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LA PHENOMENOLOGIE EN QUESTIONS
DASTUR
VRIN
31,01 €
Épuisé
EAN :9782711616633
On sait que, depuis la parution des Recherches logiques de Husserl, le terme de "phénoménologie" ne désigne plus, comme c'était encore le cas chez Hegel, une discipline particulière, mais une nouvelle conception de ce que doit être la philosophie. Ce qui a en effet donné à l'entreprise husserlienne sa fécondité, c'est l'idée, reprise aux anciens, que le travail philosophique doit être mené en commun et exige par conséquent le concours de plusieurs penseurs. Mais ce qui rassemble ceux-ci, c'est moins l'unité d'une doctrine et l'appartenance à une école de pensée que la pratique d'une méthode. De ce "mouvement phénoménologique", auquel appartiennent tant de philosophes du siècle dernier, il n'est certes pas question de dresser un inventaire exhaustif. Ce que l'on se propose simplement ici, c'est d'en donner un aperçu qui mette d'ailleurs moins l'accent sur les noms propres des penseurs que sur les problèmes qu'ils ont partagés. Les essais réunis dans ce volume sont en effet tous consacrés à un petit nombre de questions fondamentales au sujet desquelles un dialogue a paru se nouer entre certaines des figures les plus éminentes de la nébuleuse phénoménologique: Husserl et Heidegger surtout, mais aussi Fink, Patocka, Merleau-Ponty, et plus près encore de nous, Gadamer, Levinas, Ricoeur. Car ces questions ne sont pas seulement celles auxquelles la phénoménologie se fait fort d'apporter une solution nouvelle, mais aussi et surtout celles qui la mettent elle-même en question et à propos desquelles elle continue, inlassablement, de s'interroger. De ces questions fondamentales - celles du langage et de la logique, du moi et de l'autre, de la temporalité et de l'histoire, de la finitude et de la mortalité -, on peut dire en effet qu'elles nous font toucher aux "limites" de la phénoménologie, lesquelles ne sont d'ailleurs pas différentes de celles de la philosophie elle-même. Biographie de l'auteur Françoise Dastur est professeur émérite de l'Université de Nice Sophia-Antipolis.
L'oeuvre de Merleau-Ponty se situe au confluent de deux traditions de pensée : la philosophie française, de Descartes à Maine de Biran et Bergson, et la phénoménologie husserlienne et heideggérienne. C'est le rapport à cette seconde tradition de pensée, la plus déterminante du point de vue de l'évolution interne de l'oeuvre, que les essais réunis ici ont entrepris de mettre en évidence. Il s'agit en effet, en suivant l'évolution de la pensée de Merleau-Ponty, de la Phénoménologie de la perception à sa dernière oeuvre inachevée, Le Visible et l'invisible, de montrer que l'interpénétration de deux thématiques fondamentales, celle de la corporéité et de la chair, qui lui vient de Husserl, et celle du langage et de l'expression, qui le conduit dans une proximité toujours plus étroite avec Heidegger, lui a permis de former le projet d'une "ontologie indirecte" et de rompre ainsi décisivement avec le subjectivisme moderne.
Résumé : Les textes publiés par Husserl de son vivant sont peu nombreux et ne représentent qu'une toute petite partie de son abondante production philosophique. On ne peut donc privilégier un texte ou même quelques textes sans risquer de donner une vision très partielle de la méditation philosophique ininterrompue qu'il a poursuivie pendant près de cinquante ans. Plutôt que de présenter un exposé statique de l'ensemble de sa philosophie, on a préféré tenter ici de donner une idée plus dynamique de l'enchevêtrement des voies de sa réflexion en s'attachant aux problèmes les plus cruciaux qu'il a rencontrés dans son entreprise de fondation de la phénoménologie comme science rigoureuse. Parti d'une réflexion sur le statut de l'objet mathématique, Husserl a été amené à prendre position contre le psychologisme régnant et à développer le projet d'une analyse phénoménologique, et non plus seulement psychologique, des vécus logiques. En élargissant cette analyse des objets idéaux à l'ensemble des objets donnés à une conscience, Husserl a dû affronter d'abord l'énigme de l'autoconstitution temporelle de la conscience, puis les questions non moins redoutables de l'intersubjectivité de la vérité et de l'historicité de la raison. Ce sont ces problèmes de la fondation phénoménologique de la logique, de la temporalité de la conscience, de l'intersubjectivité et de l'histoire qui ont été choisis ici comme les foyers d'une interrogation sur le transcendantalisme et l'idéalisme husserliens.
De la pensée qui n'est plus métaphysique, Heidegger dit qu'elle est moindre que la philosophie, plus "pauvre" que celle-ci, précisément parce qu'elle ne se tient plus à la hauteur d'une pensée de la fondation et que, loin de pouvoir rendre compte d'elle-même, elle est, dans sa finitude et son essence provisoire, tout entière au service de ce à quoi elle répond, à savoir l'événement même de l'être. Ce à quoi une telle pensée donne congé, c'est en effet à la structure onto-théo-logique du discours métaphysique de la fondation, au profit de ce que Heidegger nomme, dans son dernier séminaire, une "phénoménologie de l'inapparent". On ne peut guère s'autoriser de cette expression pour arguer, comme on l'a fait déjà bien des fois, d'une dérive vers la poétique ou la mystique de la pensée heideggérienne. Car cet "inapparent" ne renvoie à aucun "arrière-monde", mais seulement à cette inapparence qui réside en tout apparaître, à cet "être" de l'étant que la "philosophie" au sens traditionnel de ce terme n'est parvenu à penser que sous la figure "étante" du fondement. C'est dire que ce que Heidegger nomme "fin de la philosophie" ne signifie nullement son anéantissement, mais ouvre au contraire la possibilité d'une appropriation plus authentique de ce qui a été en question depuis le départ en elle. A la fin de la Lettre sur l'humanisme, Heidegger déclarait: "La pensée à venir ne sera plus philosophie, parce qu'elle pensera plus originellement que la métaphysique, mot qui désigne la même chose". C'est de cette pensée plus originelle, telle que Heidegger n'a cessé d'en préparer la venue depuis les années trente, dont il est question dans les essais réunis dans ce recueil.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.