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Val Abraham de Manoel de Oliveira. L'illusion comme métier
Lavin Mathias
YELLOW NOW
12,50 €
Épuisé
EAN :9782873403072
Val Abraham demeure une des oeuvres les plus complexes de Manoel de Oliveira. Le film est souvent considéré comme une adaptation de Madame Bovary alors qu'il s'inspire d'un roman de Bessa-Luis; parfois il est réduit à la fascination pour son actrice principale en négligeant la question du personnage, ou encore il est désigné comme un éloge intemporel de la beauté alors qu'il repose sur une conception du temps faite d'anachronismes. Val Abraham propose une variation sur l'énigme du personnage (de film). Comme le fit Bunuel dans Cet obscur objet du désir, Oliveira a partagé le rôle principal entre deux actrices. Par ailleurs, en présentant une Ema éternellement jeune, malgré un récit couvrant plusieurs décennies, le cinéaste relie l'interrogation sur le personnage au travail sur le temps. Le film conduit à se demander ce que signifie être contemporain. Qu'est-ce qu'être présent à soi, et, à un autre niveau, à quelle époque appartenons-nous ? Cela revient à s'interroger sur la beauté dans un monde qui la réduit à des clichés ou des formules creuses. Avec ironie, et malgré la douleur liée au passage du temps, c'est à un éloge de l'illusion artistique que nous convie Oliveira.
Quelles sont les puissances de la parole filmée ? La parole au cinéma reste trop souvent inaudible, et il faut donc préciser certaines de ses facultés en s'appuyant sur un corpus appartenant à des époques variées, tout en se mettant à l'écoute des films. L'attention portée aux oeuvres permet alors de constituer la parole et la voix comme des éléments déterminants de la figuration filmique pensée dans sa dimension audio-visuelle. La parole concerne également un aspect fondamental et problématique de l'humanité que le cinéma donne, et n'a cessé de donner à entendre. En effet, avec le cinéma, l'homme est non seulement devenu visible, comme l'affirmait Béla Balázs dans les années 1920, il est aussi devenu audible. Dès lors, la perspective esthétique, qui oriente les analyses singulières, est nécessairement enrichie par un questionnement anthropologique et politique qui ne cesse d'interroger l'énigme du corps parlant.
Sont ici réunies trois grandes figures de la littérature irlandaise du XXe siècle. Tout le monde ne connaît pas l'anecdote, restée célèbre, dont le poète Padraig Colum se servit pour clôturer sa préface à l'édition américaine des Contes d'un rêveur : "Dans le comté de Meath, au temps jadis, il y avait deux grands barons voleurs sur la route de Drogheda : Dunsany et Fingall. Et si vous échappiez aux mains de Fingall, vous tombiez inévitablement dans celles de Dunsany". Le grand baron avait du nez, et même du flair - on comprendra pourquoi en lisant le texte ici traduit - c'est lui qui dénicha - et même déterra - Mary Lavin avec la sûreté d'un épagneul déterrant un os exceptionnel, et préfaça son premier livre de nouvelles. Car les Irlandais, qui ont le génie des Pâques sanglantes, ont aussi celui des nouvelles, ces "romans rapides" selon l'heureuse expression de Natacha Michel. "Une histoire courte, nous dit Sean O'Faolain, si elle est réussie, est comme un cerf-volant d'enfant, une petite merveille, un moment lumineux". L'avant-propos, écrit en français, s'il vous plaît, est signé George Moore, qui rencontra Villiers de l'Isle-Adam au Rat mort, fut l'ami de Degas, de Manet, et fréquenta assidûment les Mardis de Mallarmé. "On s'instruirait à moins" , écrivait Pierre Leyris. P. R.
