Sous la plume d'Yves Marchand et de Sébastien Denaja, à partir d'un simple alphabet, Sète prend vie et se transforme, épouse son histoire et devient une geste, une utopie, un mythe. A partir d'une balade sur les canaux en compagnie de Georges Brassens, de Paul Valéry et de Jean Vilar, de Joseph Soulet et de Frédéric Mistral, on s'embarque avec Ulysse sur la mer aux reflets violets. Sous le regard croisé des deux auteurs et de deux illustrateurs, réunis pour l'occasion dans un combat commun pour leur ville, on découvre les recoins et les secrets de Sète, son histoire et ses traditions, les ambiances, les rumeurs et leurs souvenirs. On fait, au détour d'une rue, la connaissance de Combas, des frères Di Rosa, du sculpteur Pierre Nocca, de Cosentino et de Cervera tandis que s'impose, au pied du mont Saint-Clair, la haute stature de Pierre Soulages. Qu'ils viennent d'Auvergne ou d'Italie, d'Espagne ou d'Algérie, ils sont d'abord Sétois. Ils n'ont pour repère que leur indépendance, pour combat que leur liberté et pour ambition que de partager leur rêve d'île singulière. La mer est partout, invite au voyage, à l'évasion. Et l'étang de Thau vous promet le confort d'une simple escapade. Et si vous conservez quelque mélancolie, l'odeur de l'air marin chassera le chagrin. Chagrin, faï ta malla !
Originaire de Porto Alegre, le budget participatif constitue une anomalie au sein de l'environnement financier local. Outil de fléchage de l'investissement, ancré dans le bloc communal, il impliquerait un partage du pouvoir de décision budgétaire. Ainsi, s'il assure une réponse à la crise de la démocratie représentative, il se caractérise par une dualité de natures, a priori contradictoires : instrument de participation et acte budgétaire. Cet ouvrage propose un examen de cette singularité. Comment la participation citoyenne, longtemps synonyme de lenteur administrative, nourrirait la discipline financière locale ? D'un objet très peu étudié par le biais juridique, ce travail inaugure une analyse double, entre modernité du droit de la participation et classicisme des finances communales, d'un instrument qui cherche sa place au sein de la démocratie locale.
De nombreux livres d'histoire et de fiction ont été écrits sur le hors-la-loi Jesse Woodson James (1847-1882) et son gang, mais l'ouvrage que son fils lui a consacré est un document unique et inédit en français. Publié en 1899, ce récit fait revivre la figure paternelle à travers souvenirs d'enfance et témoignages familiaux, et retrace aussi les aventures du Robin des bois américain : de sa participation à la guerre civile au Kansas et au Missouri jusqu'à sa mort chez lui tué dans le dos par un traître. Un meurtre qui suscitera bien des créations dont la dernière est le film L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Mais ce livre est aussi un plaidoyer pour un héros viril dont le fils cherche à réhabiliter la mémoire, en atténuant la portée de ses meurtres et la réalité de ses vols. D'ailleurs, Jesse James lui-même se pose en victime dans les lettres qu'il envoya aux journaux de son temps (traduites ici) et qui participèrent aussi de la fabrication de sa légende. . . Jesse Edwards James Jr (1875-1951), le seul fils survivant de Jesse James, fut lui-même accusé d'une attaque de train, et apparut dans le premier film dédié à l'histoire de son père, avant de devenir avocat à Los Angeles.
70 ans après la proclamation d'Indépendance du 14 mai 1948, l'Etat d'Israël est devenu une puissance économique et militaire de premier plan. Il est aussi une démocratie vivante, qui ressemble plus à Athènes qu'à Sparte, en dépit du conflit israélo-arabe persistant et de la menace iranienne qui s'amplifie. Cette menace extérieure se double d'un affrontement intérieur à l'Etat hébreu, entre deux conceptions opposées du sionisme et de l'identité d'Israël. Israël doit-il rester un Etat spécifiquement juif, selon le souhait de ses pères fondateurs, ou bien devenir un Etat occidental comme les autres, dans lequel l'identité juive serait reléguée à la seule sphère privée ? Cette question a des conséquences très concrètes, dans des domaines aussi vitaux que la politique de défense d'Israël, la justice ou l'économie. Elle est omniprésente dans la culture israélienne, traversée par la tentation permanente de rompre avec le passé juif. Ce livre évoque des écrivains et des figures méconnues de la lutte pour la création de l'Etat d'Israël. On y découvre aussi des aspects inattendus des relations tumultueuses entre la France et Israël. L'auteur dresse un tableau très vivant d'un Etat confronté à des menaces multiples, qui se bat pour sa survie dans un environnement hostile, tout en essayant de définir son identité, au prix de déchirements et de luttes intestines souvent virulentes.
