C'est en lisant ce recueil, paru en Turquie en 1950, qu'on réalise que non, tout compte fait, ce quidam "intranquille" - selon le mot fameux de Pessoa, cité par l'éditrice Elif Deniz dans la postface -, ce flâneur indocile, qui va et vient sans cesse, n'a rien d'une figure récente ou prémonitoire. Ce besoin de bouger, de passer les frontières, est une vieille histoire; aussi vieille, certainement, que celle de la littérature turque, dont Sait Faik Abasiyanik fut, "authentiquement, le premier moderne en soi", comme l'assure l'écrivain Enis Batur dans la préface au recueil. Les nouvelles du Café du coin, à des années-lumière du récit à intrigue, ressemblent à des esquisses, à des tableaux inachevés: on y croise une pauvre grand-mère qui vend des lapins en pleine rue dans l'espoir de s'acheter un billet de bateau pour Izmir; un marchand de marrons malchanceux; des pêcheurs d'écrevisses ou de sinagrit ("dentu" en français), un jardinier borgne... Souvent, il ne se passe rien. Il n'y a pas de message. Sait Faik Abasiyanik écrit comme s'il portait, au front, une caméra qu'il aurait oublié d'éteindre. S'attachant, ajoute Enis Batur, à "épurer" ses textes "de tout enjolivement", Sait Faik Abasiyanik, par sa sobriété et son sens de l'absurde, a bouleversé la prose, jetant aux orties la rhétorique et le "réalisme social" cher au grand écrivain Nazim Hikmet (1902-1963). (Catherine Simon - Le Monde du 27 juin 2013)
Cet ouvrage porte un regard nouveau sur un aspect important des cultures africaines: les symbolismes. Il comprend trois parties. La première est consacrée aux notions essentielles qui fondent la pensée africaine: conception de l'univers, rapport entre l'homme et l'univers, notions de vie et de mort. La deuxième partie s'interroge sur le concept "d'art" à partir des champs constitués par les mots qui désignent les objets d'art luba. Y est exposée la théorie des quatre critères, qui atteste de l'existence d'une grammaire des symboles graphiques africains et fournit des critères permettant d'y accéder. La troisième partie propose quelques analyses d'objets-symboles dans leurs contextes naturels, d'où émergent d'originales suggestions d'ordre méthodologique. Elle est suivie d'un répertoire de signes avec leur signification.
Derrière ce nom, encore inconnu en France, et cette vie brève, à la charnière de l'Empire ottoman et de la jeune République turque, se cache un rôdeur affamé d'humanité dans les bas quartiers cosmopolites d'Istanbul. « Écrivain des troisièmes classes », Sait Faik est sans doute, avec son art abrupt de la nouvelle, le plus grand auteur de la modernité turque. Un art qui obéit à une urgence vitale : dans l'attente d'un bateau, entre terre et mer, libre, il a des fulgurances pour atteindre chez l'être humain la peur de l'amour et de la mort, la solitude, le passager... Témoin cette Histoire pour deux.Les éditions Bleu autour inaugurent leur projet, dirigé par Rosie Pinhas-Delpuech, d'éditer en français l'oeuvre de nouvelliste de l'écrivain turc Sait Faik Abas¾yan¾k avec la publication simultanée d'un recueil, Un homme inutile (1948), traduit par Alain Mascarou, et de cette nouvelle « Une histoire pour deux », extraite du recueil Un serpent à Alemdag (1954) à paraître en septembre 2007 (traduction du turc de Rosie Pinhas-Delpuech et préface de Nedim Gürsel).Sait Faik Abas¾yan¾k est né en 1906 à Adapazar¾, dans l'actuelle Turquie occidentale. Il publie ses premiers poèmes en 1925, alors qu'il est lycéen à Bursa, et sa première nouvelle en 1929, alors qu'il étudie à la Faculté des Lettres d'Istanbul. Il séjourne ensuite brièvement à Lausanne, puis plus longuement à Grenoble, où il suit des cours d'économie. Définitivement de retour à Istanbul en 1934, il fait de l'écriture son gagne-pain après la mort de son père, en 1939. Il a publié un recueil de poèmes, deux romans et, surtout, des nouvelles, d'abord parus dans des journaux et revues, puis recueillis en une dizaine de volumes. Elles lui vaudront une reconnaissance nationale, voire internationale. Le cinéma turc l'adapte, l'Académie Mark Twain (États-Unis) l'accueille. Il meurt à Istanbul en 1954.
Au terme d'un voyage radiophonique au long cours, ces pages veulent laisser comme un sillage. Histoire de rêver à ce que pourrait être, à l'avenir, un journalisme actif ", écrit Jean Lebrun, qui a eu de ce métier une pratique artisanale, décalée, joyeuse, aujourd'hui peut-être anachronique. Ces pages ressemblent à ses émissions en direct du café El Sur, à Paris, ou du Bar de l'Hospitalet, sur le Larzac : une conversation dont il serait l'hôte et à laquelle il convie ses équipiers et auditeurs, souvent blogueurs désormais. Les temps changent, sans qu'il faille désespérer d'un artisanat nouveau.
Camus Albert ; Bénisti Jean-pierre ; Mathieu-Job M
Voici une cinquantaine de lettres d'Albert Camus à des proches d'Alger rencontrés quand il avait vingt ans : le sculpteur et peintre Louis Bénisti (1903-1995), son frère Lucien et leurs épouses respectives. Aux lettres et fac-similés sont associées, comme autant de traces d'un univers sensible et partagé, des reproductions d'oeuvres de Louis Bénisti, de photographies et d'autres documents. A la faveur de ce dialogue amical, intellectuel et artistique, Camus exprime son idée et sa pédagogie de la philosophie ou ses exigences et scrupules d'éditeur. Surtout, il se livre en toute confiance et simplicité. Confronté à la maladie et aux difficultés de sa vie affective, il aborde la carrière littéraire à la fois inquiet et empli d'espoir, jusqu'à l'arrivée du tourbillon de la célébrité. Exceptionnelle par la précocité et la longévité des amitiés qui la fondent, cette correspondance inédite affine notre vision de l'écrivain. Elle éclaire aussi l'effervescence créatrice d'une jeune génération dans l'Algérie des années 1930.
Nourri des récits des croisés, des voyageurs et des marchands, l?Occident rêve depuis longtemps des mirages de l?Orient lorsqu?en 1704 Antoine Galland donne la première traduction des contes des Mille et une Nuits. L?Orient, dès lors, devient à la mode, et la mode se fait au théâtre. L?ouvrage, richement illustré (250 images en quadrichromie), passe en revue les somptueux costumes et décors qui, d?hier à aujourd?hui, ont installé l?Orient des Mille et une Nuits sur les scènes de nos théâtres. Des opéras de Rameau à la cérémonie turque du Bourgeois Gentilhomme, de La Péri de Théophile Gautier à la Shéhérazade des Ballets Russes, le lecteur plonge dans la voluptueuse ivresse de la féerie orientale.
A l'automne 1913 parait Le Grand Meaulnes, l'unique roman d'Alain-Fournier, qui meurt un an plus tard, à 27 ans, sur le front des Hauts de Meuse. De ce livre initiatique, tragique aussi, qui a marqué des générations de lecteurs, de cette quête d'ailleurs et d'absolu, voici, cent ans après, une réédition assortie d'éclairages inédits d'écrivains, historiens et journalistes. Illustrés de photographies, ils s'organisent en quatre sections.