Auguste Pointelin appartient à la génération d'artistes de la seconde moitié du XIXe siècle qui affirme la toute-puissance de la nature et la fascination du paysage. Peintre farouchement attaché à son indépendance, il fut, de façon assez paradoxale pour nous, accepté de 1866 à sa mort en 1933, au si contesté Salon parisien : "Tous mes tableaux sont empruntés au Jura, [...] et n'étant pas encore parvenu à réaliser en cela mon idéal, je continue et continuerai jusqu'au bout de m'y efforcer, quitte à laisser croire chez moi à une sorte d'impuissance de faire autre chose". Il trouva son épanouissement dans la représentation de la ligne ciselée des plateaux, combes ou vallons de sa terre natale. Pointelin est proche des impressionnistes, artistes de la nature pure, qu'enchantent les campagnes presque urbaines et la fraîcheur des vibrations joyeusement ensoleillées ; lui, en revanche, préfère les aubes et d'ineffables crépuscules. Comme tous, inlassablement, il parcourt la campagne, mais peint ensuite de mémoire dans son atelier parisien ou jurassien. L'amateur contemporain - cet esprit moderne dont rêvait Baudelaire - lucide, sensible, ironique, dans un siècle qui en a tant vu, sera sans doute touché par cet artiste discret entre tous. L'authenticité de son obstination pour l'essentiel réussit d'étranges paysages au-delà de toute représentation, et approche la "peinture pure". Landes désertes, arbres solitaires et décharnés, lumières d'ailleurs. Comme chez Friedrich, Rothko ou Benrath, par le silence abstrait et sensuel de la nature transfigurée, se lève, absent de tout bouquet, le parfum sublime et insaisissable de l'éternité. Par la diversité des contributions et par son iconographie très riche, ce livre fait état de la recherche menée sur Auguste Pointelin depuis plus de vingt-cinq ans et sert également de catalogue aux expositions qui lui sont consacrées ainsi qu'à ses proches par les musées du territoire jurassien.
Après des poèmes remarqués et des scénarios pour Andzej Wajda et Roman Polanski (Les Innocents charmeurs, Le Couteau dans l'eau),Jerzy Skolimoski a été le représentant le plus talentueux du jeune cinéma polonais des années 60 avec Signes particuliers : néant, Walkover et Le Départ, salués alors avec admiration par Jean-Luc Godard. En 1967, Haut les mains ! lui vaut de graves problèmes de censure qui le forcent à s'exiler ; il entame une nouvelle carrière plus chaotique, marquée par d'autres grands films (Deep End, Le Cri du sorcier, Travail au noir, Le Bateau-phare, Ferdydurke). Il tourne en Italie, aux Etats-Unis et surtout en Angleterre, en s'adaptant admirablement à des contraintes économiques inconfortables. En 1991, il se retire pour s'adonner totalement à la peinture, qu'il a toujours pratiquée parallèlement au cinéma. Puis en 2008, c'est un très attendu retour avec Quatre Nuits avec Anna, suivi d'Essential Killing, deux films qui le placent à nouveau parmi les cinéastes contemporains les plus importants. Ce livre réunit des admirateurs de longue date de Skolimowski ; il a pour ambition de cerner les modulations d'une oeuvre protéiforme en mêlant entretiens avec le cinéaste, témoignages d'amis et de collaborateurs, mises en perspective historiques et essais critiques. Divisé en quatre parties correspondant aux quatre étapes du parcours de Skolimowski : les premiers films en Pologne (1959-1967) ; l'exil (1967-1991) ; la peinture (1992-2008) ; le retour au cinéma et en Pologne (2008-2012), l'ouvrage forme un ensemble critique très riche où se répondent des points de vues variés.
Dans un paysage proche et lointain chacun est seul à vouloir construire sans relâche une existence qui soit sienne. Les pierres sont à l'image de notre résolution. Les bêtes ont dans les yeux le reflet de l'homme exploité. Du minéral, du végétal, de l'animal monte, en ces temps de désarroi, un appel à la solidarité avec tout ce qui nous fait vivre et vit en nous.
Le piano n'est pas un objet ordinaire à l'écran. Dans les films habités de sa présence, ce meuble joue un rôle clef, qui éclaire la poétique des cinéastes. Cet essai s'attache à la cinégénie secrète de l'instrument de musique par excellence. On a cherché à identifier quelques figures majeures du piano, telles que de grands auteurs les ont façonnées. Douze haltes ponctuent ce chemin, depuis Max Ophuls et ses pianos-miroir et horloge, Jean Renoir et son piano-boîte à musique, et Jean Grémillon avec son piano-moteur. On rencontre le piano-coeur de Lubitsch, le piano-rêve que partagent Dreyer et Bunuel, le piano-radio de Borzage et le pianopensée de Sirk ; ainsi que le piano-outil d'Hitchcock et le piano-sentiment de McCarey. Enfin, on s'aventure dans les séries du piano-démon (avec Robert Wiene, Karl Freund, John Brahm, Robert Florey et Edmond T. Gréville) et du piano-porte-voix (en compagnie de Roy Rowland, Nicholas Ray, Jean-Claude Guiguet, Robert Bresson, Pier Paolo Pasolini et Jean-Luc Godard), le piano-ange de Jacques Demy demeurant à part. En prélude et postlude, on fête le piano-cinéma d'Oliveira et Grémillon, et le piano-âme d'un trio de poètes d'aujourd'hui : Todd Haynes, Pere Portabella et Peter Sülyi. Après ce voyage, le lecteur ne considérera plus un piano dans un film du même oeil ni de la même oreille, c'est le bonheur qu'on lui souhaite.