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L'utopie sacrifiée. Sociologie de la révolution iranienne
Khosrokhavar Farhad
SCIENCES PO
36,50 €
Épuisé
EAN :9782724606386
C'est au sein d'une jeunesse frustrée, façonnée par une modernisation intolérante et une consommation inaccessible, qu'il faut chercher le groupe actif des révolutionnaires qui porta Khomeiny au pouvoir et lui confia un rôle de substitution. L'intervention du clergé est marquée par ce contexte social. Pour l'auteur de ce livre, il est essentiel de distinguer le discours de rejet de l'Occident qui accompagne le processus révolutionnaire du refus de la modernité. Prenant ses distances avec la thèse qui tend à présenter les ingénieurs islamistes comme l'élément le plus important du changement politique, Farhad Khosrokhavar insiste sur le rôle des intellectuels de second rang issus des paysans "dépaysannés". Il lie l'évolution du mouvement au vécu de ses acteurs : il les a longuement interrogés dans les premières années de la révolution. Ce travail de sociologue est aussi une réflexion sur la révolution, où les rêves occupent une place prépondérante avant de se transformer en cauchemars. Il aidera à mieux comprendre les dynamiques à l'oeuvre dans l'Iran des années 80 mais aussi dans d'autres pays d'islam, comme le Maghreb ou l'Egypte.
Le martyre révolutionnaire en islam nous réserve des surprises. Le cas iranien est exemplaire à plus d'un titre. Ce qui s'est passé en Iran chiite pendant la révolution et en particulier pendant la guerre contre l'Irak (1980-88), ce qui se passe dans les territoires palestiniens (le Hamas), en Algéne (GIA et différents groupes armés) et en Egypte (l'aile armée de la Gemaa Islamiya) où de jeunes sunnites acceptent de gaieté de coeur le martyre repose le problème de cette mort sacrée dans de nouveaux termes. L'essentiel est de comprendre ce qui se passe dans la tête de ces jeunes, dans leur imaginaire. Par le martyre, ils sacralisent leur désespoir de vivre la modernité par leur exclusion du champ politique mais aussi de la consommation. Le martyre est aussi le signe de la sécularisation de l'islam où chacun s'attribue le droit d'accéder au sacré par la mort, le maniement du Sacré n'étant plus du ressort exclusif des ulémas ou des saints. Enfin, le martyre des jeunes est aussi la politisation du religieux sous une forme radicalisée, exprimant par là-même l'avortement de la modernisation des sociétés musulmanes par les pouvoirs despotiques en place et l'envie d'en découdre avec des Etats illégitimes qui refusent la participation de la société au politique. Lorsque le martyre révolutionnaire est pris en charge par un Etat islamiste comme en Iran, il se transforme en entreprise de légitimation d'un pouvoir qui manipule cette mort sacrée pour dominer la société. Le cas iranien nous aide à comprendre l'étrange destin de cette nouvelle figure de la mort qui, sous couvert de la tradition est en réalité un néo-martyre. En lui s'affirme un sujet fragile, se laissant aussitôt manipuler par le nouveau pouvoir.
Résumé : Le jihadisme est un fait social total, résultant de facteurs urbains, sociaux, anthropologiques, politiques, mais aussi psychopathologiques. De l'Europe à l'Amérique du Nord, en passant par l'Australie et l'Afrique du Nord, Farhad Khosrokhavar a analysé les situations "jihadogènes" qui favorisent la radicalisation. Son enquête au coeur des cellules terroristes, dans les villes et les banlieues, révèle les points communs entre ces candidats occidentaux au jihad - adolescentes et adolescents, jeunes à problèmes psychosociaux, convertis et recruteurs - mais aussi leur incroyable diversité... Dans cet état des lieux complet, fruit de dix ans de recherche, l'auteur décrypte l'environnement et le profil de plus d'une centaine de jihadistes occidentaux pour comprendre l'origine de leur haine et le moteur de leur passage à l'acte. De cette formidable somme de faits et de témoignages ressort un constat sans appel : le succès du jihad chez les jeunes met en lumière la crise de nos démocraties, en quête de sens et de savoir-vivre ensemble. Cette crise est profonde, ses conséquences risquent d'être durables.
La mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022, a provoqué en Iran une vague de contestation sans précédent, devenue depuis insurrection. Venu fissurer et souligner la déconnexion totale du régime avec sa société, ce mouvement de révolte a révélé l'illégitimité d'un Etat de non-droit et le refus de sa jeunesse à ployer sous son joug. Prisonnier d'une vision théocratique, anti-occidentale, antimoderne et antidémocratique, sans ancrage dans la réalité culturelle du pays, l'Iran gronde de griefs aussi politiques et économiques qu'écologiques. Sans compter, sur le plan anthropologique, cette "joie de vivre" que revendique le mouvement, en complète contradiction avec une conception mortifère de l'existence qui promeut le martyre comme idéal de vie. Cependant, en dépit de la répression massive qui s'abat sur la société iranienne depuis plus de quatre décennies, malgré la mainmise totale du régime sur les institutions et les médias, force est de reconnaître l'échec de la République islamique à embrigader et asservir la société, notamment la jeune génération. Eclairant le mouvement à la lumière d'une nouvelle subjectivité iranienne, de l'évolution de la République islamique et, enfin, de ses échecs, Farhad Khosrokhavar décrypte les particularités d'un mouvement où la jeunesse en particulier les femmes est à l'avant-garde. Une analyse critique et détaillée des composantes du système pour comprendre le paradoxe de l'Iran : une société de plus en plus sécularisée et un Etat de moins en moins en mesure d'en comprendre l'évolution.
