du réseau de renseignement Brutys et crée des maquis dans le Lot, Repéré par la Gestapo, il est arrêté lors d'une mission à Lyon. Vainement torturé à Montluc, il est déporté en Allemagne et porté disparu. Un demi-siècle après, le petit-fils du "Tribun" est parti à sa recherche, accomplissant l'indispensable devoir de mémoire envers celui qui, comme l'écrit Pierre Mauroy dans sa préface, a pris des risques mais a eu une vie d'homme libre.
Le sablier est retourné : au milieu des années 1920, un équipage de l'Aéropostale tombe aux mains des I Maures ; c'est la course pour sauver Germain, Pinte et Zaraf. Dans les années 2010, un reporter du nom de Cornel s'embarque sur le rallye aérien qui suit la Ligne, avec des fous de l'aviation et dans la poche les secrets du passé et le souvenir cuisant d'une pierre magique. Leurs aventures baroques en Espagne et au Maroc, jusqu'aux confins d'un désert peuplé de fantômes et de trafiquants, nous conduisent aux sources de l'énigme.
Quatre jeunes gens traqués par la haine fratricide tâchent de survivre dans la montagne, cachés dans les cavernes et les bois. La guerre civile passe au fond du récit avec sa cohorte de détresse, de violence et de mort. Mais au fond seulement. L'histoire de ces hommes, de ces animaux nocturnes et solitaires, est plutôt celle d'un mauvais rêve, celle d'un voyage intérieur vers les sources mêmes du lyrisme et de la transfiguration poétique du réel. Loin de nous enfermer dans la nuit sans issue d'un maquis condamné, le récit ouvre sur un autre monde, moins visible et plus incarné à la fois, plus élémentaire et plus dense.
Pologne, Palestine, Espagne, France... de son enfance juive bouleversée par les pogroms à une adolescence bercée puis déçue par le rêve d'une Nouvelle Sion, Marcel Langer porte en lui tous les germes du combat et de la résistance. Devenu communiste, il s'engage dans les Brigades internationales après dix ans d'une vie militante et ouvrière en Palestine puis en France ; il se bat de Madrid à Vinaroz, puis connaît les camps d'internement français de réfugiés. Dès lors, son existence peut se résumer ainsi la liberté ou la mort. Ne pouvant accepter l'occupation du pays des droits de l'homme, il organise et dirige la 35e Brigade FTP-MOI. Harcelant les contingents allemands postés à Toulouse, il contribue avec ses hommes à la déstabilisation de l'occupant, jusqu'à son arrestation en mars 1943. Au terme d'un procès retentissant intenté par les services de Vichy, le procureur se tourne vers Marcel Langer et clame : " Vous êtes juif, étranger, communiste... Trois raisons pour moi de réclamer votre tête ! " Cinq mois plus tard, cette tête farouche roule dans le panier, au pied de la guillotine. Cette biographie passionnante fait entendre l'accent des étrangers qui se sont battus pour la France. Elle retrace le destin exceptionnel d'un combattant idéaliste et courageux que les circonstances de l'Histoire vont transformer en héros. A la lumière de cette vie engagée, chacun peut s'interroger : et nous, qu'aurions-nous fait ?..
Paul, ou Saül de Tarse, ou saint Paul ; par la puissance spéculative et la vigueur du verbe, le vrai fondateur du christianisme. A Jérusalem, il fut l'élève du plus grand des maîtres, Rabban Gamliel. Zélateur farouche, persécuteur des nazaréens, il cachait mal une inquiétude grandissante ; la crise éclata sur la route de Damas, ce fut la révélation. Paul avait vingt-cinq ans. De persécuteur, il devint apôtre. Nourri de culture hébraïque, parlant grec, Paul livre un texte souvent obscur, comme si l'hébreu, par une pression souterraine, en défigurait le sol. Son discours sur la Loi (Torah), crucial et si moderne, en est un exemple, mais encore ses doctrines de la mort et de la résurrection, et de la grâce. Dans notre essai, nous avons voulu, par-delà des siècles de théologie et d'études néotestamentaires, remonter à la source ; la source pharisienne, le Midrach et la Michna. Nous nous sommes gardés autant que possible des points de vue rétrospectifs et nous nous sommes, pour ainsi dire, transportés jusqu'à lui sans bagages. Là, nous avons découvert combien la question messianique agite l'histoire occidentale, et gît encore au coeur de tout véritable humanisme.
Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'oeil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables. De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l'agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d'air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l'homme à la rêverie. N'étaient les objets de laque dans l'espace ombreux, ce monde de rêve à l'incertaine clarté que sécrètent chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination. Ainsi que de minces filets d'eau courant sur les nattes pour se rassembler en nappes stagnantes, les rayons de lumière sont captés, l'un ici, l'autre là, puis se propagent ténus, incertains et scintillants, tissant sur la trame de la nuit comme un damas fait de ces dessins à la poudre d'or." Publié pour la première fois en 1978 dans l'admirable traduction de René Sieffert, ce livre culte est une réflexion sur la conception japonaise du beau.
Qu'est-ce qu'un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel ? C'est quelqu'un sans doute dont le trop violent appétit d'élévation sociale s'est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra combler : telle est l'aventure du peintre qui dans ces pages porte le nom de Goya. Ce peut être aussi un homme qui a cru assouvir par la maîtrise des arts la toute-puissance du désir, à ce divertissement noir a voué son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, ou sa propre conscience, lui dise que l'art est là justement où n'est pas la toute-puissance : j'ai appelé cet homme par commodité Watteau. C'est encore quelqu'un qui tôt ou tard doit faire son deuil des maîtres, de l'art et de son histoire, et apprendre que tout artiste pour sa part est de nouveau seul, face à un commanditaire écrasant et peu définissable, dans ces régions arides où l'art confine à la métaphysique, sa pratique à la prière : et j'ai voulu qu'un obscur disciple de Piero della Francesca soit confronté à cela.
Bashõ est l'une des figures majeures de la poésie classique japonaise. Par la force de son oeuvre, il a imposé dans sa forme l'art du haiku, mais il en a surtout défini la manière, l'esprit : légèreté, recherche de la simplicité et du détachement vont de pair avec une extrême attention à la nature. Le haiku naît donc au bord du vide, de cette intuition soudaine, qui illumine le poème, c'est l'instant révélé dans sa pureté.La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement vouée à la poésie. Agé de treize ans, il apprend auprès d'un maître du haikai les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l'actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l'habit de moine, et s'installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashõ, offert par l'un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d'amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haiku à ses disciples éplorés, il cesse de s'alimenter, brûle de l'encens, dicte son testament, demande à ses élèves d'écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashõ.