Cherchant une question qui puisse prendre la suite de celle de l'histoire des concepts et favorise de même la construction de ponts entre les approches chinoises et françaises ou européennes sur des questions fondamentales des sciences humaines, la question des classiques est apparue particulièrement adaptée. Il n'est certes pas utile de souligner ici combien une notion assez proche des classiques, comme oeuvres au long cours, dont la lecture et la relecture toujours recommencées participent à la définition des traditions comme à la proclamation des révolutions, marque à la fois l'espace culturel et scientifique européen et chinois. Nous avons donc lancé un appel aux contributions intitulé "passés recomposés" qui mettait l'accent sur la composition et l'apparition d'oeuvres dites classiques mais surtout sur l'histoire longue des relectures souvent divergentes. Il s'agissait de s'interroger certes sur ce qui définit un classique et permet de composer une tradition, mais surtout sur les aspects créatifs de la lecture toujours renouvelée de ces oeuvres consacrées comme telles. On s'est donc concentrés sur l'apparition mais surtout le devenir des oeuvres dites classiques. Il s'agit d'interroger la création et la transformation des conceptions de la culture qui mettent à part des oeuvres constituant un canon, et surtout les pratiques qui amènent des oeuvres ou des corpus donnés à assumer des rôles divers et à subir des relectures, réinvestissements et remotivations à des échelles de temps variées, d'une génération à plusieurs siècles. Ces pratiques doivent évidemment être approchées à toutes échelles et vues dans leurs contextes, enjeux politiques, sociaux, culturels voire économiques ? ; on n'oubliera pas qu'elles consistent aussi en contestations, réfutations et refus. On a notamment accordé une certaine place au rôle de ces lectures et relectures dans les consciences historiques propres aux constructions impériales et aux processus décrits comme "modernisation" . L'organisation du volume correspond aux aspects principaux de la relation aux oeuvres classiques tels qu'ils sont apparus, nous semble-t-il, durant ces deux colloques. Trois textes ouvrent le volume en posant la question de la définition d'oeuvres et de questions classiques. Suivent des parties intitulées Philologies, où on aborde les démarches spécialisées et scientifiques constituant, en Chine et en Europe, l'approche des oeuvres classiques les plus anciennes ? ; une deuxième partie intitulée Traductions approche "? les classiques à l'épreuve du transfert ? "? ; les trois parties suivante Appropriations, Ruptures et Fondations rassemblent des textes analysant ces différents rapports avec des classiques, à travers différents espaces culturels et scientifiques.
2 enfants venant d'univers différent : l'un est chétif et pauvre et veut faire de la danse, l'autre est viril et riche et fait de la boxe. Leur rencontre va les amener à s'ouvrir au travers de leurs différences et à se rapprocher.
Beaucoup de travail pour nos deux tourtereaux. Entre les nouveaux professeurs, les nouveaux spectacles, les entraînements à l'étranger et différentes histoires avec les proches, ont en oublierait presque que le petit cygne a presque fini de répéter le lac des cygnes. Est-ce le moment pour lui de se confesser ?
Jiang Shen, un campagnard passionné de danse classique, rencontre Bai Jinyi, un riche citadin passionné de boxe. C'est le début d'un lien unique entre les deux jeunes hommes. Ils grandissent ensemble, déterminés à poursuivre leur rêve, mais dans notre monde, l'argent et le talent ne sont pas donnés à tous équitablement. Leur parcours semé d'embûches mettra au défi leur lien et leurs sentiments.
Lorsque Du Ming, médiocre étudiant en médecine, rencontre la superbe Zhang Qian, sa réputation de fille facile la précède. La jeune femme est immédiatement fascinée par la pureté qui semble émaner de Du Ming. Alors que ce dernier obtient son diplôme à la surprise générale, Zhang Qian arrête ses études pour devenir l'assistante d'un professeur pourtant peu aimé. Quelques temps après, Du Ming devenu médecin anesthésiste, apprend le suicide de Zhang Qian. Un sanglant thriller dans le milieu médical chinois, servi par le trait réaliste d'une jeune auteure chinoise à suivre de près.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.