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La Panique
Jeudy Henri-Pierre
GALILEE
17,00 €
Épuisé
EAN :9782718602172
La panique, un mot bien étrange. On imagine des foules en délire, des crises d'hystérie collective ou encore cette débandade devant un danger imminent... Mais la panique n'est-elle pas aussi tragique que séduisante ? Essence de la masse comme de l'individu, elle envahit, de manière sournoise, insinuante, le corps et la vie psychique, s'emparant des états d'âme et des émotions les plus violentes. Sans cause, ni finalité, la panique est d'abord mouvement qui se joue des représentations les plus usuelles. En deçà de la peur ou de l'angoisse, elle échappe au sens qu'on voudrait lui attribuer, alors faute de lui reconnaître sa puissance démoniaque, elle devient figure de la destruction. L'attente de l'irruption impossible se commue en une action nouvelle : paniquer.
La conservation patrimoniale aurait-elle pour finalité secrète de nous préparer à des situations post-catastrophiques? Des Japonais ont construit le plus grand musée de la copie. La plupart des oeuvres du Louvre y sont rassemblées: la culture occidentale est prise en otage pour la protéger d'un péril possible. Rien n'échappe plus au contrôle mondial du patrimoine. La transmission est si bien organisée qu'elle ne peut plus être imprévisible ou accidentelle. Le destin de toute société est-il de se contempler dans le miroir d'un passé toujours revisité? Le devoir de mémoire nous impose la chasse à l'oubli. En ne se mesurant plus qu'à elle-même, la logique de la conservation patrimoniale ne risque-t-elle pas d'actualiser un passé si présent qu'il n'a déjà plus de futur?
Devenant des thérapeutes du social, les sociologues imposent leur conception de la réalité objective. Jamais la société n'a été autant conceptualisée à des fins pragmatiques et gestionnaires. Malgré le renouveau apparent des théories, impulsé par la philosophie analytique et par les sciences cognitives, les sciences sociales naviguent entre un réalisme social et un nominalisme conceptuel. Mais c'est le discours théorique qui finit par façonner la réalité. Qu'en est-il alors de la souveraineté du sujet ? Lorsque la tyrannie des «savoirs experts» l'emporte, que devient l'idée du monde comme jeu des possibles ?.
Comment se manifestent les sentiments dans la vie sociale? Face à l'exhibitionnisme contemporain, ont-ils encore le pouvoir d'être tenus au secret? Si notre corps trahit les sentiments que nous éprouvons, il est de bon ton d'éviter d'en montrer les effets afin d'afficher notre capacité à dominer l'impulsion de nos affects, le dérèglement de nos émotions. L'obsession dune gestion rationnelle de la vie quotidienne conjure les risques dune confusion des sentiments que provoque la puissance de leurs contraires, l'exacerbation de leur ambivalence. Niais, aujourd'hui, à la singularité du sentiment se substitue un sentimentalisme social et politique, soutenu par les médias, par la prolifération des blogs, par les leaders politiques eux-mêmes, qui entraîne une équivalence et une banalisation des sentiments.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...