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Le Malentendu. Généalogie du geste herméneutique
Escola Marc (dir.) Marc
PU VINCENNES
22,00 €
Épuisé
EAN :9782842921453
Voltaire, entend-on dire, n'a rien compris à Pascal, Sartre s'est mépris sur Baudelaire, Lénine a mal lu Marx, et Poussin a méconnu Caravage. Dénonçant un malentendu, chacun a pu prétendre redresser la méprise, s'exposant par là même à être corrigé. Pas de lecture sans malentendu, ni d'interprétation sans dissipation de malentendu. Si, selon une opinion courante, la réception d'une ?uvre singulière se confond bien souvent avec la suite des malentendus auxquels elle a donné lieu, c'est peut-être que toute entreprise herméneutique suppose ce " geste " originel qui autorise l'interprète à se camper, à son tour, en exégète recommandable. " Lira bien qui lira le dernier ", dit Genette. Le critique, le philologue et le traducteur, l'historien ou le diplomate, le philosophe, l'éditeur même, pour ne rien dire de l'ordinaire lecteur, usent eux aussi, sans y prêter garde, du malentendu : les contributions rassemblées ici s'emploient à réfléchir ce mouvement, par lequel l'herméneutique pourrait être sensiblement ébranlée. Car - selon l'hypothèse engagée dans le volume - le malentendu n'est pas un obstacle sur le parcours de l'interprète, mais une arme entre ses mains. Et le sens, affaire de stratégie autant que de vérité.
Les dix essais ici réunis visent à informer puis à mettre à l'épreuve une poétique du caractère. De Théophraste à La Bruyère, la pratique de l'éthopée connaît un infléchissement décisif : en renonçant aux définitions pour attendre de la seule description la révélation dynamique d'une logique du comportement, La Bruyère amène son lecteur à parcourir un trajet proprement herméneutique. C'est peut-être cette irréductibilité de la description éthique à toute définition qui fonde la possibilité d'instituer le caractère en genre littéraire et la représentation des moeurs en discours moral. La Bruyère est ainsi le premier à reconnaître que l'on ne peut atteindre la vérité des comportements que comme représentation : les "caractères" ne sont désormais visibles que s'ils sont reconstitués mimétiquement en caractères. L'ouvrage lui-même viserait dès lors moins à dire les "moeurs du siècle" qu'à formuler les grandes lois de l'interprétation des comportements - et c'est en quoi il nous demeure aujourd'hui encore lisible ; le caractère se donne comme leçon ou comme brève question d'herméneutique, parce que chaque "caractère" est à interpréter en retour comme un texte : le texte du comportement.
Combien de personnages, de scènes ou de répliques comiques de Molière êtes-vous capables de citer ? Le dramaturge a composé une trentaine de comédies ; quatre cents ans plus tard, la magie continue d'opérer : nous rions en les lisant. A travers cette anthologie, savourez le best of de l'humoriste !
Les chefs-d'oeuvre se prêtent à tous les traitements, fût-ce les plus irrévérencieux. C'est même par là qu'on les reconnaît. Mais quel sens y a-t-il à chercher à améliorer l'une des plus belles réussites du répertoire ? Le présent ouvrage propose de frayer les voies d'une critique authentiquement créatrice en renouant avec le mode de lecture qui prévalait à l'âge classique et dont Rousseau donne encore l'exemple dans la critique du Misanthrope proposée par la Lettre à d'Alembert. Il confronte ainsi le chef-d'oeuvre de Molière à ce qu'il aurait pu être, tout autant qu'à ce qu'il est devenu dans les différentes interprétations qui en ont été données et les innombrables sixièmes actes qui en ont été forgés, avec la conviction qu'il y a dans tout texte de quoi en faire un autre. La valeur d'une oeuvre se mesurant aux possibles qu'elle autorise, il n'y a jamais bien loin de la lecture vivante d'un texte à sa continuation, et il n'est pas de plus belle façon de réviser ses classiques que de leur imaginer des variantes.
Résumé : Soutenu par une discrète érudition, cet essai voudrait offrir une approche résolument ludique des Fables de La Fontaine : l'auteur n'y propose pas une nouvelle interprétation mais l'élaboration d'un mode de lecture, librement inspiré des jeux sérieux de l'Oulipo comme des théories sur la réécriture, qui suppose au sein d'une fable la production imaginaire de fables possibles. L'exercice est moins irrévérencieux qu'il n'y paraît : la loi même du genre veut qu'il y ait toujours dans une fable de quoi en faire une autre ; chaque fable étant elle-même le produit d'une réécriture. on voit mal qu'elle puisse interdire au lecteur de se livrer à son tour à un exercice de transformation. "Affabuler" les tables, c'est donc à la fois réfléchir sur les choix de La Fontaine entre plusieurs versions possibles de ses textes sources, et esquisser en retour quelques apologues nouveaux ; c'est aussi et surtout se rendre sensible à la " fabrique" même du dispositif fabulaire. En nous donnant à rêver, ou à écrire, les tables fantômes qui hantent les tables réelles, l'auteur découvre à nos yeux un La Fontaine finalement inédit - tout à la fois plus " gaillard " et plus politique que celui consacré par la tradition scolaire.