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Comparer en histoire des religions antiques. Controverses et propositions
Calame Claude ; Lincoln Bruce
PULG
20,00 €
Épuisé
EAN :9782875620088
Comparer les comparables ? Comparer les comparatismes ? Pourquoi et comment comparer ? La première interrogation a été formulée par E. Lésinas dans le questionnement sur les relations avec autrui ; elle a été transférée récemment dans le domaine de l'anthropologie culturelle, et plus particulièrement dans celui de l'histoire des religions. Les doutes entretenus par les grandes entreprises comparatistes, de J. G. Frazer à Cl. Lévi-Strauss en passant par M. Eliade ou G. Dumézil, ont suscité la seconde, plus récemment encore. Quant à la troisième elle est l'objet, pour les religions antiques, des contributions réunies dans le présent volume, dans des tentatives devenues désormais plus modestes et plus expérimentales. En effet, pour l'Antiquité, les principes de l'analyse structurale dans l'anthropologie culturelle et sociale des années 1960 ont conduit soit au paradigme indo-européen des trois fonctions, soit à un renouveau du paradigme sémitique : approche moins diachronique que synchronique dans le premier cas ; fréquente perspective historique de dérivation dans le second. Déconstructionisme et relativisme postmoderniste ont contribué à déstabiliser la belle assurance des oppositions et schémas structuraux. Ils ont montré les risques d'un universalisme et d'un essentialisme naturalisants. Désormais, la démarche comparative est revenue à des pratiques moins ambitieuses, soit sur le mode du questionnement et de l'expérimentation autour d'un problème, soit sur le mode de la comparaison différentielle à la recherche de spécificités définies par contraste, soit encore sur le mode dialogique et réflexif qui est aussi devenu celui de l'anthropologie culturelle et sociale. A l'exemple des phénomènes que nous plaçons sous l'étiquette de la religion, comment réhabiliter une démarche comparative à la fois rigoureuse et critique ? Questionnements donc, à partir d'exemples précis, sur les modèles d'intelligibilité dont nous nous inspirons, dans la dialectique parfois conflictuelle entre catégories "émiques" et catégories "étiques", pour refonder une analyse comparative productive, en histoire des religions en particulier et en sciences humaines en général.
C'est au XVIIe siècle, notamment avec Descartes, que naît le concept moderne de " nature " : une nature-objet soumise à la raison de l'homme. Une tradition tenace, européo-centrée, fait remonter l'idée de " nature ", comme domaine à exploiter, au concept grec ancien de phusis. Dans cette mesure, elle l'oppose à l'idée de " culture ". Qu'en est-il au juste ? La question est stratégique au moment où l'urgence climatique exige de s'interroger sur l'impact des activités humaines sur une nature désormais envisagée comme éco-système. Quelles causes ? quelles conséquences ? quelle alternative ? Qui dit culture grecque, dit culture éloignée, dans le temps et dans l'espace. Sans doute la différence culturelle exige-t-elle une approche anthropologique. Or une anthropologie des conceptions grecques antiques implique une approche critique de catégories historiques, dans leurs définitions indigènes. Mais, dans cette mise à distance, elle exige aussi un retour réflexif, par le regard oblique qu'elle induit, sur nos propres concepts. La phusis grecque donc, parfois opposée au nomos (la coutume des hommes), non seulement pour repenser l'opposition moderne entre " nature " et " culture " ; mais la phusis grecque surtout pour critiquer le paradigme qui est le nôtre, dans ses effets pratiques. Il s'avère en effet que l'idée de domination et d'exploitation de ce que nous avons constitué en nature est au coeur du modèle idéologique, économique et financier imposé par le capitalisme néolibéral qui désormais façonne et détruit aussi bien le monde des hommes que leur environnement. Concept grec de " nature " entendue comme processus dynamique de développement d'un organisme ou du cosmos, et arts techniques que le héros Prométhée mis en scène par Eschyle propose aux hommes mortels pour animer leurs relations signifiantes avec leur environnement - cette double référence à la Grèce classique permet un retour réflexif sur la " nature " et la " culture " modernes. De manière sans doute inattendue, deux savoirs contemporains, développés en technologies de pointe, peuvent y collaborer : d'une part le génie génétique, d'autre part les sciences neuronales. En effet fondés sur plasticité et interaction, les principes épistémologiques à la base de ces deux savoirs permettent, en relation avec les principes interprétatifs fondant les techniques prométhéennes, de revisiter l'opposition devenue dangereusement traditionnelle : non plus la culture face à la nature, mais les relations interactives des communautés des hommes avec leurs milieux. Loin de constituer une nature objective qui peut être dominée par l'homme, l'environnement s'avère aussi indispensable à l'homme qu'il est configuré par lui. A ce titre, constitué en milieu, l'environnement ne saurait être réduit à une nature dont l'homme pourrait utiliser les " ressources " pour un profit individuel devenu profit principalement matériel et financier. C'est dès lors le principe du productivisme et du profit fondant l'économie capitaliste qui s'effondre. A moins de conséquences destructrices aussi bien sur le climat que sur les populations les plus dépourvues, ni l'homme ni son environnement ne peuvent être envisagés en termes de ressources à exploiter. Il n'y a pas, d'un côté, une nature soumise passivement à la raison humaine et, de l'autre, une culture des hommes susceptibles, par leurs arts techniques, de tirer profit de cette nature inerte. A l'âge de l'anthropocène, les indispensables rapports des hommes avec leur environnement sont donc à concevoir non pas en termes de relations avec un écosystème divinisé en Terre, mais comme interaction sociale avec des écologies modelées par les pratiques techniques et sémiotiques des hommes. Aussi bien l'urgence climatique que le caractère limité de ressources qui n'ont rien de " naturel " exigent la transition vers un écosocialisme altermondialiste. Ce passage exige de rompre avec un capitalisme destructeur d'hommes et d'environnements, en rétablissant, dans un sens anthropo-poiétique et éco-poiétique, l'interaction entre les sociétés des hommes et leurs milieux. Il en va de la survie des uns et des autres. En somme, la nature ne peut être que culture.
