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La vie esthétique. Stases et flux
Jenny Laurent
VERDIER
16,00 €
Épuisé
EAN :9782864327158
L'ART DANS LA VIE, L'ART CONTRE LA VIE L'autocar de Poggibonsi Ce matin d'août en Toscane, l'autocar pour Florence que nous aurions dû prendre à Colle di Val d'Eisa a été dérouté parce qu'aujourd'hui «il ponte è rotto» (le pont est hors d'usage, incident inexpliqué que je n'ai pu constater visuellement, et qui me laisse imaginer une pittoresque arche en ruine dans la tradition de la peinture de paysage, là où il n'y a sans doute que les fissures d'un ouvrage de béton mal entretenu). Dans l'incertitude des horaires et du lieu exact du nouvel arrêt, mieux vaut aller le chercher à Poggibonsi, bourgade industrielle banale mais pas tout à fait sans charme. L'arrêt est situé en plein soleil, à côté d'une station-service, dans une zone plutôt désolée de centres commerciaux et d'arbustes grillés. Mais après un moment d'attente dans la grande chaleur de midi, la carrosserie bleue apparaît et nous montons dans l'autocar très plein qui file bientôt sur l'autoroute sinueuse menant à Florence. Et au cours de ce trajet vers la gare routière de Florence (qui ressemble à un garage-jouet d'autrefois, avec son kiosque à bonbons, ses vieux guichets et ses bancs inconfortables encombrés par les masses chancelantes de sac à dos de jeunes Américains touring in Europe) je me sens envahi par un sentiment de plaisir, précis, évasif et riche d'images et de pensées comme un rêve éveillé. Sans doute le bien-être physique des vibrations du moteur et la fraîcheur d'une légère climatisation y contribuent-ils, après l'effort du tête-à-tête exigeant avec la chaleur de midi. Mais j'ai surtout l'impression de pouvoir céder à une légère torpeur dont il m'est tout aussi facile d'émerger, rouvrant les yeux pour une «reconnaissance» qui rafraîchit à chaque fois mon regard par un nouvel aperçu sur le paysage toscan (bosquets verts, vignes en pente, fermes fortifiées coiffant les collines), en une sorte de continuité discontinue quasi cinématographique. C'est aussi bien l'environnement immédiat des passagers qui me retient et dont je vérifie la présence à chacun de mes «réveils». Je suis assis vers l'avant, à côté d'un jeune homme de nationalité indécise, dont j'ai surtout remarqué les attaches de poignets extraordinairement longues et fines, et qui sommeille contre la vitre. Devant moi, j'aperçois par moments la tête blonde d'un jeune Anglo-Saxon dont les traits évoquent irrésistiblement les scouts idéaux des livres de la collection «Rouge et or» de mon enfance, et qui, retourné, parle à un ami, deux rangs derrière. À ma gauche se trouve un couple d'Asiatiques de grande taille: d'elle, je ne vois que les pommettes hautes, les lunettes et le chemisier à fleurs, et je constate que, seule de tout l'autocar, elle a, avec sagesse, attaché sa ceinture de sécurité. Derrière, j'entends les conversations des Italiens que j'ai entrevus en cherchant une place. Et, en me penchant un peu, j'aperçois la queue-de-cheval blonde de la conductrice qui, assise sur un siège à ressorts (ou peut-être à suspension hydraulique), monte et descend légèrement au gré des cahots de la route, comme si, de nous tous, elle seule naviguait sur un nuage. Ce qui me frappe, c'est l'extraordinaire calme qui règne: la plupart du temps tout le monde est très silencieux, même les deux jeunes Anglo-Saxons parlent à voix basse (c'est tout juste si à l'arrivée à Florence les musiquettes des téléphones portables viendront émailler le silence de sonorités incongrues). La plupart des têtes sont droites et tournées vers l'avant. J'ai le sentiment que tout le monde est attentif et sage, comme en une procession immobile vers un pays de beauté, menée par la conductrice aux gestes calmes et sûrs.
Résumé : De 1885 à 1935, la littérature et les arts, à travers les avant-gardes symboliste, moderniste et surréaliste, se sont assigné une tâche apparemment plus métaphysique (ou psychologique) qu'esthétique : porter au grand jour la vie intérieure. Ce livre vise à montrer comment l'exaspération de cette " idée " a en fait abouti à imaginer une projection de la pensée dans l'espace du monde. Les métaphores par lesquelles la poésie s'est efforcée de se saisir ont ici joué leur rôle se concevant à l'époque symboliste comme une " musique " verbale, la poésie s'est décrite dans les années précédant la Première Guerre mondiale comme un tableau cubiste, avant de se penser, à l'âge surréaliste, comme une révélation photographique. Entre histoire des idées, étude des métaphores qui informent l'idéologie littéraire et analyse des inventions esthétiques réelles, cet essai se voudrait aussi un questionnement de la méthode de l'histoire littéraire.
