Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Poétique de famille
Glykos Allain
ESCAMPETTE
14,00 €
Épuisé
EAN :9782356080844
Allain Glykos est un auteur phare des éditions L'Escampette. La sortie conjointe de deux livres pour la rentrée littéraire marque une volonté de la maison d'édition de souligner les liens de confiance qui se sont tissés avec l'auteur, et qui perdurent avec la nouvelle équipe en charge de L'Escampette. Poétique de famille ponctue une histoire, une histoire de famille. Pour Allain Glykos, la famille est la source de l'écriture. Ses différents textes jalonnent l'histoire familiale, et mettent en évidence les personnalités, les traits de caractère, les histoires personnelles de ses parents et de ses frères et soeurs. Dans chaque livre, un événement sert de prétexte à raconter. Dans Poétique de famille, c'est la mort du père qui réunit les protagonistes. Les tensions sont palpables, les rancoeurs tenaces, les liens indéfectibles. Les langues se délient pour exprimer le chagrin, les souvenirs - heureux et malheureux -, les reproches aussi, et tout ce que des circonstances tristes peuvent amener à dire. La plume d'Allain Glykos plonge dans l'oralité, au coeur de cette famille : tout ce qui est écrit est dit, par l'un ou l'autre des personnages. Le texte est une suite de réflexions, tirades, dialogues, monologues parfois : c'est un livre de paroles, où l'auteur une fois de plus affirme l'importance qu'ont pour lui les mots. Ce procédé d'écriture permet au lecteur de se sentir concerné, comme si la situation, qui peut arriver à tout le monde, l'incluait pleinement. Et surtout, Allain Glykos réussit le tour de force de faire rire, grâce à son humour décapant et féroce qui bouscule les convenances, allège le poids du chagrin et balaie les non-dits.
1Cette histoire a dû exister. Elle est du souvenir, des soirs où mon père raconte. Fragments trouvés, inventés. Elle est vraie désormais dans les mots. Vraie, comme le sont les histoires des archéologues, construites à partir de bouts de céramique, d'os, de signes sur un mur. Quelques paroles, quelques fossiles, quelques âmes. L'histoire devient voyage, le voyage, écriture. Détour de phrase, retour à la ligne, accident.Un voyage vieux de soixante-dix ans, peut-être davantage, dont il ne reste aujourd'hui qu'un tas de paroles en vrac, mêlées, usées par le temps, des souvenirs dans le désordre. Les choses en ordre sont dans les livres.Depuis tant d'années que mon père ressasse et embellit, les images se sont inscrites. A présent, elles reviennent. Elles sont de la mémoire. Elles sont peut-être aussi de la mythologie. Les Grecs ne sont pas toujours très au clair avec le passé et laissent volontiers la légende glisser vers l'Histoire, quand ils ne la font pas contemporaine pour quelque autre dessein.Tout a commencé en Asie Mineure, à Vourla près de Smyrne - aujourd'hui, Izmir sur les cartes -. Puis, en un grand dérangement se sont succédé des noms de lieux et de villes: Cesmé, Samos, Le Pirée, Nauplie, Héraklion, Vori. De nouveau Héraklion, puis Athènes, Marseille, Bordeaux.2Manolis a-t-il quinze ans? Zone d'ombre, zone d'incertitude. On l'aura fait naître avec le bombardement des Dardanelles. Pourquoi pas? Qu'est-ce que ça change, puisqu'il est, pour longtemps, en route? Autant vouloir mesurer avec précision un galet qui toujours va et vient, une feuille qui tombe, des sentiments qui se mêlent. Quel instrument rendrait possible une telle opération?Il travaille aux bains des soies. Huit heures par jour, il roule et déroule les rames de tissus que saturent les teintes lourdes ou chatoyantes. De temps à autre, il apporte un échantillon au contremaître qui vérifie à la loupe la qualité de l'imprégnation. Aujourd'hui, le patron a fait venir Manolis, le petit Micrasiate dont il est très satisfait, pour dissiper une rumeur. On dit que lui aussi veut quitter la Grèce. Partir, émigrer. A l'usine, il apprend un bon métier, il gagnera honnêtement sa vie, pourra nourrir une famille. Ses frères réfugiés chantent de bien belles histoires. Manolis est-il trop jeune, ou trop fou, pour connaître ce chant d'amour?Je suis un ouvrier comme il faut...Un artiste fameux, un lion au travail...Je te construirai une maison...Tu me feras frire des poissons, et des betteraves à l'aïoli...Et on passera nos soirées en résiné et en baisers...
