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Soigner les institutions
Tosquelles François ; Maso Joana
ARACHNEEN
35,00 €
Épuisé
EAN :9782373670189
L'oeuvre de François Tosquelles (1912-1994) n'est connue jusqu'à maintenant que des milieux de la psychiatrie et de la psychanalyse. Il fut, en effet, le génial "? inventeur ? " (mot qu'il récusait) d'un courant de la psychiatrie qui contribua à sa révolution, la "? psychothérapie institutionnelle ? ". Ce courant naquit à l'hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pendant la deuxième guerre mondiale. L'histoire a déjà fait légende de ce lieu où, à la faveur de la guerre, se retrouvèrent psychiatres progressistes (Lucien Bonnafé, Paul et Germaine Balvet, André Chaurand, Jean Oury, Franz Fanon), poètes surréalistes (Paul éluard, Tristan Tzara), artistes (les patients Auguste Forestier, Aimable Jayet, Marguerite Sirvins, mais aussi Gérard Vuillamy et Jean Dubuffet, qui y puisa de quoi réunir sa collection d'art brut), philosophes (Georges Canguilhem), et de nombreux résistants réfugiés. De cette conjonction surréaliste et communiste libertaire se dégagea une nouvelle manière d'envisager la folie, comme une dimension proprement humaine, et l'institution psychiatrique comme un organisme à "? soigner ? ". Les murs de l'asile furent abattus (par les patients eux-mêmes), l'espace de l'hôpital fut ouvert sur l'extérieur et réorganisé, la vie repensée avec le travail et l'ergothérapie, la vie collective rythmée par des activités dans et hors l'hôpital et par la tenue de "? clubs ? " autogérés par les patients. Cette révolution puisait en réalité ses ressources d'intelligence dans l'histoire de la Catalogne des années 1920 et 1930, à laquelle Tosquelles avait activement participé. Psychiatre progressiste, immédiatement intéressé par la psychanalyse (influente à Barcelone grâce à la présence de nombreux psychanalystes juifs chassés d'Europe centrale par le nazisme), il avait également fait l'expérience d'un militantisme concret (il était membre fondateur du Parti ouvrier d'unification marxiste [POUM], anarcho-syndicaliste et antistalinien). Il tira de son expérience de la guerre civile comme psychiatre de l'armée républicaine la plupart de ses convictions (dont l'une, la nécessité de "? soigner sur le lieu du trauma ? ", fut à l'origine de la psychiatrie moderne dite "? de secteur ? "). Il fut appelé à Saint-Alban en 1940, alors qu'il était réfugié au camp de Septfonds, au nord de Toulouse, où il avait improvisé un service de psychiatrie dans une cabane et "? dans la boue ? ". Le remarquable travail de recherche de Joana Masó donne lieu à un ouvrage à la fois pédagogique et éclaté, dans lequel alternent ses synthèses historiques et des extraits des textes majeurs de Tosquelles, accompagnés d'une iconographie documentaire exceptionnelle. Le portrait du personnage, dans laquelle se conjuguent la rage et le pragmatisme politiques, le grotesque catalan, l'érudition et la passion de la langue et de la folie, est le premier à restituer son oeuvre dans toutes ces dimensions.
Résumé : Il n'est pas sans signification que François Tosquelles conclue son oeuvre écrite par un ouvrage traitant des équipes de soins. C'est à la fois le thème de son livre mais aussi un rappel et une adresse, comme s'il s'agissait encore de souligner l'importance de l'équipe de soins, structure essentielle à toute pratique clinique, toujours menacée de disparition du fait de la spécialisation et de la technicisation des rôles soignants, toujours susceptible de s'homogénéiser, de se structurer en îlots de résistance. Poursuivant le dialogue fictif qu'il avait imaginé dans L'enseignement de la folie, François Tosquelles tisse les fils associatifs multiples, déploie des nappes de paroles afin que puisse surgir et être accueillie une formule frappée de vérité, difficilement accessible car souvent trop proche, trop quotidienne. Sinon à vouloir recouvrir une pensée, il est bien trop réducteur de limiter l'apport de François Tosquelles à ce mouvement de la psychiatrie française dit de psychothérapie institutionnelle. L'histoire de la pensée ne suit pas les mêmes accidents que l'histoire concrète des hommes, et l'insistance de François Tosquelles sur la nécessité de considérer les équipes de soins, leur rapport à la détresse humaine, au réel auquel elles se heurtent et à partir duquel elles se (re)construisent, à la personne et à sa mouvance, est toujours d'actualité, non seulement parce que la clinique psychiatrique est plus que jamais soumise à des rationalisations sophistiquées mais parce que le sujet a toujours à affronter le risque de sa propre disparition.
Tosquelles François ; Delion Pierre ; Henriet Jean
Résumé : Pour François Tosquelles, les tentatives d'explication de la folie n'ont abouti qu'à réduire le phénomène. On passe à côté de sa signification faute d'admettre qu'il s'agit d'un processus propre à l'élaboration humaine de chacun. En ce sens, la folie peut être dite le noyau de l'être humain.
