Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Sous influence. Avec Jean-Pierre Bertrand
Demoulin Laurent ; Huppe Justine ; Provenzano Fran
PULG
30,00 €
Épuisé
EAN :9782875624215
Je voudrais également terminer en disant qu'il y a certes pour moi dans cette question de l'influence de l'intérêt intellectuel, littéraire, philosophique, vous l'aurez deviné. Mais il y a peut-être aussi de l'intéressement psychologique, affectif, social aussi (comprenne qui pourra) : c'est que l'influence - et la littérature nous l'enseigne au mieux - touche à notre identité, à ce dont nous sommes faits, à ce qui nous constitue au : cours d'une existence, à savoir ce mixte et cette pluralité de voix qui parlent en nous, d'images qui nous façonnent, de conduites qui nous construisent, de modèles qui nous habitent. Occasion pour moi de saluer quelques-uns parmi vous ici présents qui ont immanquablement joué ces rôles d'influenceurs, qu'ils soient parents, amis, professeurs, collègues." C'est par ces mots que, le 7 mars 2019, Jean-Pierre Bertrand terminait sa leçon inaugurale à la Chaire Francqui décernée par l'université de Namur, et consacrée à "l'influence en littérature", le grand chantier de recherche qu'il ouvrait alors. Son décès inopiné, en mars 2022,a laissé ce projet inachevé et nous a plongés dans un état de tristesse et de sidération. Ce volume voudrait rendre hommage à Jean-Pierre Bertrand et poursuivre ses réflexions, en reprenant avec lui les idées et les manières de faire auxquelles il nous a fait tenir. Les contributions ici rassemblées proviennent de collègues et d'amies qui l'ont connu, et ont voulu cultiver son influence. Sous forme d'influx, en s'inspirant de ses hypothèses de travail pour les mettre à l'épreuve de nouveaux terrains. Sous forme de reprises, en essayant de prolonger des pistes qu'il a ouvertes. Sous forme d'échos, en renouant les liens humains, toujours vivants, qui rendent son travail si personnel, et si attachant.
Résumé : Robinson est une île sauvage. Robinson est un monde. Robinson est un Sisyphe heureux. Robinson est un enfant autiste. Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de la paternité hors norme, où le quotidien (faire les courses, prendre le bain, se promener) devient une poésie épique. Détonantes scènes décrites dans leur violence et leur scatologie les plus crues : Robinson ne parle pas, ne se contient pas, il s'exprime dans les mêmes gestes faits et refaits, avec cependant la même joie et le même intérêt, s'achevant dans les fèces le plus souvent. Ainsi Robinson est un adepte de Paul Valéry : "Le monde est menacé par deux choses : l'ordre et le désordre". A cette vie au présent, unique unité de temps comprise par l'enfant, le père répond par une attention de chaque instant et ses soins constants, un humour sans faille et une éponge toujours prête. Avec intelligence et pudeur, ce père nous décrit ces microscènes dans une langue précise et maîtrisée, que son fils, privé de parole, ne saura appréhender. Peut-être est-ce là la seule raison d'être de ce texte tissé entre eux : Robinson ne le lira jamais.
Depuis la publication d'Hôpital silence en 1985, Nicole Malinconi a construit une oeuvre à la fois très cohérente et très diversifiée. Cette cohérence, elle a tenté de la désigner en parlant " d'écriture du réel " : " l'écriture d'Hôpital silence m'avait ouvert la voie à autre chose qu'à la réalité, bien plutôt au réel des mots, les mots des vies et des histoires, du parler de la langue ordinaire, du mal dit, du faussement dit. " Cette orientation cardinale se décline toutefois de diverses manières dans son travail. Naviguant entre les genres, entre le récit, l'essai, le théâtre, l'écrit d'artiste, le dialogue, le témoignage, la biographie ; échappant aux classifications en vigueur ; interrogeant les institutions sociales, la portée du quotidien, la force de telle oeuvre littéraire, picturale, musicale, architecturale, la trahison médiatique des images et des expressions, l'énigme des trajectoires personnelles, les aléas de l'immigration, la diversité sociale des discours, l'oeuvre de Nicole Malinconi appelle une lecture plurielle, qui en fasse apparaître la richesse. C'est à cet appel que répond le présent dossier de Textyles en étudiant divers pans de l'oeuvre, d'Hôpital silence (1985) à De fer et de verre (2017) en passant par Vous vous appelez Michèle Martin, Au bureau, Rien ou presque, Jardin public, Si ce n'est plus un homme, A l'étranger, Un grand amour, Petit Abécédaire de mots détournés, Nous deux et Da solo. Un entretien et un texte inédit de l'auteure complètent ce dossier.
