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Fonder. Hommage à Philippe Capelle-Dumont
Gramont Jérôme de
CERF
22,00 €
Épuisé
EAN :9782204161381
Fonder " : ce verbe va comme un gant à Philippe Capelle-Dumont, le " penseur de l'esperluette " (J. Grondin), auquel ce volume, issu d'un Colloque dirigé par Jérôme de Gramont, rend hommage. Il ne s'agit pas seulement d'honorer les nombreuses initiatives intellectuelles, éditoriales et institutionnelles qui jalonnent son itinéraire, à commencer par la fondation de la collection Philosophie & Théologie qui, au fi l des ans, est devenu l'un des fleurons de la littérature universitaire francophone, interrogeant à nouveaux frais le double héritage formé par la tradition philosophique et les théologies issues de la foi en un Dieu révélé. Les contributions de l'ouvrage n'éclairent pas seulement sous un jour nouveau les réflexions stimulantes de Philippe Capelle-Dumont sur le " génie intellectuel du christianisme ". Elles attirent également l'attention sur le tigre dans le moteur de cet infatigable travailleur intellectuel, à savoir ce qu'une trilogie, actuellement en cours de rédaction, désigne sous le beau vocable novateur de " Principe Alliance ". " Principe " et " Alliance " : paradoxe délibéré où s'entrelacent deux notions semblant appartenir à deux ordres de pensée différents, dans l'espoir d'y découvrir une nouvelle figure de la sagesse.
Un rêve de présence (du côté de l'être) et d'évidence (du côté de la pensée) traverse l'histoire de la philosophie, et pourtant il ne cesse d'être mis à mal. Plutôt que d'écrire à vive allure cette histoire d'un déclin, de la manifestation de l'être à la lumière des dieux (Prologue grec) jusqu'au constat d'une perte du monde-vrai (Epilogue nietzschéen), le présent recueil s'arrête sur quelques figures, livrant ainsi quelques exemples du travail de la pensée pour retenir ce qui commence de se perdre : Platon et la pensée du monde (la pensée comme combat pour être et monde), Kant et la pensée du sujet (d'un sujet placé dans une situation critique mais dont les tâches, théoriques et pratiques, demeurent), Kierkegaard et la pensée de Dieu (pour qu'une existence née au loin de Dieu puisse enfin se tenir devant lui). Ces études voudraient montrer que, même chassée de l'évidence de la présence, la philosophie trouve son élan moins dans la nostalgie que dans la promesse d'un recommencement.
L'homme est un être de parole autant que de chair et de sang, et de celui qui existe entre naissance et mort nous pouvons dire tout aussi bien qu'il pense entre les premiers et les derniers mots. Mais celui qui commence à parler ne dispose pas de l'événement qui l'introduit dans la pensée, pas plus qu'il n'est maître de ses derniers mots, eux encore à venir. Aussi nos premiers mots sont-ils toujours en retard sur l'origine, tenus de répondre plutôt que d'inaugurer. Sans doute est-ce de bien des manières que nous pouvons les décliner, dans le désarroi comme dans l'éblouissement : l'existence blessée ou comblée appelle le verbe. Ce qui la blesse force à penser, et ouvre bien des dimensions (ontologie, politique ou théologie). Ce qui la comble donne à penser - l'œuvre d'art, sous ses multiples formes (sculpture, peinture ou musique) en est l'exemple. Ce qui nous affecte : tel est donc bien l'affaire de cette philosophie qu'on peut nommer première.
J'aurai passé ma vie sous le signe d'un principe de contradiction, je veux dire la Croix du Christ, cette ombre, qui fascina ma jeunesse et ne m'a plus quitté, sur la tristesse des choses et sur la beauté du monde ; complice iconoclaste d'une rigueur critique, mais aussi élan intrépide qui bouscule nos arrêts pour les ouvrir à l'au-delà même de nos espoirs humains. " Marcheur infatigable, Stanislas Breton (1912-2005) n'a cessé d'arpenter les espaces contemporains du pensable. La meilleure manière de s'initier à son oeuvre, qui ne cesse d'entrecroiser les héritages du christianisme, du néoplatonisme, du thomisme, de la phénoménologie et du bouddhisme, est de mettre ses pas dans les siens, en revisitant en sa compagnie les cinq lieux d'une géographie intérieure qui l'ont marqué de leur empreinte : la Judée, Athènes, Rome, Paris, sans oublier l'Ailleurs le plus lointain que symbolise la ville de Kyoto. Ces noms de lieux permettent de dessiner le portrait d'un des philosophes les plus originaux du XXe siècle. Ils sont suivis de huit études qui sondent les dimensions d'une oeuvre riche et foisonnante dont le centre est la Croix du Christ, rapportée aussi bien à la métaphysique qu'à la mystique, la politique et la poétique.
Le commencement a déjà eu lieu, et pourtant il est encore à venir, signe que le commencement véritable, de qui dépend ensuite le cours entier de notre existence, et son sens, a été manqué. Ce que nous appelons sens tient dans cette direction qui tourne, ou retourne, l'existence vers ce commencement à venir, pour aller de l'impoétique vers le poétique, de la souffrance vers la joie, ou de la mort future vers la vie sans cesse recommencée. A la littérature de décrire alors le pluriel des possibles que nous pouvons éprouver, à la philosophie de montrer leur dissymétrie ou la promesse de leur dissymétrie, et à la théologie de justifier cette promesse et dire au nom de qui nous allons vers notre naissance. La philosophie qui est à faire, c'est celle de Lazare.