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Tranches de chagrin
Levaray Jean-Pierre
INSOMNIAQUE
10,20 €
Épuisé
EAN :9782915694154
C'est bien au "chagrin" que vont encore les ouvriers, ces invisibles qui forment en France une classe fantôme plus que jamais méprisée par la sphère politico-médiatique, plus que jamais brimée par les puissances économiques et judiciaires. ceux, par exemple, qui triment pour la nocive industrie chimique dans des ateliers qui se délabrent sur des machines qui se détraquent, en attendant délocalisations et licenciements collectifs... Après Putain d'usine, Jean-Pierre Levaray nous invite à une nouvelle visite impromptue au coeur de l'une des mégamachines qui régentent et broient nos existences. Il nous écrit de l'usine où il gagne son pain depuis trente ans. Ces deux douzaines d'historiettes vécues exposent sans vains larmoiements l'angoisse et la douleur, le désarroi et la colère de salariés auxquels il ne restera bientôt que les yeux pour pleurer...
J'ai fait mon temps à l'usine. Même pas parti dans un plan de restructuration, même pas eu le courage de démissionner. J'ai fait mes quarante-deux ans. Pas fier pour autant. On a tous cru que la boîte ne tiendrait pas des années et on annonce toujours sa fin prochaine. Et pourtant elle tourne toujours. Cahin-caha. Alors pour en finir avec elle, un état des lieux, des portraits de prolos, des luttes, des moments de déconne entre collègues pour tenir le coup. Pas de la nostalgie, juste des instantanés sur mes années, sur nos années d'usine. Inscrire tout cela noir sur blanc pour ne plus avoir à y revenir. "Je quitte 1'usine et ne me retourne pas. Pas par peur d'être transformé en statue de sel, mais parce que c'est devenu mon passé et que j'ai tant d'autres choses à faire".
Eh oui, j'ai tué mon patron. Il ne pouvait pas en être autrement. j'avais perdu mes plus belles années entre les murs de son entreprise, j'avais vu quelques copains y mourir, j'y avais usé ma santé, mais ça n'a pas empêché qu'un jour je reçoive ma lettre de licenciement. j'ai fait partie de la dernière charrette. jeté comme un Kleenex, ni plus ni moins. Le restant de ma vie cassée, vidée. E fallait bien que quelqu'un paie et je n'ai pas eu de mal à savoir qui. je suis allé dans son antre, là où il dirige tout. je l'ai traqué, suivi. j'ai appris à connaître son milieu, à rencontrer son entourage et ses congénères... Et un jour, plutôt une nuit...
Résumé : Une usine où rôde la mort et où les instants sont tissés d'ennui, d'angoisse et de fatigue... Une usine où les jeux vidéo remplacent peu à peu la belote pour tuer le temps... Une usine où l'on attend le grand licenciement, sous la menace de la grande explosion - et vice versa... Une usine de produits chimiques, similaire à celle d'AZF - dont la désintégration ensanglanta et dévasta Toulouse en septembre 2001 - et appartenant à la même sinistre multinationale... C'est sans fioritures que l'auteur narre avec force le quotidien d'une classe ouvrière qui, loin d'être allée au paradis, se morfond dans un purgatoire oublié. Englués dans la grisaille, confrontés au mépris et à la morgue des décideurs et gestionnaires, les prisonniers du boulot oscillent entre les tentations de la révolte et les affres de la résignation...
A tous ! A toutes ! Le mouvement des Gilets jaunes exprime depuis le 17 novembre dernier le ras-le-bol d'un peuple qui n'en peut plus d'être taxé, humilié, exploité, méprisé par un pouvoir toujours plus distant de sa réalité..." C'est ainsi que débute "L'appel de Saint-Nazaire" du 21 novembre 2018, qui sera partagé plus d'un million de fois dès le lendemain. Depuis plus de cinq mois, des pauvres réunis par la colère se sont mis à palabrer, à chanter leurs rêves et crier leurs dégoûts, à échanger leurs idées et dépasser leurs préjugés. Nombre d'entre eux ont inscrit au dos de leur gilet fluo quelques mots qui leur venaient du coeur : la révolte et l'exigence égalitaire fleurissent sur ce bout d'étoffe synthétique mais lumineuse qui a le pouvoir formidable de rendre visible la plèbe, si vaste et pourtant si infime. Voici en images une centaine de ces dos - qui parlent et grondent, qui crient et rient -, auxquels nous avons joint des propos de Gilets jaunes, ainsi que quelques informations et observations de notre cru.
