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Retour à Yvetot
Ernaux Annie
MAUCONDUIT
9,00 €
Épuisé
EAN :9791090566088
Est-ce que, moi, la petite fille de l'épicerie de la rue du Clos - des - Parts, immergée enfant et adolescente dans une langue parlée populaire, un monde populaire. je vais écrire, prendre mes modèles, dans la langue littéraire acquise, apprise, la langue que j'enseigne puisque je suis devenue professeur de lettres ? Est-ce que. sans me poser de questions, je vais écrire dans la langue littéraire où je suis entrée par effraction, " la langue de l'ennemi " comme disait Jean Genet, entendez l'ennemi de ma classe sociale ? Comment puis-je écrire, moi, en quelque sorte immigrée de l'intérieur ? Depuis le début j'ai été prise dans une tension, un déchirement même, entre la langue littéraire, celle que j'ai étudiée, aimée, et la langue d'origine. la langue de la maison, de mes parents, la langue des dominés. celle dont j'ai eu honte ensuite mais qui restera toujours en moi-même. Tout au fond la question est : comment en écrivant, ne pas trahir le monde dont je suis issue ?
J'ai voulu l'oublier cette fille. L'oublier vraiment, c'est-à-dire ne plus avoir envie d'écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue". Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l'été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l'Orne. Nuit dont l'onde de choc s'est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S'appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu'elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd'hui.
Annie Ernaux s'efforce ici de retrouver les différents visages et la vie de sa mère, morte le 7 avril 1986, au terme d'une maladie qui avait détruit sa mémoire et son intégrité intellectuelle et physique. Elle, si active, si ouverte au monde. Quête de l'existence d'une femme, ouvrière, puis commerçante anxieuse de "tenir son rang" et d'apprendre. Mise au jour, aussi, de l'évolution et de l'ambivalence des sentiments d'une fille pour sa mère : amour, haine, tendresse, culpabilité, et, pour finir, attachement viscéral à la vieille femme diminuée. "Je n'entendrai plus sa voix... J'ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue."
Résumé : "En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m'a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d'aujourd'hui, Cergy. J'évoquerais ma vie, l'écriture, le lien entre les deux. J'ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu - géographique, social - où l'on naît, et celui où l'on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l'arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés".
Ce volume est organisé en miroir: à la place du traditionnel « Vie et oeuvre » ou de la Préface, ils?ouvre sur des séquences de photos organisées chronologiquement. Le commentaire de ces photos est composé d?extraits du Journal secret inédit d?Annie Ernaux (elle en a interdit la publication de son vivant). Les photos sont toutes des photos personnelles des proches, des lieux. Photos sans ambition esthétique, mais qui rendent parfaitement compte du projet immense de ce Quarto: Écrire la vie. Cette première écriture, celle de l?instant devenu souvenir, n?a rien de spontané. L?état desphotos en témoigne. Elles ont souffert, la surface a perdu son aspect lisse, elles ont reçu quelquescoups malgré tout le soin dont on sent qu?elles ont été entourées. Elles sont précieuses malgré leur modestie, et l?émotion nous étreint, sans que l?on sache pourquoi, à les regarder ainsi rassemblées. Sans doute parce que l?on pressent ce qu?elles cachent derrière ce qu?elles disent. Elles sont la mémoire vive des drames qui constituent la trame de l?écriture des textes, mais sans l?action. Elles en sont plutôt le décor, les acteurs figurent paisiblement, le café épicerie est là en arrière-fond, la Normandie, Yvetot, les promenades du dimanche, le quai de la gare, un décor et des gens si banals!Les onze ouvrages sélectionnés pour ce volume, précédemment parus dans la « collection blanche », répondent à ce premier corpus dans un autre registre: le drame assumé, sinon exorcisé. « Écrire la vie » prend alors un autre sens: sans l?écriture qui livre le chemin d?une vie libre, il n?y aurait que souffrance, remords, accablement et refoulement. La passion de l?écriture se confond avec la passion de la vie, après l?avoir engendrée. Vivre et écrire ne font plus qu?un. Rien n?est banal, rien n?est dérisoire. À ces onze titres s?ajoutent dix textes brefs: tous sont de courts récits, des observations, des réflexions sur l?écriture ou la lecture (à l?exception d?une fiction, « Hôtel Casanova »).
Résumé : C'est une histoire d'amour et de dialogue impossible entre un fils et sa mère. Lui, 37 ans, né en Algérie, habite en France depuis quatorze ans. Elle, vit en Algérie. Il est intellectuel. Elle ne sait ni lire ni écrire. Il est homosexuel. Elle aimerait qu'il se marie avec une musulmane. Comme elle aime les histoires, il lui raconte, jour après jour, Le Livre de ma mère d'Albert Cohen. Il espère que les questions abordées dans le livre de cet écrivain juif, qu'il admire, susciteront un échange avec sa mère. Ma mère et moi, merveilleux texte à la langue épurée, s'adresse à la fois au coeur et à la raison. C'est une mélopée lancinante et mélancolique qui vous prend à la gorge. Une fable moderne sur des sujets brûlants de notre société actuelle : la confrontation des cultures, la sexualité, la judéité et l'islam, le vivre-ensemble...
J'ai beaucoup marché dans les rues de Paris. Je partais chaque jour pour voir ce que, à force d'habitude, on ne voit plus. Je n'avais aucune idée préconçue, sinon que je ferais, le soir, sur mon cahier à spirale, un dessin accompagné d'un court texte, une réflexion rapide sur ce qui se serait imprimé en moi. Mini-histoires dont la banalité fait qu'on n'en parle pas et qui, pourtant, déroulent comme un fil invisible entre tous ces humains, les reliant les uns aux autres pour écrire la grande histoire universelle des anonymes. Longtemps, devant l'immensité de cette humanité, de ces voix qui s'entrecroisent sans jamais s'entendre, j'ai pensé que, forcément, il y avait quelqu'un qui me ressemblait, qui pensait comme moi, qui pourrait être moi-même. Un double, un jumeau ignoré, errant dans une autre ville. Un promeneur qui écoute et regarde. Ce témoin attentif dit : "Regardez, le monde est juste derrière ce que vous voyez". Celui-là, c'est Urbano, l'homme au corps souple et au visage sans traits pour que chacun puisse s'y projeter". Jean-Louis Jacopin