Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Revenir. Expériences du retour en Méditerranée
Fabbiano Giulia ; Faucourt Camille
ANAMOSA
28,01 €
Épuisé
EAN :9782381911069
Par le prisme de la question du " retour ", Revenir propose un regard original sur les migrations en Méditerranée. Les expériences de retour mettent en effet à nu la complexité des formes de déplacements humains, des déracinements aux voyages mémoriels, et permettent d'explorer la relation transgénérationnelle au lieu d'origine, aux mémoires et aux imaginaires qui y sont liés. Désir, rêve, acte, mythe, horizon possible ou impensable : revenir est une expérience à la fois intime, collective et politique. Elle fabrique des récits de lieux investis ou réinvestis, des lieux vécus, perdus, retrouvés, interdits, occupés, parfois disparus ; des récits de situations migratoires qui se déploient dans l'espace méditerranéen contemporain, connectant ou séparant ses rives. Réinstallations, vacances au pays, tourisme des racines, mobilisations pour le droit au retour, contournements des frontières ou encore rapatriements post-mortem, les pratiques du revenir témoignent toutes des trajectoires de femmes et d'hommes qui ont dû, volontairement ou sous la contrainte, quitter leur pays et habiter l'exil. Ce livre et l'exposition qu'il accompagne s'emparent de ces fragments de vie. Les textes, oeuvres, objets et documents rassemblés ici nous emmènent en Algérie, Cisjordanie, France, Galilée, Grèce, Italie, Liban, Macédoine du Nord, Syrie. Ils invitent à réfléchir au rapport intime et mémoriel au chez-soi, à parcourir ses territoires, à prendre en compte les multiples formes de sa reconnaissance et les voix de sa transmission, génération après génération.
En 1762, Carlo Goldoni quitte à jamais Venise pour Paris où la Comédie-Italienne met à sa disposition ses acteurs, son théâtre et son public. Sur cette "scène bâtarde", déconsidérée par les uns, investie par les ambitions créatives des autres, Goldoni réalise une hybridation nouvelle du savoir-faire dramaturgique français et de la tradition théâtrale italienne, sur fond constant de bilinguisme et d'équilibre - sans cesse remis en cause - entre voix et musique, entre parole et corps. Comment légitimer l'art italien dans la capitale européenne du théâtre ? Comment réunir les masques séculaires et l'esprit des Lumières ? Comment renouveler la commedia dell'arte, intégrer dans le même espace et le même temps "réalisme" et féérie ? Quelle relation artistique s'établit entre la dramaturgie comique italienne et celle, française, de l'opéra-comique moderne ? Quelle réception réserveront les spectateurs parisiens au plus grand dramaturge italien du siècle ? Andrea Fabiano, à partir de l'analyse de canevas manuscrits, de sommaires de comédies, de documents d'archives et de comptes rendus parus dans les périodiques parisiens, donne une première lecture globale de la diversité théâtrale présentée par la Comédie-Italienne de Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Une telle étude permet d'appréhender dans sa complexité le long parcours d'auteur ainsi que le processus d'expérimentation et de métissage que mène Carlo Goldoni, qui propose in fine une théâtralisation de son propre théâtre, une histoire de son cheminement unique et transfrontalier de dramaturge, d'explorateur des âmes et des fantasmes.
Au milieu du XVIIIe siècle, le modèle français de théâtre musical entre en crise: asphyxie du répertoire, malgré le génie novateur de Rameau; crise poétique du modèle classique; crise institutionnelle de l'Académie royale de musique, détentrice d'un privilège exclusif sur toute la France; crise de la réception car les exigences du public changent. Dans ce contexte de fragilisation et de transformation, le débat, toujours larvé et jamais éteint, entre les partisans de l'opéra français et lespartisans de l'opéra italien, prend une ampleur inattendue et inimaginable, qui révèle, derrière la motivation musicale, l'exigence profonde de mettre à nu le modèle politico-culturel de l'absolutisme de l'Ancien Régime. La "Querelle des Bouffons" déborde largement le cadre d'une controverse au sujet de l'opéra italien provoquée en 1752 par lamise en scène de La Serva padrona de Pergolèse à l'Académie royale de musique. Bien au contraire, elle se révèle comme une surprenante jonction conflictuelle dont les retombées marqueront une transformation fondamentale dans la culture française de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.Cet ouvrage a l'ambition d'analyser de manière interdisciplinaire l'objet culturel qu'a été la "Querelle des Bouffons" afin d'en mettre en valeur toute la complexité et le réseau d'interférences et deretombées politiques, esthétiques, littéraires, linguistiques et musicales. Biographie de l'auteur Andrea Fabiano est professeur de Littérature et Civilisation italiennes modernes à l'UniversitéParis-Sorbonne et chercheur à l'Institut de recherche sur le patrimoine musical en France(IRPMF). Spécialiste des transferts dramaturgiques entre la France et l'Italie, il a publié de nombreuxarticles et livres sur l'opéra et le théâtre au XVIIIe siècle.
