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Europe N° 997, Mai 2012 : Littérature d'Iran
Dobzynski Charles ; Para Jean-Baptiste
REVUE EUROPE
18,50 €
Épuisé
EAN :9782351500484
La première spécificité de l'Iran tient sans doute à sa situation géographique: entre le monde arabe, les mondes indien et chinois, le monde turc et le monde européen. Depuis l'Antiquité - la bataille de Marathon est restée dans les annales! -, les Iraniens sont nos voisins de l'Est. Du point de vue culturel - mais aussi politique - la Perse ancienne et l'Iran actuel s'inscrivent dans les passions, les mythes, les haines et les amours qui habitent notre pensée et notre imaginaire. Nous avons le sentiment de connaître l'Iran d'aujourd'hui, surtout à travers son cinéma, mais de le connaître mal. Ce pays nous intéresse à bien des égards, il nous fascine, mais en même temps, sous plus d'un aspect, à tort ou à raison, il demeure une inquiétante énigme. Quant à la littérature iranienne contemporaine, nous en avons une connaissance imparfaite et fragmentaire. Nous aimerions voir son paysage se dessiner sous nos yeux, nous voudrions entrer dans l'intimité des oeuvres, des écritures, et du même coup, nous approcher de ce qui constitue peut-être le coeur profond du peuple iranien et découvrir de l'intérieur ses coutumes, ses modes de vie, ses tragédies, ses espérances. C'est à cette attente diffuse, quoique fréquemment ressentie par nos contemporains, que voudrait répondre ce numéro d'Europe. Un numéro exceptionnel à plus d'un titre. D'une part, dans le domaine de la fiction comme dans celui de la poésie, il offre un ample panorama de la littérature iranienne du dernier demi-siècle. D "autre part, il s'ouvre sur des articles de fond qui apportent un triple éclairage: sur la situation actuelle de l'Iran (situation sociale, politique, culturelle, religieuse, etc.); sur sa littérature et sa poésie depuis 1'aube du XXe siècle; enfin sur le cinéma iranien depuis la révolution de 1979. Cet ensemble captivant, fruit d'une patiente élaboration, nous offre des clés pour mieux connaître un Iran pluriel, par-delà les mythes ou les idées reçues."
CLAUDE LEVI-STRAUSSA ENCORE SON MOT À DIREVoici trois ans que Claude Lévi-Strauss nous a quittés, et les volumes d'hommage, biographies et autres études critiques, déjà assez nombreux de son vivant, se sont depuis multipliés, comme si cette littérature secondaire voulait, par son flux intarissable, prolonger encore l'exceptionnelle longévité et productivité du fondateur de l'anthropologie structurale - en lui érigeant un formidable mémorial de papier, à l'aune tant de sa place éminente dans l'histoire intellectuelle du XXe siècle que du prestige de vieux sage qui l'auréolait les derniers temps-tels les «trésors nationaux vivants» de ce Japon qui le fascinait.Au moment d'ajouter une nouvelle pierre à ce monceau de publications - souvent de très grande qualité -, il est donc difficile de n'être pas saisi d'un scrupule, sinon d'un vertige. Non seulement par crainte de voir la nouvelle série de contributions engloutie et dissoute dans l'océan des précédentes; ni simplement non plus par peur de répéter ce qui a déjà été dit: plutôt parce que les ethnologues nous ont appris combien étaient ambivalents les pompes et honneurs voués aux défunts, surtout illustres. Derrière les solennités qui célèbrent à l'envi leur mémoire et les promeuvent au statut d'ancêtre, ne dissimule-t-on pas aussi - plus encore, qui sait? - le désir de s'assurer qu'ils sont désormais définitivement installés dans l'au-delà, à bonne distance des vivants et ne viendront plus les troubler par d'intempestives apparitions? L'instauration du culte funéraire, avec ses cérémonies solennelles minutieusement réglées, n'est souvent que l'avers du geste apotropaïque par lequel on souhaite exorciser les fantômes du passé et les congédier d'ici-bas, pour éviter qu'ils ne reviennent hanter notre quotidien.L'analogie nous semble particulièrement pertinente en ce cas, non seulement en raison de l'ampleur exceptionnelle que le phénomène de célébration a prise, mais aussi parce qu'il a accompagné un changement de statut intellectuel de l'homme et de l'oeuvre, dont l'édition de «La Pléiade» est sans doute le meilleur symptôme. Même si une telle présentation simplifie par trop une complexe réalité, il reste que l'entrée au panthéon de la littérature entérinait aussi très largement l'expulsion du domaine de la science vivante, la figure rassurante du penseur détaché, esthète et mélancolique, obnubilant les traits par trop acérés de l'inventeur d'une méthode qui avait bouleversé radicalement