Le titre, Autoportrait dans l'atelier - un thème iconographique familier de l'histoire de la peinture -, doit être entendu ici à la lettre : ce livre est un autoportrait, mais seulement dans la mesure où, à la fin, le lecteur pourra en déchiffrer les traits à travers le patient examen des images, des photographies, des objets, des tableaux présents dans les ateliers où l'auteur a travaillé et travaille encore. Le pari d'Agamben est, dès lors, celui de réussir à parler de lui seulement et exclusivement en parlant des autres : les poètes, les philosophes, les peintres, les musiciens, les amis, les passions - en somme les rencontres et les confrontations qui ont décidé de sa formation et ont nourri et nourrissent encore sa propre écriture, de Heidegger à Elsa Morante, de Melville à Benjamin, de Giorgio Caproni à Giovanni Urbani. Les illustrations font donc partie intégrante de ce livre, elles composent avec le texte non pas une autobiographie mais une autohétérographie des plus fidèles, et intemporelle.
En mai 1958, Chris Marker participe à un voyage organisé par le parti communiste français en République populaire de Corée, cinq ans après la fin de la guerre. Il rassemble en peu de temps un matériau documentaire impressionnant (photographies et notes), dont il tire un essai photographique en sept chapitres, Coréennes, publié aux éditions du Seuil (où il dirige la collection " Petite planète "). Marker écrit en quatrième de couverture : " Coréennes doit s'entendre ici au sens de Gnossiennes ou Provinciales, c'est-à-dire "pièces d'inspiration coréenne". On y retrouvera, outre les dames de Corée (qui à elles seules vaudraient plus d'un long métrage), des tortues qui rient, des géants qui pleurent, [...] et sur ce décor un pays anéanti hier par la guerre, qui repousse "à la vitesse d'une plante au cinéma" entre Marx et les fées ". La citation ne dénie ni l'attraction de l'auteur pour les visages féminins, pour les regards qu'elles lui rendent (cet arrêt du temps par la rencontre dans le regard est l'un des traits auxquels on reconnaît Marker), ni le réflexe, en quelque sorte naturel, du franchissement des limites entre littérature (contes et légendes inclus), musique, cinéma, photographie, BD, histoire, etc. ; elle est fidèle aux " commentaires " de Marker, dont on ne doit pas oublier à quel point ils rompent, par leur parti pris littéraire et par l'assomption du " je " de l'écrivain, avec le didactisme, et la conception illustrative de l'image des " docucus " de l'époque. Il en va ainsi des " notes " de Coréennes, qui témoignent d'une hallucinante présence d'esprit (mais aussi de corps : être là) aux moindres détails qui font le prix du matériau documentaire quand il est, comme ici, repris dans le mouvement général d'une pensée profondément politique ; pensée politique qui ne dit pas son nom lorsqu'elle restitue à un peuple massacré par les guerres et les idéologies un peu de son histoire et une image de grâce et de force fidèle à sa culture. (La " beauté " des images de Coréennes est - il ne faudrait pas le dire - à elle seule une raison de l'avoir sous les yeux).
La Septième face du dé est le second roman de Fernand Deligny après Adrien Lomme (si l'on excepte un roman policier, Anges purs, publié sous le pseudonyme de Vincent Lane). Du fond de son bureau de Graniers, à Monoblet (Cévennes), parmi les enfants autistes du réseau qu'il a fondé en 1968, il retourne à l'asile d'Armentières où il a vécu et travaillé comme instituteur puis comme éducateur pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le point de départ du roman est une énigme : Gaspard Lamiral, "le Roi, la pièce maîtresse autour de laquelle se joue toute la partie" (Roger Gentis), a disparu sur le champ de bataille, en 1917. En 1930, à l'époque où le roman a lieu, il est là, au milieu de la cour de l'asile, aussi fou qu'un fou peut l'être, perdu dans sa mémoire. D'autres personnages traversent le récit, dans cet asile où le temps ne passe pas, où les bâtiments sont posés sur le sol de scories noires comme sur une mer d'huile. Tous sont des spectres de Gaspard Lamiral ; ils se nomment Dernouville (le surveillant-chef, dit "l'amiral "), Demeulenaere, Delannoy, Delarane... Manque Deligny. Pour tenter de rejoindre Gaspard Lamiral dans I'antan, le narrateur, qui est instituteur à l'asile mais habite sur la Grand'Place, décide d'entrer dans l'asile, et d'y mettre en scène leurs retrouvailles. Le temps bref de la scène durant laquelle Gaspard Lamiral est resté assis en face de lui, une main " posée sur le dos, morte comme ces fleurs de mer qui restent sur le sable quand la marée est repartie", sa silhouette s'est inscrite, projetée sur le "pan de lumière" du mur de la chambre. Autant dire sur la page. Entre polar et récit psychanalytique, ce roman étrange, qui laisse entrevoir la place vide occupée par la mort du père - Camille Deligny, tué en 1917 et dont le corps n'a jamais été retrouvé -, est une pièce essentielle de l'oeuvre. Au coeur de La Septième face du dé repose en effet la question de la trace, qui reconduit indéfiniment le travail d'écriture comme la transcription des trajets des enfants autistes, leurs lignes d'erre. Nul livre n'expose avec autant d'évidence la double vocation de Fernand Deligny, éducateur et écrivain.