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L'Exposition des sentiments
Jeudy Henri-Pierre
CIRCE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782842422486
Comment se manifestent les sentiments dans la vie sociale? Face à l'exhibitionnisme contemporain, ont-ils encore le pouvoir d'être tenus au secret? Si notre corps trahit les sentiments que nous éprouvons, il est de bon ton d'éviter d'en montrer les effets afin d'afficher notre capacité à dominer l'impulsion de nos affects, le dérèglement de nos émotions. L'obsession dune gestion rationnelle de la vie quotidienne conjure les risques dune confusion des sentiments que provoque la puissance de leurs contraires, l'exacerbation de leur ambivalence. Niais, aujourd'hui, à la singularité du sentiment se substitue un sentimentalisme social et politique, soutenu par les médias, par la prolifération des blogs, par les leaders politiques eux-mêmes, qui entraîne une équivalence et une banalisation des sentiments.
La panique, un mot bien étrange. On imagine des foules en délire, des crises d'hystérie collective ou encore cette débandade devant un danger imminent... Mais la panique n'est-elle pas aussi tragique que séduisante ? Essence de la masse comme de l'individu, elle envahit, de manière sournoise, insinuante, le corps et la vie psychique, s'emparant des états d'âme et des émotions les plus violentes. Sans cause, ni finalité, la panique est d'abord mouvement qui se joue des représentations les plus usuelles. En deçà de la peur ou de l'angoisse, elle échappe au sens qu'on voudrait lui attribuer, alors faute de lui reconnaître sa puissance démoniaque, elle devient figure de la destruction. L'attente de l'irruption impossible se commue en une action nouvelle : paniquer.
Que devient le règne de la communication ? Communiquer est un tel impératif de la vie en société que toute critique semble vaine. Le sens se développe au rythme de la globalisation qui absorbe les contradictions. La contamination des images et des discours provoque une atmosphère consensuelle. Pour se comprendre, il suffit de penser en réseaux et de rester branché. Ce pouvoir universel et totalitaire de la communication est-il encore détourné par les ruses des échanges symboliques ? L'appel à toujours " mieux communiquer " n'est-il pas une caricature de la vie sociale et affective ? Les sciences sociales semblent avoir renoncé à toute violence critique en s'engouffrant dans les standards de la communication. Elles font des constats, imposent des modèles d'interprétation et n'exercent aucune puissance subversive contre l'ordre de la communication.
Devenant des thérapeutes du social, les sociologues imposent leur conception de la réalité objective. Jamais la société n'a été autant conceptualisée à des fins pragmatiques et gestionnaires. Malgré le renouveau apparent des théories, impulsé par la philosophie analytique et par les sciences cognitives, les sciences sociales naviguent entre un réalisme social et un nominalisme conceptuel. Mais c'est le discours théorique qui finit par façonner la réalité. Qu'en est-il alors de la souveraineté du sujet ? Lorsque la tyrannie des «savoirs experts» l'emporte, que devient l'idée du monde comme jeu des possibles ?.
Simmel entreprend à la fin de sa vie quatre méditations. Il y présente sa propre philosophie. Il s'engage dans une réflexion sur la vie humaine dans son élan incessamment renouvelé, mais aussi sur les formes où cet élan se dépose, qui constituent les oeuvres de la culture : les institutions, les réalisations de la technique ou l'art. En considérant ce qui excède la vie, Simmel fait place à la négativité. Penser la mort à même la vie, c'est considérer la finitude, mais aussi la condition de la culture. La mort est ce qui sépare l'individu, qui rend les mondes partagés nécessaires. Et si, étant mortels, les êtres sont individuels, quelle serait la morale pour un individu séparé, sinon de tâcher de suivre sa propre loi ? Comment penser jusqu'au bout l'individualisme de notre modernité ?
Pour qui chercherait ici des définitions de la modernité, la lecture sera décevante. L'histoire du siècle passé, celle que pour l'instant nous vivons (mais savons-nous ce que nous vivons ? avons-nous la moindre idée de ce qui se fomente ?), ont donné d'autres significations à ce qui, par exemple, pour Rimbaud précisément, se jouait dans l'ordre de l'" inouï, du fulgurant, de l'illuminant ". D'autres idées sur ce qui peut être appelé " commencement " se sont frayé, se frayent leur chemin. Elles les discernent, ces commencements, comme plus dispersés, plus dissimulés, moins spectaculaires, et surtout, tributaires de la répétition, du ressassement, parfois de l'après-coup de mornes rabâchage. Tout dans ce numéro, sans en faire systématiquement la critique, est à côté des idées qui ont cours sur la modernité et la post-modernité. L'inattendu se révèle véritablement inattendu, sans tambours ni trompettes, la plupart du temps en marge du champ officiel de la pensée, et parfois du champ social de l'innovation. C'est, pour nous, de ce côté que sont les surprises.
A la Sorbonne comme au bistrot, la vérité vraie, objective, pure, triomphe rarement : l'assistance lui préfère la parade la plus cinglante. Voilà qui chagrinait au siècle dernier le ténébreux philosophe Schopenhauer... Il en eut à la longue un sursaut rageur : élaborer le mode d'emploi de la controverse. Un traité qui permette de défaire n'importe quel opposant, malgré son habileté et sa mauvaise foi. Puisque si souvent la forme l'emporte sur le fond. Les brillants raisonnements des alchimistes ont interdit l'essor de la chimie pendant des siècles. Même s'ils professaient des âneries. Dans L'Art d'avoir toujours raison, Schopenhauer ne s'embarrasse pas de morale... Résultat : un mémoire ramassé et teigneux, pas plus épais qu'un agenda : trente-huit stratagèmes pour ne jamais perdre la face."