Moi ? Cet animal, c?est moi ? " Telle est la question que se pose, à la recherche d?une sémiotique du corps, le personnage de Cicéron imaginé par Raúl Dorra dans l?une de ses étranges fictions. Objet central de cet essai, l?" animal " insondable qu?est le corps propre subit une exploration minutieuse qui met en évidence le rôle des processus sensibles et somatiques dans l?avènement du sens. Traité romancé et roman théorisé, La maison et l?escargot interroge ainsi les diverses formes adoptées par la sensibilité dans son trajet vers la signification ; livre de théoricien et d?écrivain, il parle du corps en commençant par parler de lui-même, du discours en tant que corps. La maison et l?escargot, livre de théoricien. Sur l?horizon de la linguistique et des sciences du langage, ce texte aborde de manière nouvelle une problématique particulièrement prégnante aujourd?hui. En prolongeant l?approche de la signification centrée sur le sujet ? de Benveniste aux sémioticiens et linguistes contemporains ?, il fait du corps le foyer complexe et multiforme d?un acte énonciatif. Il opère ainsi le passage, sans solution de continuité, d?une linguistique du sujet énonçant vers une sémiotique de l?énonciation corporelle. La maison et l?escargot, livre d?écrivain. Pour entrer dans l?énonciation perceptive, cet ouvrage se donne pour tâche de la restituer par un travail exigeant et raffiné sur la langue. C?est ainsi que, dans cette remontée vers les sources sensibles de la signification, l?écriture littéraire parvient à approcher et à apprivoiser ? ne serait-ce que de manière provisoire ? cet " animal " signifiant.
Au cours des soixante dernières années, l'Europe s'est construite comme espace politique, juridique et économique. Mais ce processus n'a pas été accompagné par la construction d'un espace public européen, en dépit de la volonté de ses pères fondateurs, qui voulaient créer en Europe un espace culturel commun, reconnu comme tel par ses citoyens. A l'heure actuelle où, à travers internet et les réseaux sociaux, l'espace public européen est en train de se reconfigurer, le moment est venu d'une réflexion globale – à la fois historique et méthodologique – sur cet espace. Quand un espace public européen est-il apparu pour la première fois dans l'histoire ? Quels ont été les institutions, les événements, les évolutions qui, à partir du Moyen Age, ont permis de concevoir et de percevoir l'Europe comme un espace commun – un espace public ? Comment, et par qui, a été occupé l'espace public en Europe aux différents moments de l'histoire ? Dans quelle mesure les découvertes géographiques et la rencontre avec d'autres cultures ont-elles renforcé la perception de l'Europe en tant qu'espace commun et public ? Comment l'espace public européen va-t-il se configurer dans l'avenir ? Le présent ouvrage rassemble les contributions de spécialistes (historiens, philosophes, historiens du droit, sociologues) au Labex EHNE, Ecrire une Histoire Nouvelle de l'Europe. Over the last sixty years, Europe has been built as a political, legal and economic space. Nevertheless, this process has not been accompanied by the construction of a European public sphere, despite the will of its founders, who wanted to create a European cultural area, recognized as such by its citizens. Now that, through the internet and social networks, the European public space is in the process of reconfiguring, it is time for a comprehensive reflection – both historical and methodological – on this space. When did a European public space appear for the first time in history ? What were the institutions, events, developments from the Middle Ages, helped design and perceive Europe as a common sphere – a public space ? How, and by whom, was occupied public space in Europe at different times in history ? How geographical discoveries and encounters with other cultures have they strengthened the perception of Europe as a common and public ? How will the European public space be set in the future ? This book gathers essays from specialists (historians, philosophers, legal historians, sociologists) at Labex EHNE, Ecrire une Histoire Nouvelle de l'Europe.
Résumé : L'angoisse se cache derrière la violence. Il est donc essentiel d'apprendre à l'accepter et à la contrôler car elle fait partie de la vie. Il faudrait inscrire très tôt une pédagogie de l'angoisse dans les programmes scolaires. Face à l'angoisse, le concept de montage, issu du cinéma, est précieux. Un montage, comme le suggère le grand cinéaste Eisenstein, met en mouvement et se propage comme une onde qui réorganise notre mémoire, nos souvenirs heureux ou traumatiques. Nous sommes tout un chacun le produit d'un montage à la fois individuel et social, que nous n'avons pas choisi, et que nous pouvons démonter et remonter.
L?aspect un peu baroque de ce livre tient à son sujet même: son fil conducteur est une tresse. Celle que toute parole recèle en secret. Le titre l?évoque: des associations (une lutte des rêves) enroulées autour de concepts (des classes logiques). Mais ces associations ont un sens qui n?apparaîtra qu?après-coup: c?est le troisième brin de la tresse. L?essai de Max Dorra analyse la méthode de la libre association, la plus géniale de toutes les inventions freudiennes, qui fait de nous de véritables Houdini, capables de déjouer nos faux huis-clos, de démasquer le caractère illusoire de ce qui nous ligotait, pensions-nous. "Associer", c?est laisser venir tout ce qui vous passe par la tête sans chercher à être intelligent, ne pas être philosophiquement correct. La libre association, "règle fondamentale" du traitement psychanalytique, rend Freud insoluble dans la philosophie traditionnelle. En retrouvant une douleur plus ancienne, elle permet de remettre les choses à leur place. Freud fait lui-même une découverte bouleversante: c?est de réminiscences qu?il souffre. Il le découvre en "embrassant d?un seul regard" toutes ses associations et élabore ainsi une mémoire du sens. La méthode des associations libres nous apprend que l?on peut s?échapper du "jardin aux sentiers qui bifurquent" et sortir paradoxalement du "monde extérieur", de ses labyrinthes, de ses pièges. Ainsi la lecture de cet essai, aussi libre que la méthode dont il traite, procure-t-il le sentiment grisant de la découverte, sous la conduite d?un "psychologue surpris", pour reprendre un titre de Reik, et qui est aussi un humaniste étonné.
