Moncomble Gérard ; Tisseron Yann
Extrait Petite Madja, qui reposes sur ta natte de roseau... M'entends-tu ? Oui, je le sais à tes yeux inquiets. Je te vois tourner la tête en tous sens pour découvrir qui parle. Écoute-moi : si je reste invisible, c'est que tu tremblerais à ma vue. Je ne ressemble pas aux personnes qui d'habitude t'entourent. Je suis - comment dire ? - d'une autre nature. Tu souris ? Peut-être crois-tu à une farce d'un de tes serviteurs. Bien, bien. Je vais donc me matérialiser. Mais auparavant, ferme tes yeux. C'est toi qui choisiras le moment de me voir. Voilà, c'est fait. N'ouvre les paupières que lorsque tu seras prête. Aujourd'hui, tu es maîtresse du temps. Peu d'humains peuvent se vanter de m'avoir contemplé, car je suis d'ordinaire en compagnie des étoiles. Le plus souvent je vole dans la nuit, avec à mon front la lumière pâle de la lune. Tu hésites, maintenant ? Va donc, regarde-moi. Tu sursautes, ta bouche semble chercher de l'air. Est-ce ma tête d'ibis au long bec recourbé, posée sur mon corps d'homme, qui t'effraie tant ? C'est que je suis un dieu, Madja. Mon nom est Thot. Veux-tu que je me transforme en babouin ? Je le peux. Nous, les dieux, changeons d'apparence selon nos désirs, ou nos fonctions. Certains d'entre nous ont d'ailleurs plusieurs noms. Allons, ne te cache pas sous le drap de lin. Je ne viens pas en ennemi, au contraire. C'est Mékétrê, ton père, qui m'a appelé à ton chevet. Non pour te soigner, car on me dit que ta fièvre est tombée, mais pour soulager ton ennui. A ton âge, on a besoin de distraction. Mékétrê m'a suggéré de te conter quelques récits anciens. J'en connais beaucoup. Il dit que tu es curieuse de tout, que tu as l'esprit vif. Il m'a même confié que tu l'aidais volontiers à établir ses plans d'architecte. Est-ce vrai ? Moi aussi, parfois, je consens à corriger son travail, quand il me le demande. Ce qui fait de ton père l'un de mes admirateurs les plus fidèles. J'aime bavarder avec lui, car son intelligence est grande. Voilà pourquoi j'ai accepté de venir jusqu'à toi, quoique mon temps soit compté. Considère ceci comme un honneur. Dis-moi... Voudrais-tu savoir comment est né notre pays, l'Égypte ? Ah, tes yeux brillent. Comme tous les enfants, tu es gourmande d'histoires. Cale ta nuque sur ce petit banc de bois sculpté. Voici mon premier récit.
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