Nous avons tous des souvenirs de solitude. Solitudes d'enfance que nous avons subies souvent sans recours, sans secours. Solitudes d'adulte que nous avons tant bien que mal apprivoisées, mises à distance par quelques subterfuges. A travers ces cinq nouvelles, Allain Glykos évoque, avec un singulier mélange d'émotion, d'autodérision et d'humour subtil, des moments où il a dû affronter des solitudes de jeunesse et de maturité. Etre témoin à douze ans d'une mort violente, vivre l'éloignement de la mère ou découvrir un milieu qui vous est étranger par la culture, la religion, la classe sociale. Puis, devenu adulte, affronter l'incompréhension, l'humiliation et en rire pour ne pas en pleurer. Mais l'adulte n'est-il pas un enfant couvert de cicatrices ?
Juste avant que nous repartions, du seuil / de cette maison qui désormais va rester vide je regarde au loin un arbre dans le vent, / comme si des déplacements successifs / aussi brusques que brefs / faisaient soudain scintiller / toutes les écailles d'un banc de poissons sous les grands frissons de l'air. / Mais je ne sais quelle métaphore je cherche. Ce n'est peut-être que la mort en mouvement qui ne sort jamais de la vie. / Dans l'absence de vent elle est tapie. / Dans leur balancement brusque les feuilles ne font que de dérisoires morsures / à la face immatérielle de ce qui nous souffle.
La première fois que j'ai vu Batia, c'était à Jérusalem en automne. Jérusalem qui est en pays d'Israël, Israël qui est une terre et un peuple, une terre qui vit de pluies célestes et de paroles, qui a soif de bénédictions, une terre qui entend nos paroles, qui boit nos paroles, qui absorbe nos paroles dans son grain, une terre qui compte les pas de tous et les noms de chacun, qui nous regarde du dedans de son Livre et nous offre le sens, c'est là que j'ai vu Batia pour la première fois, Batia qui est un visage particulier du peuple et une lettre du Livre, un visage qui respire l'âme du peuple, et pour conquérir cette femme il faut mériter cette âme, et aussi la Loi de cette âme qui est le Livre. Batia est une partie de la terre et du peuple, et vouloir cette femme, c'est vouloir l'une et l'autre, et si l'on a dit oui à la terre et au peuple qui sont véritablement Israël, alors on voit Batia qui vient vers soi, toute seule, et s'offre comme une rose tendue. Mais si l'on dit non à l'une et à l'autre et à la Loi de l'âme qui les unit, on ne peut rien connaître du secret de Batia qui se ferme comme la nuit.
Sylvie Fabre G. interroge son expérience amoureuse, parfois au plus intime du corps ; elle cherche à donner sa vraie place à l'amour dans "le champ grand ouvert de l'existence". Elle trouve des réponses dans le secret de la poésie. Ainsi, tout au long de ce Corps subtil, l'amour et la poésie seront les deux noms d'une même vérité. "Nous sommes dans la séparation, pays premier. C'est ainsi que s'expriment les amants, au détour du poème. Peu importe que 1a voix entendue soit celle de l'homme ou de la femme. L'un et l'autre partagent, dans la douleur de fond, la même certitude, celle qui les a conduits, hors d'eux-mêmes en eux-mêmes, jusqu'au point de rencontre où leurs destins ont fusionné, et celle qui, si essentiellement liés qu'ils soient, par le désir, par l'attente et par la communion, les rappelle à tout moment à cette dure réalité de l'existence qui a valeur d'une loi de nature : Nous sommes dans la séparation, pays premier. Nous y sommes, au termes comme au commencement, et il semble que nous n'y soyons jamais sortis. "
Christian Seguin, grand reporter au journal Sud Ouest, a accompli un voyage en Chine, au moment des Jeux Olympiques. Il y a rencontré, non pas une multitude, mais des individus, des gens de milieux sociaux, culturels ou générationnels très divers ; des gens des villes préoccupés par les cours de la bourse ou les débouchés possibles de leurs études ; des gens des campagnes confrontés aux catastrophes naturelles ou dépositaires des secrets de la culture des meilleurs thés ; bref, il a rencontré les Chinois, tout simplement, loin des clichés et des idées reçues. Le petit miracle tient en ceci : ces pages écrites dans un contexte très professionnel, dans l'urgence et sous la pression de l'obligation, composent, réunies sous cette forme, beaucoup plus qu'un document, un vrai livre de littérature par la grâce d'un rare talent d'écrivain, et par un ton qui est la marque de Christian Seguin. ll faut aussi parler de l'humour et de la tendresse qui innervent tout le livre, de cette faculté d'être en empathie avec son interlocuteur qui donne à un portrait brossé par Christian Seguin une proximité très saisissante, même s'il vient à interviewer des sélénites...