Les études qui constituent cet ouvrage mettent en scène des trajectoires interprétatives de l'opéra afin de faire ressortir la plasticité de cet objet culturel qui est, dés sa naissance au XVIIe siècle, le symbole de l'altérité et de la modernité théâtrale, mais aussi le relais entre la culture et la consommation culturelle, entre les savoirs poétiques nationaux et un format standardisé universel souvent banalisé. La constitution omnivore de ce genre dramatique parait, en effet, incarner le souhait de Schiller de confrontation et contamination interculturelles ainsi que de globalisation du savoir, instrument pour construire une nouvelle et véritable culture cosmopolite. La perspective de cette approche interdisciplinaire de musicologues, théatrologues et linguistes est donc celle de l'opéra en tant qu'objet et sujet de traductions culturelles, comme instrument opératoire privilégié dune confrontation (hybridante ou opposante) de cultures, langues et genres littéraires et musicaux.
La guerre d'indépendance algérienne est une séquence centrale dans la construction nationale et étatique aussi bien de la France que de l'Algérie. Au lendemain de l'indépendance, l'Algérie héroïse son peuple qui s'est levé comme un seul homme, tandis que la France peine à accueillir ceux qui ont fait l'expérience de l'Algérie coloniale. L'ensemble de ces acteurs expriment des narrations et des exigences mémorielles plurielles, parfois antagonistes. Chacun prend "son" morceau dans lequel il se reconnaît, participant de la construction d'une mémoire-puzzle. En pleine actualité mémorielle, cet ouvrage se propose de déplacer le regard sur les agissements du passé et de quitter le terrain passionnel et les instrumentalisations politiciennes. Les contributions réunies ici s'interrogent sur l'actualité de la colonisation, de la guerre d'indépendance et de leurs mémoires dans différents domaines et différents milieux. Une démarche salvatrice qui ouvre un champ plutôt que de clore un débat.
Comment lutter dans un monde — le nôtre — qui n'aime rien tant que décréter le bouleversement de tout ? Même les mots paraissent devoir perdre leur sens. La "révolution" est devenue l'étendard des conservateurs, la régression se présente sous les atours du "progrès", les progressistes sont les nouveaux "réactionnaires", le salaire est un coût, le salariat une entrave, la justice une négociation et le marché une morale. Tout ce détournement n'est pas le travail secret d'une propagande. Il appartient à la dérégulation générale qui fait l'ordre d'aujourd'hui, vidant les mots de leur sens, les euphémisant et prenant appui sur l'ombre creuse qu'il met à leur place. Pour aller contre ce monde, il n'est alors peut-être pas de meilleur moyen que de le prendre aux mots, que de refuser, comme disait Orwell, de capituler devant eux. C'est toute l'ambition de cette série d'ouvrages courts et incisifs, animés d'un souffle décapant : chaque fois, il s'agit de s'emparer d'un mot dévoyé par la langue au pouvoir, de l'arracher à l'idéologie qu'il sert et à la soumission qu'il commande pour le rendre à ce qu'il veut dire.
