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La dispersion. Une histoire des usages du mot diaspora
Dufoix Stéphane
AMSTERDAM
14,00 €
Épuisé
EAN :9782354801052
En France comme ailleurs dans le monde, le mot diaspora est récemment entré dans notre vocabulaire courant lorsqu'il s'agit de rendre compte de toute forme de lien existant entre des individus ou des groupes, et les terres, les Etats, les nations ou les peuples auxquels ils s'identifient. Ce terme fait aujourd'hui partie des lexiques politique, économique, journalistique, juridique mais aussi scientifique et son utilisation ne fait que croître dans chacun de ces domaines, bien au-delà de la seule dimension migratoire, mais aussi bien au-delà de son acception initiale intimement liée à l'histoire du peuple juif. Les mots ont-ils ont une histoire? Pas vraiment. Leurs usages ont une histoire, qu'il est possible de retracer, y compris sur le très long terme. La Dispersion est la toute première étude académique se donnant pour objectif de suivre la géographie de ces usages, de la création du mot au IIIe siècle avant l'ère chrétienne jusqu'à ses transformations les plus récentes et son entrée dans les "bonnes pratiques" mises en avant par des organisations internationales comme la Banque mondiale ou l'Organisation internationale pour les migrations. Cet ouvrage plaide en faveur de l'interdisciplinarité, d'une combinaison inédite entre la sémantique, l'histoire et la sociologie. La socio-sémantique historique permet d'étudier les conditions de possibilité - ou d'impossibilité - de l'émergence des différents usages du mot, de ses appropriations par des groupes sociaux différents, de son succès et de son efficacité croissante. Cette approche a un prix: refuser toute prise de position sur le sens réel du mot diaspora, sur sa véritable définition, au profit d'une cartographie complexe de ses trajectoires.
Résumé : L'exil est devenu un thème à la mode. Pourtant, l'étude des activités politiques menées par des émigrés contre le régime en place dans leur pays d'origine est rarement entreprise. C'est l'objet central de ce livre à partir du cas des Hongrois, des Polonais et des Tchécoslovaques en France de 1945 aux années 1990. Cette politique d'exil s'inscrit dans un espace politique transétatique fonctionnant en dehors du pays d'origine. Cet espace, qui est à la fois un champ de luttes et un champ de forces, rassemble des individus et des groupes s'affrontant pour la représentation à l'étranger de leur peuple ou de leur nation. L'auteur propose un nouveau concept pour désigner cette arène politique si particulière : l'exopolitie. L'exopolitie obéit à deux logiques contradictoires que tentent de concilier les groupements exilés : la continuité et le décalage. La première est un impératif politique pour légitimer la lutte à distance. La seconde est un impératif de réalité leur rappelant que le pays continue d'exister sans eux. Mais la mise entre parenthèses du temps et de l'espace ne va pas sans risque, y compris quand le retour au pays devient possible. Envisagé comme un objet de recherche inédit, l'exopolitie permet de repenser certains thèmes fondamentaux de la sociologie politique : la politisation, la légitimation, la formation des identités et des règles du jeu politique.
Dufoix Jean-Pierre ; Hartmann-Virnich Andreas ; Ri
Résumé : L'église Saint-Trophime fait partie de l'ensemble épiscopal bâti sur le flanc ouest de la colline d'Arles au milieu du Moyen Age. Le grand chantier de la cathédrale romane démarre vers 1100, pour se prolonger tout au long du XIIe siècle. La construction de cet ensemble s'achève par la mise en place sur la façade occidentale d'un portail richement décoré. Célèbre pour la qualité et la beauté de ses sculptures, il a pour thème général le Jugement dernier. L'équilibre de sa composition, les frises rappelant les sarcophages paléochrétiens, les grandes statues de saints encadrées de colonnettes et la polychromie de ses marbres sont d'une originalité rarement égalée en France. Attaqué par les vicissitudes du temps, par la pollution de l'air et des eaux de ruissellement, le portail a attiré l'attention des conservateurs arlésiens, qui ont alors engagé une intervention de grande ampleur. Les travaux lourds se sont achevés en 1995, un entretien léger mais régulier ayant désormais pris le relais. Ils ont fourni aux historiens de l'art l'occasion d'étudier de manière exhaustive le programme iconographique tout à fait exceptionnel de cette superbe façade. Cet ouvrage constitue la réédition intégralement revue et largement augmentée d'un livre paru en 1999.