Machiavel Nicolas ; Guiraudet Toussaint ; Della Bo
Florence, été 1378 : les ouvriers de la laine s'insurgent contre l'oligarchie qui gouverne la république toscane. Ils réclament une répartition plus équitable des revenus de l'industrie textile et une démocratisation du système corporatif qui régit la cité. Ils s'emparent de la ville et imposent de nouvelles institutions plus égalitaires. Trahis par leurs alliés au sein de la bourgeoisie ascendante, ils perdront, après une répression féroce, tout ce qu'ils ont conquis. Puis les anciens maîtres reviendront, chassant les démagogues qui ont manipulé et dupé le petit peuple. "Qu'on se garde d'exciter une sédition dans une ville en se flattant de pouvoir l'arrêter ou la diriger à sa volonté". Telle est la célèbre maxime qu'illustre Machiavel dans le récit de cette première révolte ouvrière majeure de l'histoire. Ce récit prenant et magistral vient comme une évidence côtoyer les autres titres de la collection Petites Insomnies, vouée aux petits classiques de la subversion à travers les âges. Il contient notamment la célèbre harangue aux Ciompi, diatribe très incendiaire dans laquelle Machiavel se drape dans les haillons d'un tribun du peuple pour mettre en garde les puissants contre les nouveaux dangers qui menacent leur domination et tout l'ordre social. C'est un toute autre Machiavel que celui du Prince qui se révèle dans ces lignes, tirées des Histoires florentines : ici la plèbe des villes n'est plus seulement une masse que l'on trompe et manipule, c'est l'acteur majeur de l'histoire, comme aux temps des Gracques ou des révolutions populaires de siècles plus récents.
Jacques Pimpaneau a consacré la majeure partie de sa vie à la Chine et s'est évertué à faire apprécier en France les subtilités sociales et culturelles du monde chinois. Ni autobiographie ni savant ouvrage, ce récit relate à petites touches un parcours singulier, commencé par l'étude du chinois à Paris et un séjour à Pékin à la fin des années 1950, lors du "Grand Bond en avant" et de la famine qu'engendra cette politique économique désastreuse. Ce cheminement a abouti à ce qui, somme toute, reste important aux yeux de l'auteur, ce qu'il a retenu de la culture chinoise après avoir tout oublié. "Sinologue m'a toujours paru une insulte, car se prétendre spécialiste de la Chine est ridicule ", proteste-t-il. Outre les anecdotes et réflexions dont regorge ce livre, l'auteur y évoque les écrivains et les artistes qu'il a connus - notamment ceux qui ont marqué son regard sur la Chine et à qui il doit de n'avoir été ni maolâtre ni "expert" ès-chinoiseries, mais simplement, comme s'en souviennent ses anciens étudiants, un professeur pas comme les autres, pour lequel "les différences entre les cultures sont bien moindres que celles qui existent partout entre classes sociales".
Les communautés affinitaires dissidentes remontent à la plus haute antiquité. C'est leur histoire tumultueuse, semée de persécutions, que Kenneth Rexroth relate dans ce livre, publié aux Etats-Unis en 1974, au soir de sa vie de poète et d'en-dehors. Les millénaristes du Moyen Age et de la Renaissance puis les communautés utopiennes des deux derniers siècles ont incarné la quête optimiste, souvent ardue, du partage des ressources et des émois, inspirée par le rejet de l'ordre établi. Ces courants très divers ? ascétiques ou orgiaques, mystiques ou "matérialistes" ? constituent une tendance historique constante que Rexroth nomme le communalisme Jusqu'au temps des Lumières, c'est sous la bannière de la vérité divine que s'accomplirent toutes les expériences communalistes. Retour aux traditions chrétiennes originelles ou révélation de la cité idéale, l'argument religieux a longtemps fondé toute exigence de justice sociale et articulé toute pratique collective subversive ? des Frères du Libre Esprit aux tendances communistes de la Révolution anglaise. Ce récit montre ensuite comment une foi teintée de messianisme a continué d'imprégner les tentatives de mise en commun, même quand elles étaient laïques et "scientifiques" ? comme celle des fouriéristes, icariens et autres anarchistes, à une époque où la révolution ne semblait pas impossible.