La dépression est-elle une vraie maladie, que seuls les psys et les docteurs savent diagnostiquer ? Peut-elle être traitée avec des médicaments efficaces ? Ou bien est-ce une sorte de "maladie imaginaire" dont ceux qui en souffrent sont des tire-au-flanc qui s'écoutent trop ? Les médicaments antidépresseurs marchent-ils, ou bien sont-ils une sorte de drogue légale qui rapporte beaucoup d'argent ? En somme, qu'est-ce réellement que la dépression, ce phénomène si répandu et pourtant si mal connu ? Dans ce petit livre ingénieux, Maël Lemoine nous aide à distinguer, à rebours des idées reçues, ce qu'est, et n'est pas, la dépression, quels sont les faits scientifiquement établis, loin du discours des philosophies feel good qui vendent un bonheur kitsch et irréaliste. Cette Petite philosophie de la dépression, qui prend au sérieux la réalité des phénomènes dépressifs, propose ainsi en creux une réflexion sur le véritable bonheur.
En quelques décennies, le jeu vidéo est devenu l'une des pratiques culturelles les plus prisées des adolescents. Sources de problèmes et d'inquiétudes pour les uns, simple loisir pour les autres, les pratiques vidéoludiques sont souvent l'objet de critiques et la cible de nombreux stéréotypes, malgré leur grande popularité. A partir d'enquêtes de terrain, cet ouvrage propose de déconstruire les présupposés sur le jeu vidéo afin de mieux comprendre sa relation avec ces adeptes singuliers que sont les adolescents et, depuis plusieurs années déjà, les adolescentes. De leur rôle dans la construction identitaire de jeunes joueurs aux représentations de l'adolescence dans les scénarios qu'ils proposent, les jeux vidéo révèlent alors leur complexité à la lumière des regards sociologiques et anthropologiques.
Cénat Jude Mary ; Cyrulnik Boris ; Dérivois Daniel
Même si, avec plus de 200 000 morts et des dizaines de milliers de blessés, le séisme du 12 janvier 2010 a déjà suscité nombre de réflexions sur l'histoire et la population haïtiennes, on a rarement l'occasion de lire des témoignages aussi poignants ainsi qu'une fine analyse des traumatismes et de la résilience des survivants. Tout le monde s'en souvient : isolés, sans abri, sans nourriture, débordés par la dévastation et dans l'attente des secours, les insulaires ont vécu parmi les morts et avec les morts pendant de nombreuses semaines. Ces témoignages de survivants nous font précisément entrer dans cet enfer, dans le récit d'une souffrance insupportable, mais qui refuse toute attitude condescendante. Par-delà blessures et amputations, le dialogue avec l'auteur laisse lentement apparaître les voies salutaires de la résilience, une sortie proprement humaine vers la vie, comme une renaissance que donne en partage le peuple haïtien à l'humanité entière. Cela nous donne un ouvrage touchant, rigoureux et engagé. Un ouvrage édifiant.
Les technologies visant à augmenter les capacités physiques et psychologiques des soldats ont toujours fait partie intégrante de l'histoire militaire. Toutefois, les recherches actuelles n'ont plus rien à voir avec les expériences du passé, à tel point qu'il est désormais possible de parler d'une révolution de la condition humaine qui mènera à plus ou moins brève échéance à une situation où les guerres du futur seront menées par des "super soldats". Cette possibilité, qui est de plus en plus réelle et inévitable, mais qui demeure étonnamment négligée par les éthiciens, ouvre la porte à une série de questions fondamentales : ces technologies sont-elles moralement problématiques ? Si elles sont permises, en vertu de quels critères est-il possible de distinguer celles qui sont acceptables de celles qui ne devraient pas être tolérées ? Ces innovations vont-elles enfreindre les principes moraux de la "guerre juste" ? Quels devraient être les paramètres éthiques du développement de ces technologies ? Ce premier ouvrage en langue française sur le soldat augmenté cherche à répondre à ces questions. Refusant d'adopter un point de vue manichéen sur cette question, Jean-François Caron explique que les nouvelles technologies d'augmentation entraînent un dilemme moral important. D'un côté, elles peuvent être interprétées comme une obligation morale de la part de l'armée à l'égard des soldats. De l'autre, elles peuvent également entraîner des violations des règles de la guerre. A la lumière de cette tension, l'auteur propose une vision nuancée des tenants et aboutissants de ces technologies militaires et suggère un cadre éthique original permettant de délimiter leur développement et leur utilisation.