Le Samovar, qui paraît en 1936, est le premier des dix recueils de nouvelles publiés de son vivant par Sait Faik. Il est alors de retour dans sa ville mère, Istanbul, après un long séjour à Grenoble où il campe aussi certaines de ses "histoires simples". Ce fantôme chaleureux mais sauvage, qui marqua comme personne les générations d'écrivains qui l'ont suivi, s'y révèle le premier moderne en soi de la littérature turque, écrit Enis Batur dans sa préface. Avant Sait Faik, la rhétorique dominait la prose. Lui a des phrases courtes, tendues, parfois effilées comme un dard de raie, électriques, chargées d'un imbroglio de sentiments gouvernés chez lui par une fêlure qui le rend unique. À la manière d'un Chagall, et avant que sa quête du minimalisme ne l'entraîne vers une certaine abstraction, en particulier dans Un serpent à Alemdag, publié l'année de sa mort, il compose des tableaux foisonnant de gens ordinaires, modestes, souvent marginaux, dont rarement dans la littérature mondiale un écrivain a su croquer le quotidien avec tant de finesse.
C'est en lisant ce recueil, paru en Turquie en 1950, qu'on réalise que non, tout compte fait, ce quidam "intranquille" - selon le mot fameux de Pessoa, cité par l'éditrice Elif Deniz dans la postface -, ce flâneur indocile, qui va et vient sans cesse, n'a rien d'une figure récente ou prémonitoire. Ce besoin de bouger, de passer les frontières, est une vieille histoire; aussi vieille, certainement, que celle de la littérature turque, dont Sait Faik Abasiyanik fut, "authentiquement, le premier moderne en soi", comme l'assure l'écrivain Enis Batur dans la préface au recueil. Les nouvelles du Café du coin, à des années-lumière du récit à intrigue, ressemblent à des esquisses, à des tableaux inachevés: on y croise une pauvre grand-mère qui vend des lapins en pleine rue dans l'espoir de s'acheter un billet de bateau pour Izmir; un marchand de marrons malchanceux; des pêcheurs d'écrevisses ou de sinagrit ("dentu" en français), un jardinier borgne... Souvent, il ne se passe rien. Il n'y a pas de message. Sait Faik Abasiyanik écrit comme s'il portait, au front, une caméra qu'il aurait oublié d'éteindre. S'attachant, ajoute Enis Batur, à "épurer" ses textes "de tout enjolivement", Sait Faik Abasiyanik, par sa sobriété et son sens de l'absurde, a bouleversé la prose, jetant aux orties la rhétorique et le "réalisme social" cher au grand écrivain Nazim Hikmet (1902-1963). (Catherine Simon - Le Monde du 27 juin 2013)
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Nourri des récits des croisés, des voyageurs et des marchands, l?Occident rêve depuis longtemps des mirages de l?Orient lorsqu?en 1704 Antoine Galland donne la première traduction des contes des Mille et une Nuits. L?Orient, dès lors, devient à la mode, et la mode se fait au théâtre. L?ouvrage, richement illustré (250 images en quadrichromie), passe en revue les somptueux costumes et décors qui, d?hier à aujourd?hui, ont installé l?Orient des Mille et une Nuits sur les scènes de nos théâtres. Des opéras de Rameau à la cérémonie turque du Bourgeois Gentilhomme, de La Péri de Théophile Gautier à la Shéhérazade des Ballets Russes, le lecteur plonge dans la voluptueuse ivresse de la féerie orientale.