Résumé : Cyrène au ciel percé, Cyrène et ses trois récoltes annuelles de fruits, Cyrène nourricière de troupeaux en ses riches pâturages. Poètes et historiographes ont rivalisé d'invention pour faire de la fertile et prospère colonie grecque de Libye une terre de l'Age d'or. Mais Cyrène, c'est aussi le nom de la jeune nymphe tueuse de lions qu'Apollon, amoureux, emmène de Thessalie en Libye pour s'unir à elle sur le site de la future cité grecque, autour de l'eau jaillissante qui porte le même nom. C'est encore une terre lointaine qu'il faut ancrer au continent par un autre récit métaphorique, animé par les Argonautes. C'est enfin ce territoire civique dont le balbutiant Battos, conduit par la voix oraculaire d'Apollon Pythien, trace le plan en forme de nef, pour être héroïsé à sa poupe. Dans plusieurs entrelacs narratifs et métaphoriques d'une extraordinaire richesse les Grecs ont tissé la mémoire poétique d'un acte de fondation essentiel, consacré par un culte héroïque. Au gré des circonstances historiques, selon les occasions rituelles, en relation avec les genres qui les portent à leur public, ces différentes configurations du temps, de l'espace et de l'événement ne cessent de se métamorphoser. Mythe, légende, conte ou histoire ? L'occasion est trop belle pour ne pas montrer qu'en dépit de sa dénomination hellène, le mythe n'est pas une catégorie indigène. Pour les Grecs, les récits de fondation font partie de cette "archéologie" qui soumet l'histoire des temps anciens à la spéculation symbolique pour l'offrir à la communauté de croyance qui l'entretient sous une forme en général rituelle, avec une efficacité politique et religieuse renouvelée. Telle est la double visée de ce double essai : tenter une critique du concept moderne de mythe tout en restituant dans leur profondeur sémantique, et avec leurs fonctions poétiques et sociales, les créations fictionnelles suscitées par les relations mémorielles des Grecs avec le passé de la plus "mythique" de leurs colonies.
Ce livre a choisi d'esquisser, en suivant ses cheminements multiples, le profil de cette force que les Hellènes ont divinisée sous le nom d'Eros, faisant du jeune enfant espiègle le parèdre d'Aphrodite. A partir d'une physiologie de l'amour, l'étude des effets d'Eros conduit à interroger la fonction des poèmes et des images qui le représentent, puis à examiner les institutions qu'il contribue à soutenir et les espaces où il exerce sa puissance, productrice de relations sociales. Récupéré par philosophes et sectaires orphiques, Eros se révélera finalement le médiateur de véritables parcours initiatiques.
Le processus d'énonciation laisse des traces dans l'énoncé même de l'?uvre littéraire, organisant une réalité énonciative de l'ordre du dit et de récrit. De cette épaisseur textuelle entre récit et référent psycho-social, l'auteur antique profite largement pour donner une image de son propre rôle qui ne coïncide pas forcément avec sa fonction empirique. De là, chez Homère, dans les Hymnes homériques, pour Hésiode ou les poètes lyriques, ou encore chez Hérodote et ses successeurs, les infinies possibilités de positions énonciatives qui brisent le cadre des genres considérés comme traditionnels et qui convergent finalement vers la mise en scène masquée de la tragédie classique. Dans ce livre sont tour à tour en jeu les relations entre auteur et autorité énonciative, le rôle du je "lyrique", les fonctions du masque et du regard dans les représentations dramatiques et iconographiques, les jeux de mots narratifs sur les noms propres, la poétique du discours historique.
Idolâtrie" est un terme dépréciatif qui sert à désigner les cultes des faux dieux en face d'un dieu considéré comme unique et véritable. Plongeant ses racines dans les réflexions antiques sur la religion des "autres" , cette notion se trouve au coeur des débats qui, des Pères de l'Eglise aux explorateurs modernes, interrogent la diversité des cultes et des pratiques religieuses. Au fil des siècles, cette catégorie polémique a fabriqué l'altérité tout en reléguant l' "autre" , le "païen" , le "sauvage" , l' "hérétique" , l' "ignorant" , du côté de l'erreur et de l'aberration. La notion d'idolâtrie condamne comme fausse la religion de l' "autre" , voire lui refuse la qualité même de religion. Cette histoire, où les "sauvages" du Nouveau Monde rejoignent les peuples de l'Antiquité, annonce l'émergence d'une véritable science des religions. Ce livre retrace la naissance de "l'idolâtrie" au croisement des réflexions juives et grecques sur l'image, les origines de la culture et la diversité religieuse. Des débats grecs sur l'anthropomorphisme à la critique des "idoles" dans le judaïsme ancien, il explore les fondements antiques d'une histoire comparée des religions.