Et pour moi-même, quand donc m'est venu ce désir de plonger dans le visible ? Tard, il me semble. Comme si des écailles m'avaient longuement pesé sur les yeux. Enfant, ce sont d'abord les mots qui m'occupent, un écran de mots. Trop d'imaginaire, pas assez de vision, l'un toujours superposé à l'autre, l'oblitérant dans la contemplation des images. Inévitable, nécessaire même, mais pour revenir en arrière, c'est un long chemin... Essai d'un homme de la lettre converti à l'image, Le désir de voir retrace une initiation au regard pictural. Intitulées "Voir dans le noir", "L'instant de voir", "Voir en rêve" et "Manières de voir", les étapes de cet essai discrètement autobiographique donnent lieu à l'exploration de plusieurs modes de vision, découverts au croisement d'expériences personnelles, d'expérimentations artistiques, de lectures et de contemplations. Entamé sous les auspices de Michaux et de ses peintures-idéogrammes, poursuivi dans le compagnonnage des dessins signes ou schèmes d'Alexandre Hollan, élargi au contact — entre autres — des encres de Joan Barbarà, des monotypes de Degas, de l'"outre-noir" de Pierre Soulages et des "protographies" d'Oscar Munoz, ce parcours est désirant et raisonné. Confessant son statut initial d'étranger dans le royaume des images, et soupçonnant ses affinités picturales d'être entachées du signe de l'écrit, Laurent Jenny convertit cette nécessité en haute vertu, dans des analyses dont sont seuls capables un regard consciencieux et une parole consciente des limites de son pouvoir : "Ecoute-voir", dit le langage familier "Regarde-dire" me semble aussi un bon chemin. Essayons... Et son parcours fructueux de devenir ainsi celui de son lecteur.
Dans un pays dont on ignore le nom, où se succèdent des dictateurs qui tentent de le moderniser, une soeur et son frère jumeau vivent à la ferme de leurs parents, au milieu des plaines. Marcio travaille aux champs avec le père, un homme violent, tandis que Léonora s'occupe de la maison avec sa mère. Ils ont douze ans à peine et leur complicité semble totale, leurs jeux interdits irrépressibles. Mais un soir, alors que leurs corps se rapprochent doucement dans le fenil, le père surgit et voit se confirmer ce qu'il a toujours suspecté. Tandis qu'un nouveau coup d'Etat vient de se produire, les parents décident de séparer les jumeaux. Commence alors un combat long et incertain, celui de la réinvention de soi et de la quête obstinée de liberté.
Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard est une oeuvre monumentale, sans équivalent au cinéma, dans l'histoire de l'art et même dans les manières d'écrire l'Histoire. Le cinéma y apparaît enfin tel qu'il est : la forme d'art majeure du XXe siècle et son centre, au-delà du spectacle divertissant pour lequel on le tient généralement et même de l'objet d'amour particulier des cinéphiles. "Le cinéma a fait exister le XXe siècle", il en a été la fabrique. A l'écoute de ce qui est à l'oeuvre dans Histoire(s) du cinéma, ce dialogue, entre le créateur et le critique, est une approche esthétique, philosophique et historique de ses conditions de possibilités : le cinéma dans le siècle et le siècle dans le cinéma, impliquant le tout de l'homme du XXe — de l'imaginaire des salles obscures, de l'horreur réelle des désastres, aux tentatives de rédemption par l'art.
Paul, ou Saül de Tarse, ou saint Paul ; par la puissance spéculative et la vigueur du verbe, le vrai fondateur du christianisme. A Jérusalem, il fut l'élève du plus grand des maîtres, Rabban Gamliel. Zélateur farouche, persécuteur des nazaréens, il cachait mal une inquiétude grandissante ; la crise éclata sur la route de Damas, ce fut la révélation. Paul avait vingt-cinq ans. De persécuteur, il devint apôtre. Nourri de culture hébraïque, parlant grec, Paul livre un texte souvent obscur, comme si l'hébreu, par une pression souterraine, en défigurait le sol. Son discours sur la Loi (Torah), crucial et si moderne, en est un exemple, mais encore ses doctrines de la mort et de la résurrection, et de la grâce. Dans notre essai, nous avons voulu, par-delà des siècles de théologie et d'études néotestamentaires, remonter à la source ; la source pharisienne, le Midrach et la Michna. Nous nous sommes gardés autant que possible des points de vue rétrospectifs et nous nous sommes, pour ainsi dire, transportés jusqu'à lui sans bagages. Là, nous avons découvert combien la question messianique agite l'histoire occidentale, et gît encore au coeur de tout véritable humanisme.
Qu'est-ce qu'un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel ? C'est quelqu'un sans doute dont le trop violent appétit d'élévation sociale s'est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra combler : telle est l'aventure du peintre qui dans ces pages porte le nom de Goya. Ce peut être aussi un homme qui a cru assouvir par la maîtrise des arts la toute-puissance du désir, à ce divertissement noir a voué son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, jusqu'à ce que son oeuvre, ou sa propre conscience, lui dise que l'art est là justement où n'est pas la toute-puissance : j'ai appelé cet homme par commodité Watteau. C'est encore quelqu'un qui tôt ou tard doit faire son deuil des maîtres, de l'art et de son histoire, et apprendre que tout artiste pour sa part est de nouveau seul, face à un commanditaire écrasant et peu définissable, dans ces régions arides où l'art confine à la métaphysique, sa pratique à la prière : et j'ai voulu qu'un obscur disciple de Piero della Francesca soit confronté à cela.