Christian Sarton du Jonchay, Ernest Wrentmore, Marina Yurlova, Rudolf Höss, Jack Cornwell... Ces jeunes Français, Américain, Russe, Allemand ou Anglais sont nés entre 1899 et 1904 ; ce sont des combattants juvéniles, dont l'historienne Manon Pignot est allée chercher la trace dans les archives d'Europe et d'Amérique du Nord. Bien souvent camouflés, du fait du caractère illicite de leur engagement au sein des armées régulières, trouver ces "ado-combattants" relève du jeu de piste, tant les sources sont parcellaires, dissimulées. L'auteure interroge les raisons comme les modalités de l'engagement de ces adolescents, les obstacles aussi qu'ils ont dû surmonter et la manière, s'ils ont survécu, dont cette expérience de guerre les a marqués. Patriotisme, transgression et filiation, désir d'aventure et désir de guerre... C'est une histoire délicate à écrire, tant elle touche à nos conceptions contemporaines de l'enfance et de l'adolescence. Avec ce travail pionnier, Manon Pignot s'attaque à un angle mort de l'historiographie contemporaine.
Les seins des femmes sont-ils le siège visible, désigné, ressenti du féminin ? Ils sont en tous cas au coeur de tensions à la fois intimes et sociales, voire politiques, enjeu de l'assignation des femmes à des normes immémoriales et lieu d'une émancipation revendiquée. Cet essai en dévoile les mille et un signaux à travers une enquête où les femmes livrent leur expérience vécue. Ronds, fermes et hauts, ni trop petits ni trop gros, à la fois sexy et nourriciers, les seins des femmes sont l'objet d'assignations, d'injonctions et de fantasmes innombrables. Or l'expérience de chacune et de chacun est bien loin de se conformer à ces idéaux. Ces standards sont donc fréquemment vécus comme un poison et les seins réels invisibilisé. Camille Froidevaux-Metterie a mené une enquête auprès de femmes de tous âges, qui déroulent le fil de leur existence au prisme de leurs seins : de leur apparition au port du soutien-gorge, de la séduction au plaisir sexuel, du poids des normes esthétiques à la transformation volontaire ou contrainte par la chirurgie, de l'allaitement à la maladie... Grands oubliés des luttes féministes, appartenant à la fois à la sphère intime et à la sphère sociale, les seins condensent le tout de l'expérience vécue du féminin contemporain, soit ce mixte paradoxal d'aliénation et de libération. Ce constat s'inscrit dans une dynamique puissante que l'autrice appelle "tournant génital du féminisme", mouvement de réappropriation du corps des femmes dans ses dimensions les plus intimes : mieux connaître les organes génitaux et leur fonctionnement, lutter contre les violences sexistes et sexuelles, revendiquer l'accès à une sexualité libre et égalitaire placée sous le signe du consentement. Dans la pluralité de leurs formes et la liberté de leur condition, les seins participent de ce mouvement. Au cours de son enquête, l'autrice a réalisé des portraits des seins des femmes qui évoquent avec force en regard des verbatims et de l'analyse de cette "expérience vécue des seins".
Alors que le mot " révolution " sert à vendre à peu près n'importe quoi et n'importe qui, ce livre fort et joyeux montre comment il a été domestiqué par tous les pouvoirs depuis le xixe siècle et comment, en le prenant de nouveau au sérieux là où il veut dire quelque chose, il est possible de renouer avec la puissance et la promesse imaginatives des processus révolutionnaires. Le mot " révolution " se prête désormais à tout. Il sert à vendre des yaourts ou des chaussures aussi bien que les idées de campagne, pourtant très libérales, du président Macron. Il est temps de lutter contre ces détournements. Ludivine Bantigny, spécialiste renommée et engagée de l'histoire des luttes contemporaines, et notamment de Mai 68, montre ici combien les révolutions ont été l'objet d'un intense travail de domestication. Les élites du XIXe siècle se sont montrées obsédées d'en finir avec elles, d'en dompter les élans et d'en effacer les traces. Celles du XXe siècle, en les célébrant, en les commémorant avec faste, n'ont pas cessé de les apprivoiser au point qu'elles n'inquiètent plus personne. Mais arracher le mot à la langue feutrée du pouvoir, qu'il soit économique ou politique, ne suffit pas. Il faut en retrouver le sens en acte. En prenant pour appui les mouvements de lutte contre le capitalisme, comme ceux du Chiapas, ce livre vigoureux libère avec bonheur la force des espérances, des rencontres et des potentialités que font naître les révolutions.