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Ma mère, etc., roman
Dobzynski Charles
ORIZONS
18,00 €
Épuisé
EAN :9782336298290
Cela pourrait se dire une autobiographie, ce qui s'entretisse ici, comme une tapisserie depuis la naissance, en Pologne, c'est toute la gamme des événements petits et grands, parfois dramatiques, les aventures, mésaventures, les amours et les amitiés, les étapes de la construction psychologique et professionnelle de celui qui deviendra le poète de Je est un Juif, dont ce livre est un peu le prolongement. C'est la chronique d'une expérience jalonnée par les rencontres avec quelques grandes figures de ce temps, Cendrars, Eluard, Aragon, Char, Césaire, Asturias, Chagall. Itinéraire sinueux des rêves d'avenir, des utopies politiques, de l'enracinement dans la judéité. Chaque séquence de cette vie a pour rythme la musique du vers, et constitue par sa continuité, autour du thème central de la mère, un roman aux variantes et embranchements multiples.
CLAUDE LEVI-STRAUSSA ENCORE SON MOT À DIREVoici trois ans que Claude Lévi-Strauss nous a quittés, et les volumes d'hommage, biographies et autres études critiques, déjà assez nombreux de son vivant, se sont depuis multipliés, comme si cette littérature secondaire voulait, par son flux intarissable, prolonger encore l'exceptionnelle longévité et productivité du fondateur de l'anthropologie structurale - en lui érigeant un formidable mémorial de papier, à l'aune tant de sa place éminente dans l'histoire intellectuelle du XXe siècle que du prestige de vieux sage qui l'auréolait les derniers temps-tels les «trésors nationaux vivants» de ce Japon qui le fascinait.Au moment d'ajouter une nouvelle pierre à ce monceau de publications - souvent de très grande qualité -, il est donc difficile de n'être pas saisi d'un scrupule, sinon d'un vertige. Non seulement par crainte de voir la nouvelle série de contributions engloutie et dissoute dans l'océan des précédentes; ni simplement non plus par peur de répéter ce qui a déjà été dit: plutôt parce que les ethnologues nous ont appris combien étaient ambivalents les pompes et honneurs voués aux défunts, surtout illustres. Derrière les solennités qui célèbrent à l'envi leur mémoire et les promeuvent au statut d'ancêtre, ne dissimule-t-on pas aussi - plus encore, qui sait? - le désir de s'assurer qu'ils sont désormais définitivement installés dans l'au-delà, à bonne distance des vivants et ne viendront plus les troubler par d'intempestives apparitions? L'instauration du culte funéraire, avec ses cérémonies solennelles minutieusement réglées, n'est souvent que l'avers du geste apotropaïque par lequel on souhaite exorciser les fantômes du passé et les congédier d'ici-bas, pour éviter qu'ils ne reviennent hanter notre quotidien.L'analogie nous semble particulièrement pertinente en ce cas, non seulement en raison de l'ampleur exceptionnelle que le phénomène de célébration a prise, mais aussi parce qu'il a accompagné un changement de statut intellectuel de l'homme et de l'oeuvre, dont l'édition de «La Pléiade» est sans doute le meilleur symptôme. Même si une telle présentation simplifie par trop une complexe réalité, il reste que l'entrée au panthéon de la littérature entérinait aussi très largement l'expulsion du domaine de la science vivante, la figure rassurante du penseur détaché, esthète et mélancolique, obnubilant les traits par trop acérés de l'inventeur d'une méthode qui avait bouleversé radicalement le champ du savoir - et passablement ébranlé les certitudes sur lesquelles reposait depuis longtemps la conception occidentale de l'homme et de ses formes de vie sociale. L'image du philosophe, fut-il d'humeur pessimiste, veillant au chevet d'une l'humanité en péril venait opportunément faire oublier les thèses iconoclastes d'un théoricien sans concession, devenues pour finir un épisode anecdotique de la vie intellectuelle ou mondaine parisienne qu'une nouvelle mode - ou un nouveau «régime de vérité» - avait depuis rendu obsolète, avant que d'être lui-même emporté par le «paradigme» suivant. De ce point de vue, largement dominant, l'oeuvre de Lévi-Strauss s'offre désormais soit au plaisir de la lecture pour amoureux des belles lettres peu soucieux de savoir objectif, soit à des études doxographiques pointues qui en examinent les sources et conditions de production en relation avec la biographie de l'auteur et l'état des connaissances de son temps, afin de replacer son prétendu «système» dans l'histoire des idées - entre existentialisme et postmodernisme, par exemple. L'analyse structurale (essentialisée en «structuralisme», terme devenu lui-même franchement dépréciatif) perd corrélativement toute actualité et ne saurait évidemment dès lors être discutée et critiquée selon ses propres principes, définitivement dépassés, tandis que son promoteur bénéficie en contrepartie d'un prestige inactuel, complètement déconnecté des préoccupations scientifiques contemporaines. C'est à peine forcer le tableau que de résumer en un énoncé paradoxal le postulat sous-jacent à cette dérive: «Claude Lévi-Strauss était un grand penseur bien qu'il ait été structuraliste (on ne peut échapper totalement aux penchants et illusions de son époque, naïvetés dont nous sommes aujourd'hui, il va sans dire, dessillés).»(...)