Résumé : Robinson est une île sauvage. Robinson est un monde. Robinson est un Sisyphe heureux. Robinson est un enfant autiste. Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de la paternité hors norme, où le quotidien (faire les courses, prendre le bain, se promener) devient une poésie épique. Détonantes scènes décrites dans leur violence et leur scatologie les plus crues : Robinson ne parle pas, ne se contient pas, il s'exprime dans les mêmes gestes faits et refaits, avec cependant la même joie et le même intérêt, s'achevant dans les fèces le plus souvent. Ainsi Robinson est un adepte de Paul Valéry : "Le monde est menacé par deux choses : l'ordre et le désordre". A cette vie au présent, unique unité de temps comprise par l'enfant, le père répond par une attention de chaque instant et ses soins constants, un humour sans faille et une éponge toujours prête. Avec intelligence et pudeur, ce père nous décrit ces microscènes dans une langue précise et maîtrisée, que son fils, privé de parole, ne saura appréhender. Peut-être est-ce là la seule raison d'être de ce texte tissé entre eux : Robinson ne le lira jamais.
Eugène Savitzkaya est un magnifique écrivain, un poète rare, dont la langue matérielle et concrète ouvre pourtant sur une féerie singulière. Une oeuvre comme une foret, avec la rude écorce et le lutin. Tant pis pour ceux qui n'ont pas lu Sang de chien (Minuit, 1989), Marin mon coeur (Minuit, 1992) ou, plus récemment, Propre à rien (Didier Devillez, 2010), ils ne savent pas ce qu'ils ratent : ce prodige dans leur dos ! " Voilà ce qu'écrivait Eric Chevillard dans Le Monde en avril 2013. C'est à une exploration patiente de cette foret, à une description précise de cette langue matérielle et concrète, à une rencontre face à face avec ce prodige. ce poète rare et ce romancier magnifique que se voue le présent volume - la première monographie universitaire consacrée à Eugene Savitzkaya. Les principaux spécialistes de l'écrivain, venus de toute l'Europe, se sont réunis ici pour aborder aussi bien sa poésie que ses romans, selon diverses approches scientifiques et au gré de sensibilités intellectuelles variées. A travers ces regards contrastés, l'oeuvre de Savitzkaya apparaît à la fois dans son étonnante diversité et dans son unité singulière. Une bibliographie et un texte inédit de l'écrivain, "Faillite ou Les Travaux de Hans Weber Evorian", complètent le dossier.
Bert Jean-François ; Lorre Christine ; Benthien Ra
Henri Hubert (1872-1927) est une figure importante de la période qui a vu le développement de l'anthropologie et de la sociologie des religions. Proche d'Emile Durkheim, il fut aussi l'ami de Marcel Mauss avec lequel il signa deux études majeures sur le sacrifice (1899) et sur la magie (1904). Les analyses de cet auteur prolifique se situent à la croisée de l'histoire et de l'anthropologie, de la linguistique et de l'archéologie, de l'histoire des religions et de l'orientalisme. Mais ses travaux vont pas connu la postérité de l'oeuvre de Mauss, en dépit de la richesse des perspectives comparatives qu'Hubert y développe, et surtout de leur indéniable actualité. Qu'il aborde la question de la magie dans l'antiquité, celles du sacré, du temps ou encore des héros, Hubert étonne par sa largeur de vue, par les perspectives novatrices qu'il déploie, et par sa solide érudition. La réédition de quelques textes majeurs signés par Henri Hubert offre l'occasion de mieux comprendre l'importance de ce chercheur injustement négligé dans les débats qui agitent, en ce début du XXIe siècle, la réflexion sur les questions religieuses.
Comparer les comparables ? Comparer les comparatismes ? Pourquoi et comment comparer ? La première interrogation a été formulée par E. Lésinas dans le questionnement sur les relations avec autrui ; elle a été transférée récemment dans le domaine de l'anthropologie culturelle, et plus particulièrement dans celui de l'histoire des religions. Les doutes entretenus par les grandes entreprises comparatistes, de J. G. Frazer à Cl. Lévi-Strauss en passant par M. Eliade ou G. Dumézil, ont suscité la seconde, plus récemment encore. Quant à la troisième elle est l'objet, pour les religions antiques, des contributions réunies dans le présent volume, dans des tentatives devenues désormais plus modestes et plus expérimentales. En effet, pour l'Antiquité, les principes de l'analyse structurale dans l'anthropologie culturelle et sociale des années 1960 ont conduit soit au paradigme indo-européen des trois fonctions, soit à un renouveau du paradigme sémitique : approche moins diachronique que synchronique dans le premier cas ; fréquente perspective historique de dérivation dans le second. Déconstructionisme et relativisme postmoderniste ont contribué à déstabiliser la belle assurance des oppositions et schémas structuraux. Ils ont montré les risques d'un universalisme et d'un essentialisme naturalisants. Désormais, la démarche comparative est revenue à des pratiques moins ambitieuses, soit sur le mode du questionnement et de l'expérimentation autour d'un problème, soit sur le mode de la comparaison différentielle à la recherche de spécificités définies par contraste, soit encore sur le mode dialogique et réflexif qui est aussi devenu celui de l'anthropologie culturelle et sociale. A l'exemple des phénomènes que nous plaçons sous l'étiquette de la religion, comment réhabiliter une démarche comparative à la fois rigoureuse et critique ? Questionnements donc, à partir d'exemples précis, sur les modèles d'intelligibilité dont nous nous inspirons, dans la dialectique parfois conflictuelle entre catégories "émiques" et catégories "étiques", pour refonder une analyse comparative productive, en histoire des religions en particulier et en sciences humaines en général.