Après les méthodes, les programmes scolaires sont bien l'autre question récurrente qui fait débat quand on parle de l'école. Leur conception en dit beaucoup sur une société, sur ses représentations, ses promotions ou ses conservatismes. Elaborer un programme scolaire comiste à opérer des choix qui ne sont jamais idéologiquement neutres. C'est vrai en particulier d'une discipline comme l'histoire-géographie que d'aucuns voudraient transformer en roman national. Récit qu'il faudrait inculquer aux apprenantes au mépris des débats savants et du jugement critique. Mais enseigner l'histoire sans révéler ce que les différents récits cachent ou révèlent d'une société donnée, est-ce construire un savoir ? Des pédagogues, au nom de la liberté d'enseigner, du tâtonnement expérimental ou de la non-hiérarchisation des savoirs, ont fait une critique radicale des programmes et des manuels scolaires. Mais peut-on vraiment s'en passer et pour quoi faire à la place ? Au-delà de celle des contenus, se pose la question d'un savoir qui s'élabore et se développe de façon transdisciplinaire et pour lequel aucun programme n'a prévu d'espace défini. Et si le programme c'était une éducation intégrale où les jeunes font l'expérience, au travers de l'élaboration de savoirs, de la responsabilité individuelle et collective, de l'autonomie et de la démocratie dans ce qu'elle a de plus vivant ?
Le dossier : "collectifs, offensifs, créatifs". "Le pire de tout, c'est d'avoir fait des écoles, des lieux où on est en compétition les uns contre les autres." (Albert Jacquard) En France, l'histoire de la contestation scolaire s'est principalement jouée au sein même de l'institution. C'est dans l'école publique que les militants syndicalistes et les pédagogues engagés ont voulu subvertir "de l'intérieur" un système éducatif autoritaire et inégalitaire. N'attendant pas que le changement vienne d'en haut ou d'à côté, ils ont pensé, mis en oeuvre et expérimenté une "pédagogie d'action directe", pour reprendre la formule des premiers instituteurs syndicalistes.
Une plongée dans le quotidien de lécole, par celles et ceux qui y travaillent, y apprennent, y souffrent et y luttent, tel est le propos de ce dossier de la revue NAutre école. Elèves, enseignant. es, personnels dentretien, de restauration, de santé, agent. es administratifs, assistant. es de vie scolaire, accompagnant. es délèves en situation de handicap, et autres protagonistes scolaires, ces voix qui nous parlent de lécole, loin des fantasmes médiatiques ou des clichés militants, éclairent les multiples facettes dune institution traversée par ses contradictions. Un dossier complété par de nombreuses rubriques : lectures, international, pratiques pédagogiques...
Dans un contexte où la parole et les pratiques tendent à être bridées par un gouvernement autoritaire et dirigiste, qui voit dans les enseignant·es de simples exécutant·es et dans les élèves des boîtes à remplir, déconnectées de tout milieu et de toute expérience, il est des voies encore peu explorées en France et qui, pourtant, pourraient constituer une réponse à la fois éducative, éthique et politique à ces tentatives de soumission. Inspirées de Paulo Freire en particulier, les pédagogies critiques questionnent et semblent attirer de plus en plus, sans pour autant qu'en France, il y ait unanimité dans leur définition ni dans leurs champs d'application. Ce sont ces questionnements et ces tâtonnements que N'Autre école a décidé de mettre en lumière dans ce numéro. Le titre du numéro se décline en une série de questions : De quoi ces pédagogies font-elles la critique ' Sur quoi portent-elles leur regard ' La société, le monde, les individus, leurs relations, l'école ' Au delà du regard critique sur la société, quelles sont les visées politiques des pédagogies critiques ' Les textes théoriques évoquent l'émancipation sociale, la conscientisation des rapports de domination ou encore l'empowerment ou l'encapacitation à agir sur le monde. Comment, en tant que pédagogues, se saisir de ces principes et les faire vivre dans les classes ' Comment ça marche avec les élèves, les parents et l'institution ' Et si les pédagogies critiques remettaient aussi en cause nos pratiques pédagogiques '
Pour les migrants mineurs qui arrivent à être scolarisés, rien n'est réglé : le chemin pour obtenir des papiers est long, aléatoire, difficile car dépendant au lycée professionnel du bon vouloir de patrons, et avec de terribles retours à la case départ. Sur leur parcours ces jeunes rencontrent aussi la solidarité : RESF, des associations, des parents d'élèves et des enseignants qui en les aidant veulent faire de l'école, dans et hors ses murs, un lieu d'accueil. C'est de cette militance, peu connue et peu reconnue, faite d'aide et d'accompagnement quotidien, souvent jusqu'au guichet des préfectures, dont ce numéro spécial de N'autre école veut témoigner
Souvent associées dans l'esprit du public, les figures de Célestin Freinet et de Maria Montessori ne sauraient se confondre. Si elles s'inscrivent toutes deux dans le courant de l'éducation nouvelle, ces deux pédagogies se nourrissent à des sources différentes et surtout se fixent des finalités radicalement opposées. En proposant pour la première fois un recueil des textes rédigés par Freinet sur la pédagogie Montessori, ce nouveau hors-série de la revue N'Autre école met à disposition du plus grand nombre un outil de réflexion et de critique - pédagogique, sociale et politique - du business Montessori aujourd'hui en plein essor.
L'école n'est pas seulement ce lieu dont les médias parlent, si mal la plupart du temps, et assez peu au final. C'est aussi le lieu où les médias sont objets ou moyen d'enseignement. Mais ce n'est pas simple. D'un côté la lutte contre les fake-news via le fact-checking, de l'autre la commande constante des éducations à... Les jeunes consomment beaucoup de médias mais s'interrogent assez peu sur leurs usages et leurs finalités. D'où la nécessité d'une éducation aux médias qui donne lieu à des expériences pédagogiques diverses. Comment s'appuyer sur les pratiques des jeunes pour les réguler et les complexifier, les amener à penser avec, contre et au-delà des discours médiatiques ?