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LA FABRIQUE DU CONTINU. Essai sur la prose
Goux Jean-Paul
CHAMP VALLON
15,00 €
Épuisé
EAN :9782876732971
Les trois critères essentiels par lesquels Valéry définissait la spécificité du poétique : la fabrique de la liaison, la fabrique de l'énergie et du mouvement, et la fabrique de la voix, me paraissent tout aussi bien au c?ur des exigences littéraires de certaines proses romanesques. Telle est la première strate de ce livre : une réflexion sur la fabrique du roman, à laquelle se superpose une réflexion plus proprement esthétique, où sont posées ces valeurs d'écriture que voudrait saisir l'expression de continu. Le "continu" n'est pas un concept, mais une image privilégiée par laquelle, en la faisant jouer de toutes les manières, je me suis attaché à cerner des valeurs esthétiques dans la prose romanesque : par là, ce livre prend sa place dans le débat contemporain sur le genre romanesque. S'il ne polémique pas, il dessine un territoire d'affinités, au milieu duquel j'écris. En termes esthétiques, le roman est ainsi conçu comme un "art du temps", qui cherche "des réponses aux questions et aux angoisses de l'homme devant la temporalité" et qui pose comme une valeur essentielle la dimension de la continuité temporelle dans l'?uvre. En termes de réflexion sur la fabrique romanesque, le roman est considéré dans son ?uvre contre le temps, son ?uvre avec le temps et son ?uvre dans le temps : c'est selon ces trois aspects que sont envisagés la liaison, l'énergie, le rythme, la syntaxe et la voix dans la prose romanesque. "
La jeune fille et l'homme mûr, comme dans une " scène de genre " : ici, une étudiante et un professeur qui lui a donné rendez-vous pour un entretien et qui attend sa venue en laissant courir sa rêverie sur ce qui paraît bien être l'une de ses pentes préférées : car cet être féminin bouleverse, qui mêle les fragilités de l'enfance et le pouvoir de la beauté. La jeune fille en bleu raconte ce moment d'attente rêveuse où le narrateur met en scène des scénarios autant qu'il parle et fait parler celle qu'il attend : " Est-ce qu'on sait, pourtant, comment on se parle à soi-même ? On n'y pense pas quand on le fait, et dès qu'on y pense, on pense qu'on y pense et on s'écoute parler. J'ai pensé que ce qu'on pouvait faire, après coup, c'était tout au plus tenter de conserver le mouvement - l'allant et la mobilité - de ce qui passait en soi, exactement comme ces nuages que je voyais au-dessus du fleuve. Le feu, le vent, la mer, les nuages : ce qu'il y a de commun entre ces intercesseurs familiers de la rêverie, c'est évidemment le mouvement : il la pousse, mais il la " fixe " aussi, sans quoi on n'éprouverait aucune sorte de plaisir, si le plaisir a bien partie liée avec la répétition. "
Résumé : C'est une réflexion intime, tout intérieure que "note" le narrateur de ce roman au charme puissant qui interroge le "colombier de la mémoire", cette volière d'où s'échappent trop souvent les pigeons du souvenir. Après tant d'années riches de leurs mémoires partagées, Vivien est profondément troublé lorsque Julie, sa compagne architecte, évoque des souvenirs très précis de chantiers qui n'ont pour lui aucune réalité, et qu'il met en doute. Le monde clos de leur entente amoureuse et intellectuelle ouvert sur le jardin et ses ciels se fragilise, soudain menacé par la traversée inquiétante de ces "sourdes contrées" que fabrique à notre insu le Temps qui passe. Qu'il s'agisse d'un être ou d'un projet d'architecture, quelle est la réalité de nos souvenirs dès lors qu'ils sont aussi nourris de nos rêves et de nos rêveries ? Ce sont ces troublantes confusions que scrute Jean-Paul Goux dans ces "notes" teintées d'une mélancolie non dénuée d'ironie, et dans une langue somptueusement poétique.
Résumé : Il y a vingt ans que Maren a quitté la maison forte. Aujourd'hui son père, qu'elle n'a pas revu depuis, veut lui parier. Sur la route du retour aux lieux anciens, Maren se souvient et s'interroge. Qu'est devenue la maison forte où son père s'est retiré ? Qu'en fut-il, durant tout ce temps, de sa vie ? Et que peut-il avoir à lui dire ? C'est sur l'invitation de Maren que son ami Wilhem se rend lui aussi à la maison forte. En chemin il songe à la relation singulière qui s'est nouée entre eux. Aux questions de Maren répondent ses propres interrogations, cependant qu'à la voix de Maren fait écho, infatigablement, la sienne. Peu à peu les sentiments de Wilhem se précisent, il comprend qu'il aime Maren et qu'il ne va la voir que pour le lui dire. D'une beauté envoûtante, ce roman en forme de quête et d'enquête, où la passion de savoir le dispute à la peur de dévoiler, où l'impressionnante densité de l'écriture se mesure à l'épaisseur du temps, est le roman de la deuxième initiation : celle qui contraint à déconstruire l'ancien théâtre des représentations patiemment échafaudé, à se déprendre de tout au moment même où l'on entre en possession de l'héritage. Il se nourrit d'un vertige dont l'écriture saisit ici avec une autorité inspirée toute la périlleuse énergie pour explorer les désordres troublants - et le chaos, parfois - obscurément au travail au c?ur même des formes élaborées par l'homme : ses paysages, ses rencontres, ses sagesses.
Les débats autour de la désinformation, des fake news et de la post-vérité risquent d'occulter une crise peut-être plus radicale que la crise de la vérité : la destitution de la réalité elle-même. Cette destitution commence avec la volonté prométhéenne de transformer la nature en environnement, et donc de détruire celle-ci. Elle prend bien d'autres formes, hétérogènes et indépendantes les unes des autres en apparence, mais qui en fait conjoignent leurs effets. L'artificialisme, le simulationnisme, le présentisme, le prédictionnisme, le fictionnisme, le négationnisme, le complotisme et le nihilisme sont les huit formes de destitution de la réalité analysées dans cet essai. Comme l'avait vu le psychanalyste Jacques Lacan, c'est la psychose qui guette l'humanité.
Dans quel régime vivons-nous depuis le printemps 2017 ? La question est légitime tant l'interprétation que fait le nouveau président des institutions de la Ve République vise à renforcer le pouvoir exécutif et le système de l'état d'urgence quasi permanent. En se plaçant au-dessus des partis, Emmanuel Macron abuse d'une formule éprouvée depuis 1790 puis 1793, et lors de chaque crise politique française grave, en 1795, 1799, 1815, 1851, 1940, 1958 et finalement en 2017-2019. Le pouvoir exécutif, en la personne d'un sauveur, tente de supplanter le pouvoir législatif que l'on décrédibilise en exagérant son inefficacité ou son éloignement du peuple, au risque de fragiliser la démocratie représentative. En adoptant la modération, celle du juste milieu, qui est censée réparer les excès des députés, un centre politique, semblable et différent selon les générations, s'invente lors de chaque crise. La saison des tourne-veste répète les mêmes recettes depuis deux cent trente ans, de 1789 à 2019. La vie politique française, malgré ce qu'en dit toute une tradition historiographique, n'est pas bloquée par une lutte handicapante entre droite et gauche, mais par un poison : celui d'un extrême centre, flexible, prétendu modéré mais implacable qui vide de sa substance démocratique la République en la faisant irrémédiablement basculer vers la république autoritaire. Le macronisme n'est pas une Révolution : c'est une vieille histoire.
Résumé : Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ?