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Oeuvres
Deligny Fernand ; Alvarez de Toledo Sandra
ARACHNEEN
50,00 €
Épuisé
EAN :9782373670127
Les Ouvres de Fernand Deligny (1913-1996) reconstituent en 1856 pages de textes, images, fac-similés, les étapes d'une trajectoire qui conduisit cet éducateur sans diplôme de la lutte contre l'institution "Sauvegarde de l'enfance" à une approche expérimentale de l'autisme. L'ouvrage rassemble l'essentiel de son oeuvre, éditée et inédite ? : de Pavillon 3, ses premières nouvelles (1944), aux textes sur l'image des années 1980 et à l'évocation de sa dernière et monumentale tentative autobiographique, L'Enfant de citadelle. L'écriture fut pour Deligny une activité constante, existentielle, le laboratoire permanent de sa pratique d'éducateur. Ses premiers livres sont des pamphlets contre l'"encastrement" institutionnel et contre l'approche psychopédagogique qui anime la politique rééducative de l'après-guerre et dans laquelle il voit très tôt s'annoncer la "société de contrôle". A partir de la fin des années 1960, il engage une réflexion anthropologique contre la "domestication symbolique" et pour une définition de l'humain a-subjectif, spécifique, dépris de lui-même. Il accueille des enfants autistes dans les Cévennes et invente un dispositif ? : un réseau d'aires de séjour, des éducateurs non professionnels, un "coutumier" ritualisé à l'extrême, inspiré de l'agir et de l'immuable autistiques. Il invente une cartographie, les fameuses "lignes d'erre", se saisit du cinéma pour remettre en cause le point de vue hégémonique de "l'homme-que-nous-sommes". Le volume - chronologique - s'accompagne d'une édition critique détaillée ? : les textes et films en images sont précédés d'introductions (Sandra Alvarez de Toledo) qui les replacent dans leur contexte historique et dans la biographie intellectuelle de Deligny ? ; chacune des cinq parties de l'ouvrage se conclut par un texte (Michel Chauvière, Annick Ohayon, Anne Querrien, Bertrand Ogilvie, Jean-François Chevrier) qui dégage les lignes de force de sa pensée au cours de ses tentatives successives. A part le milieu de l'éducation spécialisée, qui célébrait encore Graine de crapule comme le petit livre rouge de la pédagogie libertaire, et quelques philosophes à qui le Mille plateaux de Deleuze et Guattari rappelait vaguement son nom, Fernand Deligny était oublié. La parution des Ouvres, en 2007, lui a donné une seconde vie. Il est désormais lu et traduit en plusieurs langues ? ; sa pensée est étudiée sous ses multiples angles, pratiques, théoriques, artistiques ? ; sa proposition de considérer l'homme du "point de voir" de l'autiste et de créer de nouveaux modes d'être et d'existence est prise en compte par ceux que les ravages du capitalisme incitent à changer de perspective, à inventer de nouveaux espaces de lutte, de recherche et de vie. La réédition, dix ans plus tard, est à quelques points près identique à l'édition originale. On trouvera en fin de volume, comme un signe qui salue cet anniversaire, un court texte supplémentaire, inédit, "L'homme sans convictions".
Dans son grand âge, immobilisé, Fernand Deligny se remet à écrire, près de la fenêtre ouvrant sur les Cévennes, des textes brefs et des aphorismes. Ces derniers fragments, il les nomme copeaux : "il se pourrait que le meilleur de l'ouvrage réside dans ce qui reste à dire quand l'oeuvre est terminée : les copeaux" . Essi & copeaux sont ses derniers ouvrages.
Avec ce ton inimitable, son exigence et sa singularité, Fernand Deligny parle ici de la mémoire, de la sienne comme d'une autre, de ce qui la constitue, de ce qui en elle est récent ou plus lointain, faut-il dire animal, ou d'espèce? Cette recherche, sans renier une dimension spéculative passe par un réseau de souvenirs vivants que toujours un détail peut faire rebondir en un éclair par-delà des années. La guerre, l'enfance, les engagés dans la guerre d'Espagne, l'asile encore et toujours, sont les temps ou les lieux qui font ici surface chez un homme qui ne cherche pas la confidence ni l'élégie. À l'exception de sa parution en revue ce texte est inédit. Il a été écrit en 1985 et 1986.
Ce recueil des oeuvres de Fernand Deligny (1913-1996) paraît un peu plus de dix ans après sa mort. Il reconstitue en 1848 pages de textes, images, fac-similés, les étapes d'une trajectoire qui conduisit cet éducateur sans patente de la lutte contre l'institution Sauvegarde de l'enfance à une approche expérimentale de l'autisme. Il rassemble pour la première fois l'essentiel de son oeuvre, éditée et inédite : de Pavillon 3, ses premières nouvelles (1944), aux textes sur l'image des années 1980. Il s'achève sur quelques pages manuscrites de sa dernière et monumentale tentative autobiographique, L'Enfant de citadelle. L'écriture fut pour Deligny une activité constante, existentielle, le laboratoire permanent de sa pratique d'éducateur. Ses premiers livres sont des pamphlets contre l' encastrement institutionnel et la compassion philanthropique qui animent la politique rééducative de l'après-guerre. A partir de la fin des années 1960, il engage une réflexion anthropologique contre la loi du langage et pour une définition de l'humain a-subjectif, spécifique, dépris de lui-même. Il accueille des enfants autistes dans les Cévennes et invente de toutes pièces un dispositif de prise en charge : un réseau d'aires de séjour, des éducateurs comme lui non-spécialistes, un coutumier ritualisé à l'extrême, inspiré de l'agir et de l'immuable autistiques. Il invente une cartographie, les fameuses lignes d'erre , se saisit du cinéma pour remettre en cause le point de vue hégémonique de l'homme-que-nous-sommes . Textes (réédités et inédits), articles, films, sont précédés d'introductions qui les situent à l'intérieur du parcours de Deligny. Accompagnées de cinq textes historiques et critiques, de la première chronologie de son oeuvre, d'une bibliographie exhaustive et d'une iconographie documentaire et librement interprétative, ces introductions retracent la biographie du personnage. Sans chercher à défaire la part de légende qu'il a volontairement entretenue, elles rétablissent une partie des faits historiques sur le fond desquels son action et son oeuvre apparaissent dans leur pleine singularité.
Deligny Fernand ; Alvarez de Toledo Sandra ; Migue
Dans le cadre de ses tentatives pédagogiques, ou anti-pédagogiques, Fernand Deligny (1913-1996), éducateur, écrivain, a manifesté de tout temps un intérêt pour le cinéma. Dans les textes de ce recueil, il s'interroge d'abord sur ce qu'une certaine pratique cinématographique, qu'il appelle "camérer" (plutôt que filmer), peut bien signifier. Puis, dans un dialogue serré avec lui-même et avec l'énigme de la perception autistique (il a vécu pendant trente ans avec des enfants autistes), il aborde l'image, une et multiple, celle qui ne se voit pas, celle qu'ont en partage le poète et le cinéaste, celle qui fait "repère" , celle qui ne se laisse pas prendre. La quasi-totalité des textes de Deligny et l'iconographie qui les accompagne sont inédits, de même que les essais critiques proposés par les meilleurs connaisseurs de son oeuvre.
La Septième face du dé est le second roman de Fernand Deligny après Adrien Lomme (si l'on excepte un roman policier, Anges purs, publié sous le pseudonyme de Vincent Lane). Du fond de son bureau de Graniers, à Monoblet (Cévennes), parmi les enfants autistes du réseau qu'il a fondé en 1968, il retourne à l'asile d'Armentières où il a vécu et travaillé comme instituteur puis comme éducateur pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le point de départ du roman est une énigme : Gaspard Lamiral, "le Roi, la pièce maîtresse autour de laquelle se joue toute la partie" (Roger Gentis), a disparu sur le champ de bataille, en 1917. En 1930, à l'époque où le roman a lieu, il est là, au milieu de la cour de l'asile, aussi fou qu'un fou peut l'être, perdu dans sa mémoire. D'autres personnages traversent le récit, dans cet asile où le temps ne passe pas, où les bâtiments sont posés sur le sol de scories noires comme sur une mer d'huile. Tous sont des spectres de Gaspard Lamiral ; ils se nomment Dernouville (le surveillant-chef, dit "l'amiral "), Demeulenaere, Delannoy, Delarane... Manque Deligny. Pour tenter de rejoindre Gaspard Lamiral dans I'antan, le narrateur, qui est instituteur à l'asile mais habite sur la Grand'Place, décide d'entrer dans l'asile, et d'y mettre en scène leurs retrouvailles. Le temps bref de la scène durant laquelle Gaspard Lamiral est resté assis en face de lui, une main " posée sur le dos, morte comme ces fleurs de mer qui restent sur le sable quand la marée est repartie", sa silhouette s'est inscrite, projetée sur le "pan de lumière" du mur de la chambre. Autant dire sur la page. Entre polar et récit psychanalytique, ce roman étrange, qui laisse entrevoir la place vide occupée par la mort du père - Camille Deligny, tué en 1917 et dont le corps n'a jamais été retrouvé -, est une pièce essentielle de l'oeuvre. Au coeur de La Septième face du dé repose en effet la question de la trace, qui reconduit indéfiniment le travail d'écriture comme la transcription des trajets des enfants autistes, leurs lignes d'erre. Nul livre n'expose avec autant d'évidence la double vocation de Fernand Deligny, éducateur et écrivain.
L'oeuvre de François Tosquelles (1912-1994) n'est connue jusqu'à maintenant que des milieux de la psychiatrie et de la psychanalyse. Il fut, en effet, le génial "? inventeur ? " (mot qu'il récusait) d'un courant de la psychiatrie qui contribua à sa révolution, la "? psychothérapie institutionnelle ? ". Ce courant naquit à l'hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pendant la deuxième guerre mondiale. L'histoire a déjà fait légende de ce lieu où, à la faveur de la guerre, se retrouvèrent psychiatres progressistes (Lucien Bonnafé, Paul et Germaine Balvet, André Chaurand, Jean Oury, Franz Fanon), poètes surréalistes (Paul éluard, Tristan Tzara), artistes (les patients Auguste Forestier, Aimable Jayet, Marguerite Sirvins, mais aussi Gérard Vuillamy et Jean Dubuffet, qui y puisa de quoi réunir sa collection d'art brut), philosophes (Georges Canguilhem), et de nombreux résistants réfugiés. De cette conjonction surréaliste et communiste libertaire se dégagea une nouvelle manière d'envisager la folie, comme une dimension proprement humaine, et l'institution psychiatrique comme un organisme à "? soigner ? ". Les murs de l'asile furent abattus (par les patients eux-mêmes), l'espace de l'hôpital fut ouvert sur l'extérieur et réorganisé, la vie repensée avec le travail et l'ergothérapie, la vie collective rythmée par des activités dans et hors l'hôpital et par la tenue de "? clubs ? " autogérés par les patients. Cette révolution puisait en réalité ses ressources d'intelligence dans l'histoire de la Catalogne des années 1920 et 1930, à laquelle Tosquelles avait activement participé. Psychiatre progressiste, immédiatement intéressé par la psychanalyse (influente à Barcelone grâce à la présence de nombreux psychanalystes juifs chassés d'Europe centrale par le nazisme), il avait également fait l'expérience d'un militantisme concret (il était membre fondateur du Parti ouvrier d'unification marxiste [POUM], anarcho-syndicaliste et antistalinien). Il tira de son expérience de la guerre civile comme psychiatre de l'armée républicaine la plupart de ses convictions (dont l'une, la nécessité de "? soigner sur le lieu du trauma ? ", fut à l'origine de la psychiatrie moderne dite "? de secteur ? "). Il fut appelé à Saint-Alban en 1940, alors qu'il était réfugié au camp de Septfonds, au nord de Toulouse, où il avait improvisé un service de psychiatrie dans une cabane et "? dans la boue ? ". Le remarquable travail de recherche de Joana Masó donne lieu à un ouvrage à la fois pédagogique et éclaté, dans lequel alternent ses synthèses historiques et des extraits des textes majeurs de Tosquelles, accompagnés d'une iconographie documentaire exceptionnelle. Le portrait du personnage, dans laquelle se conjuguent la rage et le pragmatisme politiques, le grotesque catalan, l'érudition et la passion de la langue et de la folie, est le premier à restituer son oeuvre dans toutes ces dimensions.