Après Mes Algéries en France, Le Pays de ma mère, versant français d'une nouvelle autobiographie collective, voyage baroque, joyeux et mélancolique dans les Frances de Leïla Sebbar.La France de l'enfance, fille de l'Algérie natale et coloniale: la Dordogne maternelle, les aïeux du Sud-Ouest et du Nord-Pas-de-Calais, les Mariannes et les écoles de la République, des coiffes niçoises et bourbonnaises, les rivières, bois et champs, et Jeanne d'Arc.Puis Mai 68, le Mlf. Des femmes racontent leur France en révolution.Et les Frances de compagnes et compagnons dont les pages manuscrites dessinent des paysages politiques et singuliers.Ils croisent les routes de Leïla Sebbar:Bars-Tabac-Pmu d'Alsace et de Belleville, le métro et ses colleurs d'affiches, les gisants dans les rues de Paris, Chérie Lili, les toilettes des palaces, les phares bretons, la mer...Leïla Sebbar est née à Aflou en Algérie d'un père algérien, élevé dans la religion musulmane, et d'une mère "française de France", élevée dans la religion catholique, tous deux instituteurs de l'Instruction publique laïque dans l'Algérie française et coloniale, où les couples mixtes sont l'exception. Elle a quitté l'Algérie à 20 ans pour suivre des études supérieures de lettres à Aix-en-Provence puis à Paris, où elle vit depuis 1963. Elle a publié plusieurs essais, dont L'arabe comme un chant secret (2010) et Je ne parle pas la langue de mon père (2003, 2013); de nombreux romans, dont La Seine était rouge: Paris 17 octobre 1961 (2009) et Les femmes au bain (2006, 2009); des recueils de nouvelles, dont Écrivain public (2012); et une trilogie sur ses Algéries en France, dont Voyage en Algéries autour de ma chambre (2008); et elle a dirigé plusieurs recueils de récits d'enfance d'écrivains en exil, dont Une enfance algérienne (1999) et Une enfance juive en Méditerranée musulmane (2012).Sébastien Pignon, peintre et dessinateur, est né en 1972 à Paris, où il vit. Il pratique aussi la gravure et la photographie. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2006, il a exposé à Rome (Massa à l'atelier du Bosco), Naples (Musa Muta à l'Institut français) et Paris, en particulier à la galerie Natalie Seroussi. Il est l'auteur de Devant-Derrière (préface de Mauro Ciccia, Bleu autour, 2003). Il a accompagné de ses dessins de nombreux ouvrages aux éditions Bleu autour, dont la trilogie de Leïla Sebbar sur ses Algéries en France, et aux éditions Al Manar - Alain Gorius, dont Contes libertins du Maghreb, de Nora Aceval, Les Algériens au café et Une femme à sa fenêtre, de Leïla Sebbar.
Paris, 13e, 19 Juin 2010. Brocante boulevard Blanqui. Le couple a abandonné sa place aux brocanteurs. 11 heures. Elle me demande une cigarette près de la BNP Paribas. Je ne fume pas. Elle se dirige vers le passant suivant. 17 heures. Ils dorment tête-bêche contre la bâche de la brocante. Elle, la jambe gauche repliée couverte d'un bas résille, l'autre non. Lui, couché sur le côté droit, la main gauche glissée dans son jean à elle, au creux des fesses. 21 Juin 2011, 11 heures. C'est l'été. L'un est assis en tailleur. L'autre, allongée en odalisque, sa position favorite. Il roule une cigarette, longuement. Elle s'impatiente. Il l'allume, la lui donne. 10 Septembre 2011. Seul sous le viaduc, agenouillé devant une canette strong, comme en prière, il ne bouge pas. Où est-elle ?
Après Les nuits froides de l'enfance, son premier roman "troublant et plein d'éclats" (Le Monde), voici l'autre oeuvre majeure de l'écrivaine turque Tezer Ozlü, qu'elle a composée en allemand, la langue de l'exil, quatre ans avant sa mort. Dans La Vie hors du temps, elle a les mêmes mots, simples, le même style, déstructuré, pour dire le chaos qui l'habite à Berlin, puis son voyage à travers l'Europe sur les traces de Kafka, Svevo et, surtout, Pavese, ses "frères d'âme" disparus. Un voyage au bout de la littérature qui l'affranchit, de la liberté qu'elle recouvre, de l'amour physique qui la transporte. Elle est crue, gaie, grave. Elle note : "J'adore les rails. Ils représentent la liberté. Le mouvement. Le fait de ne pas devoir s'adapter. Les rails sont une sorte d'infini. Un infini terrestre".