On le sent, on l'entend. Il façonne le paysage, l'anime, se joue des objets et des personnes tout en se dérobant au regard. "Le vent par lui-même n'est pas visible" disait Léonard de Vinci qui ajoutait : "On voit dans l'air, non le mouvement du vent, mais celui des choses qu'il emporte et qui seules y sont visibles". Donner forme à l'invisible, voilà le défi immémorial auquel le vent a confronté les hommes. Pline l'Ancien rapporte que le peintre grec Apelle (ive av. JC), le premier, en imitant le tonnerre, la foudre et les éclairs, peignit "cela qui ne peut être peint" , posant d'emblée la question de la figurabilité des éléments instables par nature et donc des "limites du peindre" . Comment représenter le vent ? Comment le signifier, l'écrire, le décrire ? C'est aux solutions que les artistes ont apportées à ce paradoxe d'un vent invisible mais néanmoins bien réel, vécu et éprouvé, que ce catalogue est consacré. L'histoire racontée ici chemine entre des artistes aux prises depuis des siècles avec ce désir de vent et l'aspiration à en exprimer les puissances expressives, au fur et à mesure que la compréhension scientifique de ce phénomène météorologique s'affine, et que les pratiques et les mediums évoluent.
Je suis bien installé face à la mer. Nous avons beau temps, mais quelle différence avec la fixité et l'éclat de la lumière du Midi. Ici, l'aspect change mille fois par jour. C'est bien joli et je m'acharne à fixer cette atmosphère nacrée en dehors de la formule impressionniste et cela n'est pas commode. J'ai sous les yeux les plus beaux spectacles maritimes que l'on puisse rêver, mais il faut concentrer, synthétiser et tout réinventer. Je serai bien heureux si je réussis ce que je me propose de faire..." Raoul Dufy, lettre à Andry-Farcy, Le Havre, vers 1923-1924.
Peu avant 1929, Signac fait la connaissance de Gaston Lévy, homme d'affaires imaginatif et fortuné, créateur de la chaîne de magasins Monoprix et ardent collectionneur. D'emblée, une relation privilégiée s'instaure entre les deux hommes, qui partagent beaucoup de convictions artistiques. Reconnu et célèbre, l'artiste, alors âgé de 65 ans, se décide très vite à soumettre à son nouvel ami et mécène un projet qui lui tient à coeur depuis longtemps, et le lui expose en détail dès décembre 1928: "Depuis longtemps je rêve de faire une suite importante d'aquarelles sur"Les Ports de France". J'ai relevé 40 ports de la Manche, 40 ports de l'Océan; 20 ports de la Méditerranée. En tout une centaine". Il lui propose de parrainer cette opération, et la précision de sa lettre prouve qu'elle était loin d'être improvisée. "Si ce projet avait votre agrément, je commanderais une conduite intérieure C4 Citroën, je prendrais un chauffeur et je partirais en février pour les ports de la Méditerranée. En avril je remonterais vers les ports de l'Océan pour terminer en été les ports du Nord. Je pense qu'il faudrait 5 ou 6 mois de travail, un peu fou! Je ferais deux aquarelles dans chaque port, l'une pour volis et l'autre pour moi, différentes d'ailleurs, et vous choisiriez celle des deux qui aurait votre préférence. Nous déciderions ensemble du format et du prix. Les marchands n'auraient rien à y voir!". Gaston Lévy comprend tout l'intérêt de ce projet et accepte aussitôt de le financer. Signac entreprend donc son périple dès mars 1929 et achève son vaste projet en 1931. La série dite des Ports de France sera le couronnement de la carrière d'aquarelliste de Signac. Cet ouvrage s'attache à retracer chronologiquement son voyage, mais aussi.à confronter certaines aquarelles avec des tableaux antérieurs ou postérieurs à la commande, également réalisés dans des ports français, avec pour ambition de montrer comment le travail de l'artiste se situe dans une riche tradition historique, du Lorrain et de Vernet jusqu'à Corot, Turner et Boudin.
J'ai déjà envie d'être devant la mer et de m'escrimer du pinceau : c'est étonnant comme j'ai progressé d'un certain côté et comme j'ai soif de lumière !" Lorsque Eugène Boudin (1824-1898) écrit ces mots, il a soixante-quatre ans et la reconnaissance est ? enfin ? au rendez-vous. Mais il n'est pas peintre à s'enfermer dans un savoir-faire. De ses premières années, en bordure de l'estuaire de la Seine, jusqu'à ses ultimes voyages, dans le Midi, à Venise ou en Bretagne, il interroge la nature sans relâche et remet en question son métier, afin de mieux transcrire les effusions de la lumière. A l'occasion du festival "Normandie Impressionniste", l'exceptionnel ensemble d'études réalisées par Boudin et conservées au MuMa ? musée d'art moderne André Malraux, au Havre, est mis pour la première fois en correspondance avec une sélection d'oeuvres venues de vingt-huit musées français et étrangers, et de collections particulières. Ainsi les 197 oeuvres présentées nous permettent de comprendre l'alchimie parfois complexe par laquelle le peintre réévalue les processus traditionnels et comment, l'un des premiers, il donne à l'esquisse cette valeur définitive que les impressionnistes reprendront à leur compte.
