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Solitudes. De Rimbaud à Heidegger
Froment-Meurice Marc
GALILEE
32,00 €
Épuisé
EAN :9782718603629
Solitudes, au pluriel, mais de singularités : des lieux et non des sujets, des passages et non des positions. Aller de Rimbaud à Heidegger, ce ne sera pas seulement franchir l'abîme qui sépare, depuis l'origine, poésie et pensée, ce sera les exposer, ensemble, à cet abîme. Déposer princes et principes, métaphysique et esthétique, et prendre, enfin, le large ; prendre, aussi, la mesure — avant tout, de ce qu'il n'y a pas sur cette terre de mesure ou, comme le disait Mallarmé, de ce qu'"il n'est pas de Présent". L'âge des poètes commence à la fin, dans l'adieu d'Une saison en enfer, qui nous commande d'être "absolument moderne", ou dans l'écart, sur le "seuil pétrifié" où se tient Trakl. Solitudes, de la finitude demeurant hors partage, du temps-long suspendu à la venue d'un tournant, de la langue monologue ; mais aussi, de nos espaces finis, des villes inquiètes comme du paysage dépaysé du non-sens qui est encore notre seul lieu commun, tel qu'il est arrivé, césurant l'Histoire, même de l'Etre, à Auschwitz et qu'il nous revient de partout, "faute de tout".
Si Héraclite paraît obscur, c'est qu'il ne nous a laissé que les réponses, et non les questions qu'il a commencé par se poser à lui-même. Il faut donc commencer par là : trouver les questions auxquelles ces fragments répondent."
Inciter, et non juste citer. Mais qui? et à quoi? A (être) nous, avant tout ou plutôt envers et contre tout. Or "nous", c'est un pronom aussi traître que le nom de Personne au lieu d'Ulysse. Il n'y a que nous - mais nous autres. Autres que tout, autres, même, que nous, si par là "on" entendait quelque Un. Entre nous soit dit et bien dit, ce n'est pas simple. Surtout entre nous: car c'est là que cela se noue et se dénoue. Un entre tient à nous et nous entretient de nous. C'est ce singulier pluriel, que, pour le nommer, Jean-Luc Nancy aura cité à comparaître devant nous. Nous devant nous, et devant être devant nous. Mais aussi bien il retombera derrière nous. Car nous sommes mortels, ne sommes peut-être que cela - quel étrange lieu commun, tout de même! Lieu où la communauté s'envoie par le fond avant même d'avoir vu le jour, restant toujours en souffrance de naissance et de sens. Peut-on mettre la fin derrière nous, là où elle ne se trouve nulle part? Et pourtant, il ne dépend que de nous d'en finir avec la politique des grands moyens et des fins misérables, comme si toute fin, hormis la tragédie, ne l'était pas... Mais comme la tragédie elle-même est derrière nous, comme le dernier mot est tombé de L'arrêt de mort, il nous faudra rester du côté de la vie à qui il manque de pouvoir ne dire rien que "Oui".
La chose même : de quoi s'agit-il — et existe-t-elle ? Non, si c'est d'un sujet qu'elle se soutient. Plutôt une in-existence, mais poétique. Une expérience, mais sans vécus. De ce qui fait signe plutôt que sens, et qui donne des orientations de pensée dans la désorientation même. Par exemple ces "choses" toutes simples, qui nous hantent : l'image, l'identité, la liberté. Avec quelques jalons — Rousseau, Nietzsche, Derrida — et les passerelles frêles du langage, frayer des chemins, des claires-voies — jusque dans le massif de l'"art" — ou du "désart" : Hölderlin, mais aussi Michaux, Mallarmé mais aussi Cage ou Duchamp. Un second souffle de "Solitudes".
Froment-Meurice Anne ; Bertucci Jean-Yves ; Hauptm
Les grands arrêts de la jurisprudence financière présentent les grands arrêts et décisions rendus par la Cour des comptes, la Cour de discipline budgétaire et financière, le Conseil d'Etat, le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l'homme, l'ensemble des compétences juridictionnelles des juridictions financière, les règles de procédure qui leur sont applicables et illustrent la richesse de l'apport jurisprudentiel des juridictions financières dans la protection des fonds publics et la bonne gestion. Cette septième édition tient compte des différentes illustrations des cinq dernières années de jurisprudence de la mise en application du nouveau régime de responsabilité pécuniaire et personnelle des comptables publics, entré en vigueur en 2012.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.
La publication d'un Carnet soviétique écrit lors d'un voyage effectué en URSS en 1983 est l'occasion de critiquer ce que je nomme la gauche bifide - l'une libérale, l'autre robespierriste -, au nom d'une autre gauche : celle de l'individualisme libertaire. Pour ce faire, il faut penser l'impensé de la gauche. Penser l'impensé de la gauche, est-ce vouloir la fin de la gauche ? C'est vouloir plutôt la fin de cette gauche bifide et promouvoir une gauche qui en est très exactement l'antipode : celle de l'individualisme libertaire, forte de singularités qui installent dans l'Histoire leur révolte et leur rébellion, leur insoumission véritable et leur indocilité concrète au nom de la liberté. Doline avait bien raison - c'était la leçon de sa Révolution inconnue qui fut mon livre de chevet lors de ce séjour en URSS, c'est son esprit libertaire qui m'a animé et m'anime encore jusqu'à cette heure où je vois les Gilets Jaunes mourir d'avoir été mordus par Macron puis étouffés par les anneaux constricteurs de Mélenchon.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.