Cette poésie est l'impressionnant témoignage d'une vocation, d'une histoire, d'un destin collectifs. Les tragédies qu'elle a vécues l'ont terriblement éprouvée, sans la détruire. Elle demeure, pour des millions d'hommes, un patrimoine, pratiquement inconnu en français, que le poète Charles Dobzynski nous révèle après des années de recherche et de travail. Les quatre-vingt-douze poètes qu'il a traduits et réunis, dans l'ordre chronologique, forment le panorama représentatif d'une prodigieuse aventure littéraire dont les «foyers» se situent simultanément en Europe, en Amérique et en Israël.L'unité acquise de la langue - dans laquelle se sont fondus de multiples apports - relie la floraison des écoles, des styles, des tempéraments. La vitalité de cette poésie ne laissera pas de surprendre : lyrique, épique ou narrative, tantôt d'inspiration sociale ou philosophique, tantôt s'attachant à l'expérimentation, elle s'épanouit par des mutations et découvertes successives, passe du populisme aux inventions des Inzikhistes, aux élans frénétiques des expressionnistes. Le sens de l'humour et le sens du tragique, le mysticisme et le réalisme, l'ironie et la tendresse, expriment tour à tour la sensibilité profonde d'un peuple qui nous a légué ce trésor du chant comme un miroir de son âme.
Après le panorama de Poètes de France, Charles Dobzynski poursuit, dans Poètes du Monde, un inventaire critique qui jalonne notre temps ; il franchit, ce faisant, les frontières et les flux des courants littéraires. La poésie est une perpétuelle mise au monde. L'auteur y dessine sa propre carte géographique : elle n'inclut ni tous les pays ni toutes les grandes figures du XXe siècle mais elle marque des prédilections, une diversité : révélations de la francophonie, impact de la poésie d'Amérique latine, des Etats-Unis, de Russie, esquisse d'une configuration des poésies juives. C'est l'âge d'or de la découverte, de l'invention, de la révolte. Charles Dobzynski y trace sa propre voie de passion et de lucidité.
Le journal d'Henri Heinemann est, par excellence un document littéraire : il en a la sensibilité et, souvent, la beauté. Du mitan au viellissement, il y décline un magnifique don d'observation et d'analyse. Des hommes, des femmes, illustres ou inconnus, traversent son existence. Cependant, l'essentiel de cette matière est fait de l'amour qu'il porte aux livres. Claude martin, l'un des éminents spécialistes d'André Gide, emploie, dans sa préface, le mot de "monument" à propos de L'éternité pliée.
Dans la première partie de Les deux pères, Josy Adida-Goldberg retrace sous forme de chronique l'histoire de sa famille - de l'arrivée à Constantine de son ancêtre, juif tétouanais, Salomon Adida, vers le milieu du 19e siècle, au départ d'Algérie de sa famille en 1961. On y trouve des morceaux d'histoire captés par l'enfant et la jeune fille. Dans la deuxième partie, la narratrice retrace la relation d'une transhumance depuis Constantine, en passant par Strasbourg puis Paris. C'est aussi une expérience intérieure: les contingences et les interrogations en articulant la trame. Dans la troisième partie, enfin, elle donne la parole à son époux défunt. Et avec émotion, elle lui fait dire ce qu'il s'est obstiné à taire. Récit attachant qui évoque une Algérie disparue, il témoigne d'un itinéraire et de l'acclimatation d'une famille, arrachée à son lieu d'origine par al guerre. C'est aussi un document sur la migration et l'intégration des juifs d'Algérie sur le territoire métropolitain. Benjamin Stora, historien et politologue, professeur d'Histoire du Maghreb à l'INALCO, dit en quoi Les deux pères transcende le simple récit autobiographique.
Naïf et subjugué, le narrateur de La pierre à boire est un raporta au village ; le premier a s'être agrégé, venu d'ailleurs. Les lieux qu'il traverse lui procurent mille occasions d'attiser ses passions ordinaires pour les paysages décousus, les mégalithes, les fontaines et les créatures qui semblent les hanter. " Pays d'oïl, Pays d'oc ", c'est une curieuse façon de dire, aujourd'hui, mais ce rêveur de langage, saute-frontière, dit curieusement les choses ou les laisse dire par la mention des couleurs, les titres des livres, les découvertes d'anagrammes et de langues perdues. Les lieux-dits acheminent les récits, croit-il...
Les contributions qui vont suivre examineront, librement, les variations de la temporalité chez certains romanciers du XXe siècle, riche en avatars et en subversion. Petit à petit, le temps devient lui-même un acteur privilégié de l'univers romanesque. Selon le mot de Claude Lévi-Strauss, que Proust n'aurait pas contredit, il accède au statut de " héros du roman ". Si le temps raconte son histoire, c'est qu'il " est né de l'exténuation des mythes ", et même " se réduit à une poursuite exténuante de sa structure. " (Mythologiques, t. III, 1968). Le temps romanesque peut se jouer des lois du temps réel, le contracter ou le dilater, l'accélérer ou le ralentir. Il mélange des segments et des séquences parfois fort éloignés au plan diachronique. Pour avoir été considéré comme un miroir du temps, un Zeit-Spiegel, le temps romanesque devient, au XXe siècle, un Zerr-Spiegel, un miroir déformant. Ainsi que le montrent les études de cet ouvrage, cet effritement ne nuit pas au genre : la liberté de la fiction y puise un renouvellement constant et assure à sa propre création un avenir qui déjoue les lois du temps. Pari gagné à en juger les auteurs de ce volume.