le champ du savoir - et passablement ébranlé les certitudes sur lesquelles reposait depuis longtemps la conception occidentale de l'homme et de ses formes de vie sociale. L'image du philosophe, fut-il d'humeur pessimiste, veillant au chevet d'une l'humanité en péril venait opportunément faire oublier les thèses iconoclastes d'un théoricien sans concession, devenues pour finir un épisode anecdotique de la vie intellectuelle ou mondaine parisienne qu'une nouvelle mode - ou un nouveau «régime de vérité» - avait depuis rendu obsolète, avant que d'être lui-même emporté par le «paradigme» suivant. De ce point de vue, largement dominant, l'oeuvre de Lévi-Strauss s'offre désormais soit au plaisir de la lecture pour amoureux des belles lettres peu soucieux de savoir objectif, soit à des études doxographiques pointues qui en examinent les sources et conditions de production en relation avec la biographie de l'auteur et l'état des connaissances de son temps, afin de replacer son prétendu «système» dans l'histoire des idées - entre existentialisme et postmodernisme, par exemple. L'analyse structurale (essentialisée en «structuralisme», terme devenu lui-même franchement dépréciatif) perd corrélativement toute actualité et ne saurait évidemment dès lors être discutée et critiquée selon ses propres principes, définitivement dépassés, tandis que son promoteur bénéficie en contrepartie d'un prestige inactuel, complètement déconnecté des préoccupations scientifiques contemporaines. C'est à peine forcer le tableau que de résumer en un énoncé paradoxal le postulat sous-jacent à cette dérive: «Claude Lévi-Strauss était un grand penseur bien qu'il ait été structuraliste (on ne peut échapper totalement aux penchants et illusions de son époque, naïvetés dont nous sommes aujourd'hui, il va sans dire, dessillés).»(...)
Après le panorama de Poètes de France, Charles Dobzynski poursuit, dans Poètes du Monde, un inventaire critique qui jalonne notre temps ; il franchit, ce faisant, les frontières et les flux des courants littéraires. La poésie est une perpétuelle mise au monde. L'auteur y dessine sa propre carte géographique : elle n'inclut ni tous les pays ni toutes les grandes figures du XXe siècle mais elle marque des prédilections, une diversité : révélations de la francophonie, impact de la poésie d'Amérique latine, des Etats-Unis, de Russie, esquisse d'une configuration des poésies juives. C'est l'âge d'or de la découverte, de l'invention, de la révolte. Charles Dobzynski y trace sa propre voie de passion et de lucidité.
Poète et critique, Charles Dobzynski nous invite à un singulier voyage au bout du siècle. Tout un siècle du territoire de la poésie qu'il parcourt, sous l'égide de Pierre Reverdy auquel il a emprunté son titre : Le poète est un four à brûler le réel. Ce panorama englobe 57 poètes, commence avec Guillaume Apollinaire et s'achève sur Franck Venaille. Il suit l'ordre alphabétique et celui des générations, avant et après 1940, avec un flash-back intermédiaire consacré à Rimbaud, Verlaine et Mallarmé. Tour d'horizon qui ne se prétend pas complet : il opère des choix, avoue ses prédilections. Elles sont fondées sur trois décennies de chroniques, à partir de l'observatoire que fut pour l'auteur la revue Europe. Il y a disposé régulièrement ses jalons, avec les classiques de la modernité : Aragon, Breton, Michaux, Ponge, Char, et ceux qui se sont révélés plus tard : Yves Bonnefoy, Du Bouchet, Bernard Noël, Lorand Gaspar, Lionel Ray, Marie-Claire Bancquart et Marie Etienne, entre autres. Charles Dobzynski est un critique passionné par ce qui surgit dans l'écriture de son temps. Ceci confère à cet inventaire son dynamisme et sa vivacité. Un deuxième volume est d'ores et déjà prévu sous le titre Poètes du Monde.
Cela pourrait se dire une autobiographie, ce qui s'entretisse ici, comme une tapisserie depuis la naissance, en Pologne, c'est toute la gamme des événements petits et grands, parfois dramatiques, les aventures, mésaventures, les amours et les amitiés, les étapes de la construction psychologique et professionnelle de celui qui deviendra le poète de Je est un Juif, dont ce livre est un peu le prolongement. C'est la chronique d'une expérience jalonnée par les rencontres avec quelques grandes figures de ce temps, Cendrars, Eluard, Aragon, Char, Césaire, Asturias, Chagall. Itinéraire sinueux des rêves d'avenir, des utopies politiques, de l'enracinement dans la judéité. Chaque séquence de cette vie a pour rythme la musique du vers, et constitue par sa continuité, autour du thème central de la mère, un roman aux variantes et embranchements multiples.