On attend des sciences sociales qu'elles nous aident à comprendre la marche du monde. Or elles en semblent toujours plus incapables. Non seulement elles apparaissent le plus souvent en retard sur l'événement mais, noyées dans l'hyper spécialisation, perdues dans la guerre entre disciplines, elles voient toujours mieux certains détails mais de moins en moins bien l'ensemble. A côté des spécialistes, il est urgent de former des généralistes qui sachent faire dialoguer les différents champs de la science sociale. Parler de la science sociale, évoquer son unité, au moins à titre d'idéal régulateur, peut sembler un combat perdu d'avance, tant elle est fragmentée. Mais il existe déjà une certaine forme de science sociale généraliste, qui n'est autre que la science économique généralisée, inspirée par la théorie des choix rationnels, sous toutes ses formes, et par l'utilitarisme et ses dérivés (cognitivistes, constructivistes, etc.) C'est cette science sociale générale qui modèle la conception du monde dominante, hégémonique même à l'échelle planétaire, et qui inspire et légitime les politiques menées dans tous les pays. Avec des résultats discutables, tant aux plans théorique, qu'éthique ou politique. Il nous faut donc retrouver l'idéal et la réalité d'une science sociale généraliste (qu'a pu en son temps incarner la sociologie classique) mais la faire reposer sur d'autres fondements que l'utilitarisme. Par ailleurs, la globalisation du monde modifie en permanence l'échelle et la définition même des sociétés. Symétriquement, la globalisation des sciences sociales et la contestation de l'hégémonie conceptuelle occidentale imposent elles aussi de repenser le passé de nos disciplines pour les projeter vers l'avenir. C'est dans cette perspective que se sont réunis à Cerisy-la-Salle, en 2015, une quarantaine de chercheurs de renommée internationale, anthropologues, économistes, géographes, historiens, philosophes et sociologues. L'accord qu'ils ont su trouver est prometteur.
Résumé : " Décolonial " ou " décolonialisme " : des mots omniprésents dans le débat public français, mais dont le sens réel et la portée heuristique semblent ignorés ou instrumentalisés. Ce nouvel opus de la collection Le mot est faible permet d'y voir plus clair. Depuis quelques années, les mots " décolonial " et " décolonialisme " ont fait leur apparition dans le débat public français : dans les tribunes, discours, essais ou encore éditoriaux divers. Ils y occupent une place très particulière, celle du mot qui divise en prétendant défendre l'unité, celle du mot qui agit en prétendant se contenter de décrire, celle de la victime contre l'ennemi qui menace. Comme nombre de titres de la collection Le mot est faible, l'objectif de l'ouvrage est de réussir à tenir ensemble et à montrer dans leur complexité, dans un essai très argumenté, les transformations de la visibilité de certaines approches épistémiques contre-hégémoniques à l'échelle mondiale (le mouvement décolonial n'étant pas le seul existant, mais sans doute l'un des plus repris actuellement dans d'autres régions du monde, notamment en raison de son affinité sémantique avec l'idée de décolonisation) et les logiques de résistance - politiques et intellectuelles - qui s'exercent en France à l'égard de ces transformation en raison de l'homologie discursive entre la défense de l'universalisme républicain et la défense de l'universalisme scientifique dans une version calquée sur le " point de vue de nulle part ". L'ouvrage ne vise pas à s'engager pour ou contre telle ou telle approche. Il essaiera non pas de rester neutre, mais de plaider pour un engagement académique (peut-être plus assumé que l'engagement intellectuel qui se pratique au nom d'idées universelles sans dire son nom propre), tout à la fois réflexif et situé, attentif à saisir à quel point et de quelle manière l'ethnocentrisme - pas seulement eurocentré - invite au binarisme pour mieux essayer de réfléchir aux conditions de possibilité de l'instauration d'un dialogue scientifique plus large, ouvert au(x) monde(s) et à une forme d'universalité différente (qu'on l'appelle " pluriverselle " ou tout simplement " plurielle ")
Dans Le Pouvoir des mots, Judith Butler analyse les récents débats, souvent passionnés, sur la pornographie, la violence verbale dirigée contre les minorités et l'interdiction faite aux homosexuels membres de l'armée américaine de se déclarer tels. Il s'agit pour elle de montrer le danger qu'il y a à confier à l'État le soin de définir le champ du dicible et de l'indicible. Dans un dialogue critique avec J. L. Austin, le fondateur de la théorie du discours performatif, mais aussi avec Sigmund Freud, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida ou encore Catharine MacKinnon, elle s'efforce d'établir l'ambivalence du hate speech, de la violence verbale et des discours de haine homophobes, sexistes ou racistes: s'ils peuvent briser les personnes auxquelles ils sont adressés, ils peuvent aussi être retournés et ouvrir l'espace nécessaire d'une lutte politique et d'une subversion des identités. Elle esquisse ainsi une défense pragmatique du principe de la liberté d'expression, qui ne s'en tient pas aux arguments employés classiquement par les doctrines libérales, mais est surtout préoccupée par le souci de maximiser la puissance d'agir des dominés et des subalternes. Les lecteurs français trouveront dans ce livre des instruments inédits pour repenser à nouveaux frais les questions soulevées par les débats sur la pénalisation des discours de haine.
