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Arts rupestres et mythologies en Afrique
Le Quellec Jean-Loïc
FLAMMARION
19,90 €
Épuisé
EAN :9782080110596
Les voyageurs qui découvrent les peintures et gravures rupestres africaines sont fascinés par leur esthétique et ne peuvent manquer de s'interroger sur leur signification. Arts rupestres et mythologies en Afrique offre un panorama des grands ensembles pariétaux de tout le continent, répartis en quatre grandes zones géographiques: le Sahara, l'ouest et le centre, la Corne et l'Afrique de l'est, l'Afrique australe. Ils se caractérisent par des choix stylistiques variés, allant d'un réalisme accentué à une symbolisation presque abstraite. Photographies, relevés et dessins viennent témoigner de leur originalité. Après avoir replacé ces ?uvres dans le contexte de leur découverte par les grands explorateurs, l'auteur s'attache à en décrypter la signification cachée, écartant des lectures erronées trop facilement reçues par la tradition et proposant des interprétations nouvelles. Il évoque des récits légendaires qui permettent d'élucider en partie ces images et de reconstituer la mythologie d'un passé plus ou moins lointain; il analyse aussi les mythes que ces ?uvres ont à leur tour suscités au sein de la culture occidentale, proposant ainsi une étude exhaustive de cet art ancestral et de ses influences.
Réunissant les qualités de chercheur en préhistoire et en science des religions, Jean-Loïc Le Quellec tente ici d'accéder aux mythes dont les arts rupestres du Sahara portent témoignage. Renouvelant fondamentalement l'étude de ces oeuvres en pratiquant un comparatisme prudent qui intègre l'analyse de nombreuses traditions africaines, sa double démarche lui permet d'accéder à l'exposition d'un symbolisme complexe, dont le sens se perçoit au travers de motifs et dispositifs graphiques tels que calembours graphiques, animaux doubles et dioculaires, attributs céphaliques, spirales, etc... La mise en oeuvre d'un immense matériel documentaire lui permet de proposer une lecture originale et cohérente de ces figurations jusqu'alors énigmatiques, en portant une attention particulière à l'expression non narrative de la sexualité (êtres ithyphalliques en posture de Bès, "femmes ouvertes", scènes de zoophilie...), ainsi qu'au problème des masques et à celui des "Martiens" du Tassili, ou encore à toute une série de cynocéphales géants se livrant à des activités surhumaines. Ces derniers, dont la valeur mythique est maintenant indéniable, témoignent de l'existence d'un ancien fond culturel paléo-africain, dont l'Egypte ne sera pas la seule à recevoir l'héritage.
Résumé : L'anthropologue fait ici le récit des erreurs ou des supercheries scientifiques des deux derniers siècles, à l'origine des plus fumeuses des "fake news" archéologiques d'aujourd'hui. Les Martiens sont venus au Sahara pendant la préhistoire ; les hommes ont vécu avec les dinosaures ; les Celtes sont les premiers colons de l'Amérique précolombienne ; on a retrouvé l'arche de Noé ; le matriacat primitif... Toutes ces histoires ont un point commun : elles sont fausses. Leurs origines sont passionnantes : elles peuvent être pensées et répandues par des "académiciens naïfs" arrivés en fin de carrière et qui sortent de leur domaine de compétence, rêvées par des "archéologues romantiques" déconnectés des faits, construites par des amateurs un peu dérangés convaincus que leur découverte gêne la science bienpensante, ou montées consciemment par de réels escrocs. Jean-Loïc Le Quellec décortique leur éclosion et leur diffusion. Par son érudition et son humour, ce livre est une formidable invitation à exercer notre esprit critique.
Cette enquête minutieuse, conduite autour d'une image rupestre célèbre, la "Dame Blanche", permet de faire un point sur les présupposés mythiques infusant nombre de recherches scientifiques, particulièrement dans le cas des études d'art rupestre. Elle met aussi en lumière l'existence de surprenantes passerelles entre travaux savants et productions littéraires ou artistiques (romans, films, bandes dessinées, récits d'aventures). En effet, le dépouillement des archives et de la correspondance de l'abbé montrent que le moteur premier des travaux qu'il a réalisés en Afrique australe comme de ceux de son élève Henri Lhote au Tassili était la recherche d'anciennes colonies "blanches" disparues, et qui se seraient établies, dès la préhistoire, au coeur du continent Noir. Tant Breuil que Lhote ont alors retrouvé sur les roches africaines des peintures rupestres qui leur ont paru représenter des "dames blanches" qu'ils ont aussitôt interprétées comme des déesses ou des reines propres aux anciens royaumes dont ils croyaient avoir découvert les vestiges. Ce faisant, ils ressuscitaient et nourrissaient à la fois deux mythes: celui d'une Atlantide saharienne pour Henri Lhote et, pour l'abbé, celui de l'identification des grandes ruines du Zimbabwe à la ville mythique d'Ophir, d'où, selon la Bible, le roi Salomon tirait ses fabuleuses richesses. Avec le recul, nous voyons bien maintenant que leurs théories n'étaient qu'un reflet maladroit des idées de leur temps, particulièrement du contexte colonial au Sahara et de l'apartheid en Afrique du Sud. A leur insu, la production scientifique de ces deux savants avait pour fonction de justifier la présence blanche en Afrique, et elle fut amplement instrumentalisée dans ce sens. Pourtant, des études récentes ont désormais démontré que la "Dame Blanche" qui fascina tant l'abbé Breuil n'était en réalité ni blanche ni même une femme. Une question demeure: si une telle interpénétration de la science et du mythe au service du politique fut possible au milieu du XXe siècle, qu'en est-il de nos jours?