Pour les Anciens, Vénus, déesse de la beauté et de l'amour, était née de l'écume de la mer. Durant des siècles, l'océan a pourtant inspiré crainte et effroi. Il faudra attendre le XIXe siècle et l'apparition d'une nouvelle science, l'océanographie, pour que s'opère un changement radical de perception. Les premières investigations sous-marines, permises par les avancées technologiques et relayées par les publications, dévoilent au regard de tous un monde vierge, inconnu et captivant : d'étranges beautés nautiques côtoient de nouveaux monstres au sein de paysages fantastiques. Ré-enchantant le registre traditionnel des imaginaires océaniques, jusque-là incarnés par la mythologie, les nouvelles images des fonds marins et des merveilles de sa faune et de sa flore, inspirent aux artistes les oeuvres les plus stupéfiantes : peinture, sculpture, arts décoratifs, photographie, film, sans oublier architecture, littérature et musique, rien n'échappera à l'attraction des abysses. Plus surréel que le réel, une vague aquatique submerge la création ! Vénus cède sa place aux sirènes, Nemo incarne une nouvelle figure de capitaine et Ondine devient une nouvelle attraction de cabaret au sein d'aquariums de verre que les expositions universelles viennent de populariser. En ce début du XXIe siècle, la pollution des océans, le réchauffement climatique et la surexploitation des ressources marines troublent le regard des scientifiques et trouvent écho au sein d'une création contemporaine devenue soucieuse des équilibres et des échanges planétaires. Crainte et effroi ne sont plus aujourd'hui suscités par l'océan mais par l'homme lui-même, renversement inattendu de la science et de la conscience humaine.
Née en Angleterre au début du siècle des Lumières (1717), la franc-maçonnerie entretint immédiatement une relation privilégiée avec les villes portuaires, où elle s'installa très tôt, à Rotterdam en 1721, à Bordeaux en 1732, à Boston en 1733. Par effet de circonstance, ce sont plutôt les professions maritimes qu'elle attira et notamment les officiers de marine. Qu'est-ce qui explique les affinités particulières entretenues entre les francs-maçons et la mer ? Quelles conséquences ces affinités eurent-elles sur la géographie et la vie des loges maçonniques jusqu'à la fin du xixe siècle ? C'est autour de ces deux questions qu'est conçue cette exposition qui accorde une place de choix à l'histoire de la franc-maçonnerie au Havre où ce lieu de sociabilité émergea en 1738. Les lieux mais aussi les hommes de la franc-maçonnerie havraise, figures célèbres ou moins connues, y sont en effet présentés, de même que leur engagement dans la Cité.
Brotherus Elina ; Kelaranta Timo ; Parantainen Jyr
Elina Brotherus - Timo Kelaranta - Jyrki Parantainen - Jorma Puranen - Pentti Sammallahti Les photographies de cet ouvrage - le premier de la collection Lumières Nordiques - sont autant de variations sur le thème du paysage. Ces artistes finlandais regardent leur territoire avec esprit et sensibilité, se l'approprient pour le transformer, l'oublier ou le réinventer. Leurs images nous convient à un voyage dans des espaces blancs, glacés, parfois presque abstraits, d'un noir intense ou animé de subtiles couleurs ? ; elles font écho au temps des explorations. Et dans ce décor, où se croisent parfois hommes et animaux, s'invite également l'architecture.
L'histoire du territoire ne peut pas être dissociée de la Seine qui a façonné les paysages mais aussi la vie des hommes qui se sont établis le long de ses rives. Le Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande a vocation à préserver la diversité du territoire et à travers le projet de territoire Le Monde du travail initié en 2016, il s'est donné comme ambition de mieux faire connaître l'histoire industrielle locale. Cet ouvrage est né du travail de recherche mené au Parc par Marine Simon, doctorante à l'université de Rouen, et de la collecte de mémoire orale qui en a découlé. Cet ouvrage est aussi le fruit de la réflexion menée avec Mylène Beaufils, directrice du musée industriel de la Corderie Vallois et de la rencontre avec le photographe Loïc Séron qui a arpenté les industries du département pour réaliser l'exposition Portrait du monde ouvrier. Accompagnée d'iconographies anciennes, la première partie de l'ouvrage présente les industries qui ont façonné le territoire entre Duclair et Rives-en-Seine : la clouterie Mustad, les centrales électriques, la Savonnerie et l'Huilerie à Yainville, le chantier naval et la Société de La Mailleraye au Trait, Latham à Caudebec-en-Caux. L'ouvrage donne ensuite la parole à ceux qui ont travaillé dans ces usines, où ils y ont appris un métier et acquis des savoir-faire qu'ils ont transmis aux générations suivantes. Aujourd'hui, la vallée de la Seine est toujours un espace économique dynamique et c'est ce que montrent les photographies de Loïc Séron, qui a exploré Flexi France, Christofle et la REVIMA, ainsi que le site "transformé" de la clouterie Mustad. C'est tout un univers insoupçonné qui s'offre au lecteur. Au coeur du territoire du Parc, ces entreprises participent de l'attractivité du territoire et perpétuent une histoire industrielle centenaire encore très vivante dans la mémoire des habitants.
Lumières Nordiques a invité Karlsson Rixon à réaliser une uvre photographique inspirée de la collection du Musée des Beaux-Arts de Rouen. Spécialement conçue pour être montrée dans une salle du musée, elle a pour titre "Mémorable Mobilité" . Karlsson Rixon a choisi de travailler à partir d'un tableau légendaire du musée, "Les Enervés de Jumièges" , représentant deux jeunes princes dérivant sur un fragile radeau. Ce tableau peut évoquer, dans une lecture contemporaine, les réfugiés qui entrent, ou tentent d'entrer en Europe sur des embarcations surchargées, avec l'espoir d'une vie plus décente.