La réédition de L'état, Le Pouvoir, Le Socialisme, "classique" de la théorie politique dont la première édition remonte à 1978, s'inscrit dans les débats concernant les crises simultanées de l'Union européenne, du néolibéralisme et du capitalisme en général. Lire cet ouvrage aujourd'hui permet de comprendre que ces crises plongent leurs racines dans la structure des sociétés occidentales de l'après-guerre. Plus la crise économique s'approfondit, et plus le système devient autoritaire au plan politique. C'est ce que Poulantzas appelle l'"étatisme autoritaire", que l'on constate à présent au niveau européen, où des décisions affectant des millions de personnes sont prises hors de tout contrôle populaire. La seule alternative possible à ce système est le "socialisme démocratique", à savoir un socialisme qui dépasse le capitalisme sans pour autant sacrifier les libertés publiques. Avec Michel Foucault, Gilles Deleuze, et Louis Althusser, auteurs dont il discute les thèses dans cet ouvrage, Nicos Poulantzas compte parmi les penseurs des années 1960-1970 dont le rayonnement international est aujourd'hui le plus important. Alors que l'édition de théories critiques françaises et étrangères a connu une grande vitalité depuis les années 2000, il était plus que temps de faire redécouvrir cet auteur majeur.
Brève histoire du néolibéralisme retrace un processus de redistribution des richesses, une "accumulation par dépossession". La financiarisation, l'extension de la concurrence, les privatisations et les politiques fiscales des États redirigent les richesses du bas vers le haut de la hiérarchie sociale. Les néolibéraux se moquent de l'enrichissement collectif. Ils lui préfèrent celui de quelques-uns, dont ils font partie. Plaider en faveur d'un "socialisme libéral" n'a aucun sens. Le néolibéralisme n'est pas une pensée du bien commun. Et pourtant, c'est de cette conception de l'action publique que nous sommes aujourd'hui à la fois héritiers et prisonniers. Le néolibéralisme s'est transformé en institutions. Ces dernières ont produit des dispositifs d'intervention publique, construits sur la durée, qui façonnent des manières d'agir et de penser. À commencer par cette quasi-règle de nos sociétés contemporaines, selon laquelle le marché serait le meilleur outil de satisfaction des besoins humains. Formulée de la sorte, la proposition étonne peut-être. Elle est pourtant le principal pilier de l'édifice. Celui que David Harvey nous invite, en priorité, à abattre.
Bâtonner (verbe) : action de copier-coller une dépêche fournie par une agence de presse en la remaniant à la marge. Pratique ordinaire, le bâtonnage résume à lui seul ce que le productivisme fait aux médias. C'est ce que montre le livre de Sophie Eustache, fruit d'une longue enquête, en nous immergeant dans les rédactions, web notamment. Mises en concurrence, celles-ci sont sommées de produire des contenus par les patrons de presse. Pendant que les sommités du journalisme pontifient, les ouvriers spécialisés de l'information, rivés à leur desk, travaillent à la chaîne. Dépossédés de leur savoir-faire par une organisation du travail taylorisée, leurs cadences s'accélèrent, leurs gestes s'automatisent. L'information, paramétrée par les algorithmes, est usinée en série dans les open spaces. Et dans cette course à la productivité, la fusion du néolibéralisme et du numérique détériore les conditions de travail et le travail lui-même. Dès lors, comment se fait-il que les travailleurs de l'information continuent de consentir à ce qu'ils font ? Si Bâtonner décrit la transformation des pratiques professionnelles, il interroge aussi les mécanismes de l'aliénation. Déqualifiée et disqualifiée, la profession proteste mais continue de se croire indispensable à la vertu publique. Toujours prompte à "checker" et "décoder" les fake news des autres, elle en oublie souvent que, réduit à une marchandise, le journalisme n'est pas l'ami du peuple, mais un vice qui corrompt la langue, la pensée et, avec elles, la possibilité de la démocratie.