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LA BRUYERE. TI. BREVES QUESTIONS D'HERMENEUTIQUE.
ESCOLA MARC
CHAMPION
80,00 €
Épuisé
EAN :9782745304582
Les dix essais ici réunis visent à informer puis à mettre à l'épreuve une poétique du caractère. De Théophraste à La Bruyère, la pratique de l'éthopée connaît un infléchissement décisif : en renonçant aux définitions pour attendre de la seule description la révélation dynamique d'une logique du comportement, La Bruyère amène son lecteur à parcourir un trajet proprement herméneutique. C'est peut-être cette irréductibilité de la description éthique à toute définition qui fonde la possibilité d'instituer le caractère en genre littéraire et la représentation des moeurs en discours moral. La Bruyère est ainsi le premier à reconnaître que l'on ne peut atteindre la vérité des comportements que comme représentation : les "caractères" ne sont désormais visibles que s'ils sont reconstitués mimétiquement en caractères. L'ouvrage lui-même viserait dès lors moins à dire les "moeurs du siècle" qu'à formuler les grandes lois de l'interprétation des comportements - et c'est en quoi il nous demeure aujourd'hui encore lisible ; le caractère se donne comme leçon ou comme brève question d'herméneutique, parce que chaque "caractère" est à interpréter en retour comme un texte : le texte du comportement.
Résumé : Voltaire, entend-on dire, n'a rien compris à Pascal, Sartre s'est mépris sur Baudelaire, Lénine a mal lu Marx, et Poussin a méconnu Caravage. Dénonçant un malentendu, chacun a pu prétendre redresser la méprise, s'exposant par là même à être corrigé. Pas de lecture sans malentendu, ni d'interprétation sans dissipation de malentendu. Si, selon une opinion courante, la réception d'une ?uvre singulière se confond bien souvent avec la suite des malentendus auxquels elle a donné lieu, c'est peut-être que toute entreprise herméneutique suppose ce " geste " originel qui autorise l'interprète à se camper, à son tour, en exégète recommandable. " Lira bien qui lira le dernier ", dit Genette. Le critique, le philologue et le traducteur, l'historien ou le diplomate, le philosophe, l'éditeur même, pour ne rien dire de l'ordinaire lecteur, usent eux aussi, sans y prêter garde, du malentendu : les contributions rassemblées ici s'emploient à réfléchir ce mouvement, par lequel l'herméneutique pourrait être sensiblement ébranlée. Car - selon l'hypothèse engagée dans le volume - le malentendu n'est pas un obstacle sur le parcours de l'interprète, mais une arme entre ses mains. Et le sens, affaire de stratégie autant que de vérité.
Résumé : Le cinéma est l'invention des Lumières, il semble qu'on l'ait toujours su. Mais on aura peut-être eu tort de dater sa naissance de 1895, et d'écrire Lumière au singulier. Car il n'était pas impossible de se rendre au cinéma à la fin des années 1750 déjà, et Diderot fut l'un des premiers à installer "comme devant une toile" les spectateurs de son Fils naturel. Il faut en croire Eisenstein : "Diderot a parlé de cinéma" , et prendre le temps de méditer ce mot abyssal du réalisateur russe : le cinéma est le fils naturel du théâtre.
Rhétorique de La Bruyère : ce deuxième essai sur Les Caractères fait l'hypothèse que les énoncés d'un texte discontinu requièrent une interprétation qui se fonde sur leur discontinuité même. Le "mouvement" de l'oeuvre, dans ses neuf éditions successives, invite à considérer les additions comme une caractéristique de la composition, et permet d'appréhender à partir d'elles les différents niveaux où se décide la cohérence textuelle : l'alinéa, la remarque, la série, le chapitre. Une méthode de lecture peut être ainsi élaborée qui autorise en retour une définition du discours discontinu. En faisant l'économie du métalangage explicite de la dispositio, cette rhétorique du discontinu conditionne le lecteur à produire effets de contexte et effets de série, cohérences locales et séries de séries, mais l'amène aussi bien à éprouver l'instabilité du jugement. Ainsi se donne peut-être à comprendre l'accointance du discours moral avec cette nouvelle rhétorique ; la "rencontre" n'est pas seulement historique, que consacre dès le tout début du XVIIIe siècle l'institution d'un corpus des "moralistes classiques", mais pragmatique : la discontinuité du discours autorise l'émancipation d'une instance d'énonciation qui cherche à s'affranchir des déterminations sociales et idéologiques, pour parvenir en retour à confronter son lecteur à l'instabilité d'une interprétation éthique des comportements. Le discours des "moralistes classiques" peut donc se définir non pas tant par un corps doctrinal commun, que comme le lieu d'une mise en scène de la question herméneutique elle-même. Et c'est peut-être pourquoi les textes des "moralistes" peuvent être reçus comme "littéraires".
Fallait-il tuer Camille? La question fut posée dès l'année 1640 qui vit une "querelle d'Horace", dernier acte de la "querelle du Cid". Horace est-il un de ces "fanatiques" dont l'Histoire moderne nous a révélé différents visages ou le héraut d'une morale pour temps de guerre? Il semble que l'on en débatte encore aujourd'hui. Mais ne peut-on espérer enfin échapper au conflit des interprétations?