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Travailler pour nous. [à quoi tient le design
Huyghe Pierre-Damien
DE L INCIDENCE
16,00 €
Épuisé
EAN :9782918193425
Troisième élément réédité et augmenté d'une série d'ouvrages qui s'attachent à dire à quoi tient le design, Travailler pour nous établit que ce qui s'est finalement appelé de ce mot, s'il a bien émergé dans le temps de la machination productive appelée par Marx "grande industrie", n'a pas acquiescé pour autant à l'économie majeure de cette machination. Ainsi ne s'est-il proposé d'en développer ni les usages ni les services. L'enjeu, qui demeure, était ailleurs. Il s'agissait, étant donnée la présence des machines, de travailler, vraiment travailler, avec elles, de faire porter sur la disposition des techniques une tension utile, d'opérer contre l'uniformité, bref de chercher la vivacité de l'époque en allant aux formes. Tout cela nous regarde encore. Quelles que soient la taille et la nature des puissances en jeu, il y allait de la présence, à soutenir encore, d'une courageuse résolution.
Issu d'un séminaire organisé au Centre Pompidou à l'occasion du trentième anniversaire de son inauguration, ce livre a pour objet de discuter quelques-uns des fondements théoriques et méthodologiques des pensées qui ont conduit à tenir la notion de "modernité" pour dépassée, en particulier celles d'Ulrich Beck en Allemagne, de Bruno Latour en France, de Fredric Jameson aux Etats-Unis, etc. Que peut bien vouloir signifier "modernes sans modernité"? Ceci, entre autres: que la phase historique que nous vivons est certes marquée par des processus de modernisation, mais que l'expression de ces processus n'est pas encore parvenue au stade d'un style. Y a-t-il lieu de le déplorer? Pas selon Pierre-Damien Huyghe, qui soutient que c'est au contraire dans l'absence de repères stylistiques que l'esprit est le plus susceptible de se montrer présent aux modifications des capacités productives et aux poussées techniques qui affectent les conditions d'existence. "Présence d'esprit" que voulut historiquement désigner et signifier le terme "modernité" lors de son introduction dans la langue, au XIXe siècle. Se passer de ce terme, comme semblent vouloir le faire ceux qui le prétendent obsolète, c'est s'exposer aux risques d'une modernisation sans mesure.
Ce livre est le premier élément d'une série de textes qui examinent quelques-unes des pratiques et croyances maîtresses de l'époque en impliquant l'expérience du design telle qu'elle s'est décidée au cours du dernier siècle. Ici, c'est à la banalité de deux termes - service, utilité - et d'un mot d'ordre - le lien social - qu'il s'agit de faire objection. Pouvons-nous non pas subir, mais interpréter le sens de ces expressions ? Ne nous y trompons pas : le monde qui en fait des signifiants majeurs n'est pas nécessairement hospitalier. S'y justifie une disposition discutable du travail, de la production et, en définitive, de la technique. En considérant d'abord les arts au sens large (peinture, photographie mais aussi architecture, cinéma ou design) comme des opérations, Pierre-Damien Huyghe, professeur à l'université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, critique au fil de ses différents ouvrages l'idée que la technique puisse être en soi systématique. Distinguant a priori ses menées de celles de l'économie, il propose de la penser préférentiellement, en chacune de ses poussées, en chacun de ses appareillages, comme ouverte à des choix et à des conduites. Il a récemment publié Contre-temps (B42, 2017).
Le Bauhaus fut une institution créative et pourtant irrésolue. Bien des disputes ont jalonné son histoire. S'il fut fermé d'autorité en 1933 par les nazis à peine arrivés au pouvoir, c'est sans doute parce que ce pouvoir ne pouvait supporter son principe de tension incessante. Pareil événement n'est pas seulement de circonstance. Il s'est produit dans un champ de possibilités. Que le politique ait pu se déchaîner et que dans ce déchaînement même il n'ait pas admis que soient discutées des questions qui, le plus souvent sous une allure artistique, touchaient en définitive aux valeurs, portées et méthodes du faire ou du produire en général, voilà sur quoi il faut encore réfléchir. Il nous reste à déconstruire, c'est-à-dire à rendre à sa complexité, voire à son ambiguïté philosophique toute une mécanique de notions dont la logique efficace est fort capable de nous échapper réellement. Parmi ces notions, celle d'industrie dont le présent essai, réédition notablement augmentée et revue d'un ouvrage paru en 1999, montre, en s'appuyant sur une lecture de Rousseau, qu'elle a elle-même excédé certaines de ses limites historiques. Les interrogations portées par le Bauhaus dans ses divers champs d'activité ne se sont pas développées dans une société simplement industrielle, mais dans une monde touché depuis quelques décennies par une révolution dans l'industrie. Ce sont les échos et les ondes de choc de cette révolution qu'il y a lieu, encore, d'entendre et de lire dans les textes de divers artistes ayant travaillé sur place (Gropius, Kandinsky, Klee, Mies van der Rohe, Moholy-Nagy, Schlemmer) ou dans ceux de proches comme Schönberg.
Déployant une connaissance fine de l'histoire de l'art, dans une perspective renouvelée pour le cinéma, ce livre prend appui sur les cinéastes contemporains parmi les plus novateurs (Apichatpong Weerasethakul, Jean-Luc Godard, João Pedro Rodrigues, Vincent Gallo, Gus van Sant, Bela Tarr, Pedro Costa...). Voici un livre qui présente une subversion des images de la douleur, de son partage, en refusant que la politique se les approprie aisément. Par l'iconographie du cinéma et les figures picturales dont il est traversé (celles de la communion, du corps souffrant et du soin, de la torture), l'auteur montre comment le pathos déploie à l'écran une beauté, qui, dans son excès, constitue une contre-effectuation à la violence. Il dialogue avec plusieurs philosophes s'étant penchés sur la communauté, le corps politique et sa représentation (Agamben, Rancière, Bataille, Ginzburg). Refusant l'instrumentalisation de l'art par la politique, autant qu'une politisation de l'art, l'auteur (suivant la pensée du philosophe italien Roberto Esposito) donne forme à une impolitique du film, qui ne prétend pas faire se rejoindre les corps tenus séparés. Emerge ainsi une reflexion passionnante sur un corps impolitique, par-delà les identités sexuelles assignées.