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Aphorismes de la mort vive
Doumet Christian ; Fauquet Jean-Michel
FATA MORGANA
15,00 €
Épuisé
EAN :9782377920334
Une telle brisure suf ? t-elle à justi ? er encore une parole ? ? Un phrasé peut-il naître de la simple rupture d'une voix, ou d'une phrase ? ? Rien n'est moins sûr, et cependant il importe de poursuivre. Si grand que soit le désarroi des vivants, si manifeste leur inaptitude à comprendre non pas la mort générale (ils la comprennent assez bien), mais cette mort-ci, il convient cependant de reprendre la parole et de continuer, tant bien que mal, à nommer ce qui offusque. Tel est l'objet de ces aphorismes. L'aphorisme est un genre désuet et vaguement hautain. Une manière qui d'ailleurs ne manque pas de prétention ? : délimiter certes, puisque telle est l'action promise par le mot, mais délimiter quoi ? ? Planter des bornes, maçonner une muraille, mais contre quelles invasions, quels débordements ? ? Assez vite, la prétention s'effrite. La superbe se renverse. On découvre alors - c'est au fond l'unique événement de ces pages - que le plus important n'est pas dans les dé? nitions incertaines et toujours aventureuses, mais dans le blanc qui les suit ? : ce petit vide où toute tentative retentit de ce qu'elle manque, et fait entendre du même coup l'amer bruissement des absentés. Christian Doumet
Il fait nuit. La machinerie humaine repose encore : une ville d?ombres, que la lune argente. Le vent, de temps à autre, gémit le long des gouttières. Les nuages doivent écrire vitre entre l?angle de l?immeuble d?en face et la coupole de Saint-Augustin. Des signes, des lignes déchiquetées que personne ne lira. Tout à l?heure, le premier merle chantera malgré tout. Si j?en crois ma montre, il ne devrait pas se manifester avant une heure. Je veille. Je suis de quart. Ce volume est le quatrième livre de Christian Doumet que nous éditons. Il structure, à la manière d?un carnet de nuits, les notes surgies aux heures les plus tardives : ré?exions sur le temps, le rêve, l?angoisse des nuits sans sommeil, souvenirs de lectures ou des jours passés, autant de pensées singulières enlaçant rêve et mémoire. Dessins inédits d?Olivier Fillonneau.
Qu?est-ce qui différencie une pensée philosophique d?une pensée poétique? En quoi ces deux sortes d?écriture et de vie se distinguent-elles? De telles questions ne se poseraient pas si nombre de philosophes ne nous donnaient le sentiment tantôt heureux, tantôt périlleux, de les convoquer ensemble. C?est Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra; c?est Descartes, rêvant sur ses propres rêves; Heidegger commentant Hölderlin ou Trakl; Platon lui-même, recourant au mythe pour expliquer sa République? La déraison poétique des philosophes évoque ces moments où les images, les sons, les rythmes prennent part à la logique de l?argumentation. Ces moments, aussi, où le discours philosophique tente par réduction de venir à bout de l?inquiétante étrangeté du poème. Chacun de ces chapitres est centré sur l?oeuvre d?un philosophe: Platon, Vico, Descartes, Kant, Leopardi? Une place non négligeable est réservée aux philosophies contemporaines: celles de Martin Heidegger, de Jacques Rancière, d?Alain Badiou, de Michel Deguy ou de Jacques Derrida. L?ensemble s?achève par une évocation rêvée (pour cause: elle fut sans témoin) de la fameuse rencontre entre le poète Paul Celan et le philosophe Martin Heidegger dans la hutte de Todtnauberg, en 1967. Il se dit là « des choses terribles » qui, on peut l?imaginer, touchent de près à la relation à l?avenir de notre temps.Il y va du statut de ce qu?on nomme la « raison », sa constitution et ses usages. Sa folie aussi.
La coquetterie littéraire n'a point sa place ici. De cette attente "avant que l'horizontalité ne l'emporte sur tout le reste" , de cette agonie d'un homme sur le point de mourir, du quotidien d'un malade sans protection dans ce qu'il a de plus désarmant, décrits avec un prosaïsme délibéré, il ne reste que l'essentiel : une odeur evanescente ou une sensation diffuse.
L'art de Daniel de Montmollin - Frère (et fondateur) de la communauté de Taizé et aujourd'hui reconnu comme l'un des grands maîtres de la céramique - dépasse de loin la simple fabrique des objets. Son travail n'est pas celui de la recherche mais plutôt celui d'une perpétuelle interrogation, toujours à la croisée de la terre et du feu. La beauté qu'il nous offre est celle d'une découverte, "dispensatrice d'une joie qui traverse toute son oeuvre écrite". Ces quatre textes inédits cuisent les paradoxes de la poterie ? : sur le tour, "l'argile paraît immobile comme en un vivant repos. C'est là ce repos qui s'étend à l'être même du potier. "
Capitale de la douleur, capitale de la merveille et de la grâce. Grâce non religieuse, mais cependant divine ? : d'un seul coup, je comprenais brutalement que le divin habitait parmi nous, que les mots autant que les monts du Liban, qui coiffaient ma rencontre adolescente avec Bounoure d'un peu d'éternité de neige, que les mots et les monts nous étaient une demeure, que le sacre était notre quotidien. La brûlure de cette gi ? e ne m'a pas quitté depuis lors et, de temps en temps, il m'arrive de toucher distraitement ma joue ? : Bounoure est mort, je vais bientôt mourir, mais sa ? èvre, la contagion de sa ? èvre est toujours là et je sais que jusqu'en ma dernière minute j'aurai vécu, dans le sillage de Bounoure, audacieusement, modestement, selon le grand exemple qu'il m'a laissé, au seuil du feu. " Dissimulée sous le transparent pseudonyme de Soliman, la voix de Salah Stétié - voix majeure de la poésie contemporaine - révèle toute la puissance émotionnelle d'un souvenir ? : celui des rencontres avec Gabriel Bounoure, grand critique de l'entre-deux guerres, qui agira à la manière d'un astre, à la fois lumière et voie.
Jean-Luc Parant, inlassablement, d'une obsédante manière, tourne autour de ce qui le hante au plus profond ? : les yeux et la sphère-monde. Tout est contenu dans cet incessant va-et-vient entre les yeux et les boules sur lesquelles vient chanter sa voix. Chant singulier, inimitable transe où les mots s'imbriquent et roulent, dévalent la pente. Le Facteur Cheval, tout aussi fabuleux personnage, chuta au cours d'une des ses tournées et trouva une pierre à l'allure bizarre ? : il venait de sentir la clef de voûte de son Palais idéal. Les boules et les rêves font l'Histoire ? : une seule pierre, travaillée par la pluie et le vent, lie un artiste à un autre et nous invite vers les plus hauts sommets de l'imaginaire.