Résumé : Comment la compréhension mutuelle des uns et des autres est-elle possible dans nos sociétés à culture plurielle ? Comment réfléchir sur les malentendus entre le soi et les autres, mais aussi, entre soi et soi, et plus radicalement encore, entre la vie que l'on mène et la mort qui survient, ou la joie que l'on éprouve et la rupture intérieure qui peut se faire sentir à tout moment ? Comment comprendre l'impersonnalité du monde et le sentiment de perte de soi au sein de la même culture ou dans l'échange entre plusieurs sous-cultures ? Comment être européen d'un côté français, allemand, italien ou anglais tout en étant breton, alsacien, bavarois, écossais ou sicilien ? Enfin, comment comprendre le travail, les idéalités mathématiques, la domination sociale, les fusions affectives dans la foule en transe et les religiosités multiples dans notre modernité tardive ? Toutes ces questions sont susceptibles d'un traitement philosophique à partir de l'analyse de l'ego, en s'inspirant des acquis de la tradition transcendantaliste, phénoménologique, intersubjectiviste et spiritualiste de la pensée spéculative. L'auteur tente de construire un sujet pur qui puisse relever le défi des multiples appartenances auxquelles est exposé l'homme moderne. Celui-ci est déchiré, mais il est aussi à même de vivre sa vérité en tant que homo viator.
La manière dont l'Allemagne traite ses habitants [... ] n'est pas plus notre affaire que ce n'est celle d'un autre gouvernement de s'interposer dans nos problèmes". Les mots de Robert Jackson, procureur en chef américain au procès de Nuremberg, sont sans ambages : la répression des crimes racistes commis par les nazis ne saurait ouvrir la voie à un examen international de l'ordre racial qui prévaut alors aux Etats-Unis. L'atteste la définition particulièrement corsetée du crime contre l'humanité adoptée en 1945. A partir d'une enquête sur les lawyers qui, outre-Atlantique, ont jeté les bases du procès, impulsé et conduit les débats, Guillaume Mouralis propose une relecture passionnante de Nuremberg. Il révèle le faisceau des contraintes professionnelles, sociales et culturelles qui ont lourdement pesé sur ce moment expérimental. Il s'interroge finalement sur son legs. Comment a-t-il été mobilisé dans les luttes afro-américaines pour les droits civiques, ou celles, ultérieures, contre la guerre du Vietnam ? Et comment ces appropriations militantes ont-elles marqué l'émergence d'un dispositif judiciaire international ?
Deux degrés, cela semble peu, mais c'est énorme. La température terrestre a déjà augmenté d'un degré depuis l'époque préindustrielle. Les émissions de carbone liées aux activités humaines en sont les premières responsables. Des bouleversements climatiques sont en cours et leurs impacts ne vont que s'aggraver. Il est presque sûr que nous ne tiendrons pas l'objectif, solennellement acté par les gouvernements du monde, de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C. La raison de cette incapacité tient à la triple dépendance de nos sociétés (technique, économique, culturelle) aux énergies fossiles, qui en constituent un soubassement aussi diffus que puissant. La science nous annonce qu'à ce rythme le pire est à craindre. Mais cela n'induit pas une fuite individuelle. Nous devons, au contraire, faire face collectivement. Constatant l'impossibilité actuelle de changer radicalement nos modes de vie et d'organisation, ce livre nous engage néanmoins à suivre plusieurs voies réalistes d'adaptation et de réforme pour préparer un futur moins sombre.
La crise des réfugiés qui secoue l'espace européen depuis 2015 a mis en lumière l'incapacité des institutions politiques à fournir des réponses satisfaisantes à tous les profils de migrants. Fruits de globalisations contradictoires, les flux migratoires s'accélèrent à travers le monde. Alors même que des frontières se ferment et que des murs s'érigent, les catégories de migrants et de réfugiés se brouillent, les pays de départ deviennent pays de transit et d'accueil et inversement, le contenu de la citoyenneté se diversifie, l'expression d'un droit à la mobilité des personnes émerge partout dans le monde. Réel enjeu planétaire, longtemps oubliées des grandes questions mondiales, les migrations transforment et affectent les relations internationales, redéfinissent la souveraineté des Etats. Elles disent surtout l'urgence d'une diplomatie nouvelle intégrant leur gouvernance mondiale et régionale.
Monique Dagnaud est sociologue au CNRS, enseignante à l'EHESS et à l'INA. Sociologue des médias, elle a publié de nombreux ouvrages dont Les Artisans de l'imaginaire, La Teuf, Essai sur le désordre des générations.