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Tumultes N° 55, octobre 2020 : La promesse d'un monde pour Etienne Tassin
Leibovici Martine
KIME
20,00 €
Épuisé
EAN :9782841749843
Ce numéro de Tumultes rend hommage au philosophe Etienne Tassin, décédé accidentellement le 8 janvier 2017, et personnalité centrale dans l'histoire de la revue. Spécialiste de l'oeuvre de Hannah Arendt, dont il tire une phénoménologie politique d'une grande originalité, il a orienté sa réflexion sur la spécificité de l'action politique qui, dans l'horizon du monde, donne naissance à des "singularités subjectives non identitaires" . Le monde, menacé par les processus économiques contemporains de globalisation, était sa grande préoccupation. Il le pensait dans un horizon cosmo-politique, à partir de ce qu'il appelait la "condition migrante" , qui renvoyait à l'expérience de désolation de ceux qui sont chassés de fait sur les routes de l'exil, et traités avec violence par les Etats, mais aussi à une condition existentielle à retrouver dans le rapport de chacun et chacune avec soi-même. Les contributeurs et contributrices à ce volume ont tous et toutes entretenu des rapports de travail et d'amitié avec Etienne Tassin. Leurs textes reconstituent la richesse et l'actualité de sa pensée tout en poursuivant le dialogue qu'ils avaient entamé avec lui de son vivant. Une pensée, marquée certes par l'oeuvre d'Arendt, mais pas seulement.
Résumé : A la question: " Qui êtes-vous ? ", Hannah Arendt avait coutume de répondre : " une Juive ". Comme pour beaucoup de Juifs nés après l'émancipation, " une Juive " ne désignait pas pour elle l'empreinte que la tradition juive aurait laissée dans sa pensée, mais une expérience vécue dans un monde où le totalitarisme dans sa version nazie - prétendant abolir la dimension politique de l'humain - fondait sa marche en avant sur l'anéantissement du peuple juif. Ce livre explore la manière dont la grande théoricienne du politique que fut Hannah Arendt puise à la source de cette expérience pour élaborer certains aspects majeurs de sa pensée. Mais il montre aussi comment sa réflexion théorique générale la conduisit à une élucidation politique des différents défis que les Juifs modernes eurent à affronter, dont les principaux étaient ceux de l'émancipation et de l'accès au politique. Sachant les polémiques que les positions de Hannah Arendt ont suscitées - et continuent de susciter - ce livre voudrait contribuer à reconstituer non pas les réponses mais les questions d'Arendt à propos des parias et des parvenus juifs, de la politique du mouvement sioniste et de l'attitude des Conseils juifs pendant les persécutions nazies.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?