Si Chantal connut une enfance heureuse, notamment auprès de sa grand-mère maternelle, sa jeunesse va très vite s'avérer difficile. Dévoré par la passion du jeu, son père engloutira la dot maternelle, ce qui entraînera la séparation des parents. Ballottées, Chantal et sa s?ur Mathilde grandissent sans véritable vie familiale, leur mère se consacrant à son école d'équitation et la compagne de leur père ne les appréciant guère. Leur tante les recommande à une assistante sociale qui les place dans une institution religieuse, en réalité une maison de correction. Quand leur mère les en arrache, c'est pour les entraîner en Allemagne où elle s'est portée travailleuse volontaire. Fin 1942, elles se retrouvent à Bad Cannstatt, dans la banlieue de Stuttgart, et sont embauchées à l'usine Rossler. Chantal y découvre les baraquements des prisonniers russes, polonais, ukrainiens, français, la promiscuité, la quête de nourriture, les jalousies, l'amitié, les premiers flirts. Mais bientôt les bombes s'abattent sur l'Allemagne. C'est le moment que choisit leur fantasque de mère pour regagner la France, en laissant ses filles en otages. Dortmund, Cologne, Düsseldorf, Hambourg, Hanovre, Francfort, Berlin... les unes après les autres, les villes s'embrasent, et quand Stuttgart est frappée encore une fois, Chantal doit apprendre à survivre au milieu des ruines et des morts. En 1944, leur mère revient, abandonnant la France qui se libère, car elle craint des représailles. Elle gagne l'Autriche, tandis que Chantal, fuyant les combats, décide de rentrer en France avec Marc, son compagnon de travail. Empruntant des trains de marchandises, ils arrivent à Paris au printemps 1945. Chantal, malade, désespère, mais miraculeusement elle croise Yvonne, une compagne de baraquement, qui l'amène dans sa famille et la remet sur pied. Elle retrouvera sa s?ur, sa mère, son père même, mais désormais elle a rompu les ponts et veut être libre. Un récit prenant où l'humour vient sans cesse corriger le drame.
Lorsqu'on se lamente sur l'état de l'école aujourd'hui, sur l'existence d'élèves illettrés, démotivés, violents, de professeurs malmenés et déboussolés, se pose-t-on suffisamment la question de la formation de ceux sur qui, précisément, repose l'ensemble du système, "les enseignants"?Comment prépare-t-on aujourd'hui les jeunes professeurs à ce métier difficile? Loin du regard des médias et des parents, des institutions, mal connues du grand public, en sont chargées: les IUFM, Instituts universitaires de formation des maîtres.François Vermorel a été l'un de ces jeunes maîtres. Il avait choisi d'enseigner les Lettres, avec enthousiasme mais sans illusions: il savait le métier ardu et l'année de formation éprouvante. Mais ce qui l'attendait dans cet IUFM du Nord en ce mois de septembre plu vieux dépassait tout ce que la rumeur et les récits de ses prédécesseurs lui avaient laissé redouter. Sur un mode ironique et précis, son livre est un témoignage. Il nous entraîne dans un monde qui décourage même les plus motivés. Un monde ubuesque où, à l'issue d'un concours sélectif, on lui fait dessiner des arbres ou colorier des blasons. Où les mots: professeur, élèves, exercices, devoirs, discipline sont frappés d'interdits étonnants. Où on déconseille Le Cid au motif que Corneille y ferait l'apologie du racisme. Où on inculque que toutes les formes de communication se valent, de l'insulte au rap, dès l'instant qu'on peut leur accoler les étiquettes de "citoyenneté" et "d'autonomie". Que la syntaxe et l'orthographe sont la "science des imbéciles" et qu'il ferait à ses élèves une violence inadmissible en leur "imposant" sa "culture bourgeoise". Une institution rompue au lavage de cerveaux où il faut feindre la soumission à des "formateurs" au mieux incompétents, au pire malveillants...Un voyage étonnant qui ne peut manquer d'interpeller: devenue un gigantesque laminoir pour nos enfants, l'Education nationale le serait-elle, en amont, pour ses professeurs? Un livre décapant qui vient à point au moment où l'on s'interroge sur les responsabilités de ceux qui ont conduit à la faillite de l'enseignement et au développement de l'illettrisme.