Quelles sont les questions posées par les collections ethnographiques en ce début de XXIe siècle et en quoi celles-ci restent-elles pertinentes pour interpréter notre présent ? Comment rendre compte de la richesse du patrimoine ethnographique neuchâtelois sans l'enfermer dans une logique chronologique, géographique, ethnique ou fonctionnelle ? Comment valoriser un fonds très contrasté et diversifié sans en rester à l'exposition des chefs-d'oeuvre qu'il renferme ? Sous la forme de tableaux poétiques disséminés dans la Villa de Pury et appelés à évoluer indépendamment les uns des autres, l'équipe du MEN ouvre autant de dossiers récents et les associe à des questions contemporaines faisant intervenir l'histoire de l'Institution, les fantômes qu'elle abrite, les enjeux qu'elle recouvre et les pratiques sociales qu'elle analyse. Chaque section présente des échantillons significatifs des collections anciennes et récentes, permettant de nombreux croisements et associations d'idées, et joue de divers moyens de mise en perspective, qu'il s'agisse de télescopages, d'esthétisation, de saturation, de mise en abîme ou de réflexion critique. Ce faisant, les concepteurs rappellent que les êtres humains et les biens matériels qu'ils échangent ne cessent de se transformer, tout comme le regard porté sur eux ; ils s'inscrivent ainsi dans une dynamique ramenant avant tout à l'impermanence des choses.
Résumé : Numéro consacré à la "festivalisation" des musiques du monde, qui a connu un prodigieux essor au cours des vingt-cinq dernières années. Outre des réflexions historiques et méthodologiques, le dossier aborde les enjeux identitaires, politiques, économiques et touristiques négociés autour des patrimoines musicaux. Les festivals y apparaissent comme des lieux emblématiques, à la fois relais, noeuds de réseaux, laboratoires d'utopies et d'innovations, mais aussi réservoirs de clichés. Fondés à Genève en 1988 dans le cadre des Ateliers d'ethnomusicologie et soutenus par la Société française d'ethnomusicologie, les Cahiers d'ethnomusicologie proposent un dossier thématique, complété par des rubriques d'intérêt général : entretiens, portraits, brèves et comptes rendus. La revue est dirigée par Laurent Aubert, docteur en anthropologie, conservateur au Musée d'ethnographie de Genève et directeur des Ateliers d'ethnomusicologie.
Gonseth Marc-Olivier ; Laville Yann ; Mayor Grégoi
Catalogue de l'exposition Helvetia Park - conçue en collaboration avec la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia - qui interroge les points de contact et de friction entre différentes conceptions de la culture en Suisse aujourd'hui, cet ouvrage est richement illustré et agrémenté d'articles rédigés par des anthropologues, des muséologues, des historiens, des écrivains et des journalistes. Le propos s'articule autour de onze attractions d'une fête foraine conçus pour voyager et faire sens individuellement. Leur forme esthétique répond étroitement à celle des baraques foraines classiques mais développe des récits contrastés en lien avec le thème de la culture, ses multiples définitions et les enjeux de pouvoir qui la travaillent. Ainsi le jeu de massacre permet-il d'évoquer l'aspect cathartique de la culture critique, incarnée notamment par les humoristes, caricaturistes et autres bouffons modernes ; les auto-tamponneuses désignent les glissements et télescopages permanents entre divers domaines et systèmes de définition ; le tir-pipes aborde le thème du goût et de la distinction sociale ainsi que l'intérêt croissant portés aux produits dérivés par de nombreuses institutions culturelles ; le carrousel évoque le cycle des rites calendaires, l'illusion qu'ils sont immuables et la croyance qu'ils renvoient aux origines de la société; une baraque de voyante permet aux experts de dérouler leurs prophéties et de distribuer leurs conseils généralement payants ; un palais des glaces met en abîme l'individu et son rapport au paysage, donné pour naturel mais en réalité construit de A à Z ; un train fantôme dresse un bilan des crises artistiques ayant jalonné l'histoire du pays et suscité de vifs débats quant à son image internationale ; un petit cinéma juxtapose le glamour potentiel et l'austérité effective du cinéma suisse ; et un "freakshow" interroge la manière dont s'établissent les frontières entre normalité et monstruosité, ceci tant à l'égard des personnes que des objets. Le parcours d' Helvetia Park permet de se confronter à la variété des formes, des constructions et des croyances culturelles qui nous environnent, et de mieux se positionner face à elles.
Laranjeira Rodrigues de Areia Manuel ; Kaehr Rolan
Une part importante de toutes les collections abritées dans les musées d'ethnographie consiste en "armes indigènes" et, plus généralement, en objets utilisés par les détenteurs traditionnels du pouvoir. Un ensemble de bâtons sculptés, massues de parade, haches de commandement et de parade, épées, poignards et sièges est ici présenté. Recueilli dans les années 1930, notamment par la 2ème mission scientifique suisse en Angola, il provient entres autres des Cokwe, Kwanyama, Kwamatwi, Ngangela. Chaque pièce est décrite, illustrée, son bois analysé et le tout replacé dans son contexte d'utilisation.
Pourquoi "Les femmes" ? Un tel sujet d'exposition, un tel titre pour la publication qui l'accompagne, ne manquera pas d'étonner. Considérant que l'opposition homme/femme n'a de naturel que son fondement biologique, que les chercheurs de tous horizons ont abondamment traité des questions sociologiques et historiques fondamentales, et que les ethnologues sont des observateurs d'énoncés plus que des moralistes, les concepteurs de l'exposition et du livre qui l'accompagne ont opté pour la question, centrale, de la construction, de la reproduction et de l'évolution sociales des catégories de sexe. Y a-t-il effacement ou remplacement progressif de ces catégories dans une société où droit et bioéthique, génétique et technologie médicale participent d'une refonte complète de l'ancien système de balises, malgré la morale et la religion ; et si tel est le cas, quelles en seront les conséquences ? Derrière les divers points de vue adoptés par les seize auteurs participant à cet ouvrage collectif transparaît le malaise social qui s'instaure dès que les catégories se dissolvent ; le besoin d'ordre ne serait-il jamais aussi manifeste que lorsque les frontières s'estompent ?
Les musées ont-ils un "mal nécessaire" ? En même temps qu'ils prolifèrent de manière presque inquiétante et sous les formes les plus antagonistes, les musées, en ce dernier quart du XXe siècle, soulèvent des débats particulièrement animés. Si répandue qu'elle soit, l'institution procède d'une conception spécifiquement occidentale du temps qui passe, impliquant une dimension de l'espace nécessaire à son déroulement, à quoi s'oppose celle du temps qui dure des civilisations "archaïques" et "primitives" . Le repli nostalgique que manifeste la multiplication des musées est signe d'une angoisse face à l'avenir, d'où sans doute la crise qu'ils semblent traverser actuellement. Conservatoires incomplets et imparfaits d'un passé qui fuit, troublés par la perte de consensus du temps présent, impuissants à saisir le futur, ils subissent la critique tant des modernistes que des classiques.