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Médiévales N° 55, Automne 2008 : Usages de la Bible. Interprétations et lectures sociales
Iogna-Prat Dominique ; Lauwers Michel
PU VINCENNES
17,00 €
Épuisé
EAN :9782842922214
Ce numéro a pour ambition de donner à un public d’historiens non spécialisés un exemple des travaux qui se mènent depuis une vingtaine d’années sur la fonction des Ecritures au sein de la société médiévale, qui est avant tout une société chrétienne ordonnée par une parole venant de l’au-delà. Les premières contributions du numéro s’intéressent aux lectures socio-politiques tirées de la Bible, dont les interprétations alimentent des règles de « bon gouvernement ». Une seconde série d’articles est consacrée à la Bible comme modèle d’autorité, en quelque sorte comme « autorité des autorités, » à une époque qui distingue encore mal l’auteur de l’autorité qui le porte. Ce numéro, alimenté par les travaux de tout jeunes historiens, se situe à la fois dans la logique des recherches sur l’exégèse animées par Gilbert Dahan et de ceux de Philippe Buc et de Guy Lobrichon sur les usages sociaux de la Bible. Le « plus » apporté par cet ensemble d’articles est probablement son ouverture au corpus philosophique d’Aristote (dans quelle mesure Aristote, le philosophe par excellence, est-il une autorité comparable à la Bible ?) et au domaine littéraire (le corpus des commentaires des prophéties de Merlin en latin et en langue vernaculaire).
Le premier dossier thématique sur la force des objets témoigne à travers des études de cas (Mongolie, Inde, Afrique, Europe, Moyen-Orient) d'un renouveau des instruments d'analyse sur ces questions. Cette actualité est marquée par un retour de l'objet et de l'attention minutieuse aux dispositifs matériels associés aux situations rituelles. A côté des lectures d'inspiration durkheimienne de la production sociale du sacré et de l'interprétation des actes et objets en termes de symbolisme, la plupart des contributions relèvent de l'approche pragmatique des dispositifs rituels ou s'inscrivent dans le tournant matérialiste en anthropologie. Le second ensemble thématique est consacré à Edmond Ortigues (1917-2005), auteur d'une oeuvre foisonnante touchant à la fois à l'histoire, à la philosophie, à l'anthropologie et à la psychanalyse, mais qui fut initialement religieux mariste, exégète et théologien. En réunissant les contributions de divers champs de la pensée, ce dossier offre une introduction actualisée à sa thèse inédite Histoire et parole de Dieu. Essai sur les rapports entre exégèse et théologie (1948). Il resitue également ce travail dans la genèse intellectuelle de l'auteur, dont la réflexion sur la notion de symbolique, dans Le discours et le symbole (1962), a profondément marqué le tournant post-structuraliste dans les sciences sociales.
Au cours du IXe siècle, la notion de chrétienté prend un sens institutionnel et spatial. Depuis lors, l'Eglise ne cesse de grignoter le monde pour le confondre avec elle-même. Cet irrésistible mouvement d'inclusion est étudié ici à travers le prisme d'une Eglise monastique, Cluny. Aux XIe-XIIe siècles, le modeste établissement des origines, fondé en 910, est devenu un puissant réseau se dilatant dans toute la latinité et s'étendant jusqu'aux avant-postes de la Chrétienté, face à l'Islam, dans la péninsule Ibérique et en Terre sainte. Cette montée en puissance amène les clunisiens à se prendre pour l'Eglise universelle et leur neuvième abbé, Pierre le Vénérable (1122-1156), à défendre la société chrétienne contre ses ennemis intérieurs et extérieurs, aussi bien les " hérétiques " - Pierre de Bruis et ses sectateurs - que les " infidèle s ", juifs et Sarrasins. La guerre d'idées menée contre ces trois avatars de l'Antéchrist à l'époque des deux premières croisades (1095-1149) permet à Pierre le Vénérable d'élaborer non seulement une sociologie du christianisme mais aussi une anthropologie. Dans la perspective des fins dernières, l'humanité sera chrétienne ou ne sera pas. Il énonce ainsi les règles qui organisent la société chrétienne à l'âge féodal et contribue, avec tous les raffinements d'une parole efficace à forger certains des stéréotypes qui nourrissent encore notre conception de l'Autre.
Dieu, cela n'est pas, tant que ce n'est pas en pierre. / Il faut une maison pour mettre la prière": Victor Hugo a noté l'évolution paradoxale qui amène le christianisme occidental à exalter les monuments de la présence divine, alors que le Christ et ses premiers disciples entendaient rompre avec le monde matériel et avec toute sacralité ancienne incarnée dans la pierre pour mieux faire sa place à la Cité spirituelle de Dieu dans l'au-delà. Comment, pourquoi et quand Dieu est-il devenu de "pierre"? Comment, pourquoi et quand l'église s'est-elle imposée dans le paysage social? Telles sont les questions au centre de cette "histoire monumentale de l'Eglise au Moyen Age". A l'étude du discours que les clercs latins ont tenu sur l'église-bâtiment, il s'agit de montrer comment l'Eglise, en tant que force d'encadrement et de structuration de la société, a gagné en visibilité terrestre à travers la constitution de "lieux" considérés comme spécifiques. L'Itinéraire proposé permet de parcourir, tout au long du Moyen Age avec un intérêt particulier pour les IXe-XIIIe siècles, les différentes étapes d'une histoire qui finit par faire de la "cathédrale" le monument emblématique d'une société largement utopique au sein de laquelle chaque homme, comme une petite pierre, a sa place et sa fonction dans la grande architecture du monde. C'est ainsi que la "Maison Dieu", exaltée comme une sainte personne, fait de l'Eglise une véritable "Cène sociale" où se construit l'architecture communautaire et où s'édifient les fidèles.