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HEIDEGGER LA QUESTION DU LOGOS
DASTUR
VRIN
22,00 €
Épuisé
EAN :9782711619122
Heidegger n'a cessé de s'interroger, depuis ses premiers travaux, qui sont ceux d'un logicien formé à l'école husserlienne, jusqu'à ses dernières méditations sur le langage, sur la genèse de la logique. C'est ce qui l'a conduit à une mise en question fondamentale de la domination de la raison dans la pensée occidentale. Ce geste déconstructeur ne doit cependant pas être confondu avec un irrationalisme, ni même avec un antirationalisme. Comme il le souligne dans la Lettre sur l'humanisme: "Penser contre la"logique"ne signifie pas rompre une lance en faveur de l'illogique, mais seulement: revenir dans sa réflexion au logos et à son essence telle qu'elle apparaît au premier âge de la pensée, c'est-à-dire se mettre en peine de préparer une telle réflexion". Ce à quoi il veut s'opposer, en s'interrogeant sur ce que c'est que penser et sur ce qui appelle à penser, c'est au caractère exclusif de la raison et à sa prétention à constituer toute l'essence de l'homme. C'est dans l'horizon de cette interrogation qu'il a été amené à opposer la pensée calculante à la pensée méditante, et à proposer, comme figure de ce qui est encore à venir, une nouvelle définition de la pensée, du Denken, non plus comprise comme pouvoir conceptuel, puissance de captation, et arraisonnement de l'étant, mais au contraire comme Danken, comme reconnaissance et gratitude, capacité d'accueil et de recueil de ce qui vient.
Pourquoi faut-il mourir? De toutes les questions que posent les enfants, c'est sans doute celle qui nous met le plus mal à l'aise. Elle éveille en nous la peur et l'angoisse: pourtant la seule expérience que nous avons de la mort, c'est celle de la mort des autres et en particulier des êtres qui nous sont chers. Peut-on s'habituer à l'idée qu'on va mourir? La philosophie est-elle une méditation sur la mort ou sur la vie? Comment, afin de surmonter la peur de ma mort, y penser autrement? La vie est comme une histoire: elle a un début et une fin. Et il faut sans doute accepter de mourir un jour afin de pouvoir vivre.
On sait que, depuis la parution des Recherches logiques de Husserl, le terme de "phénoménologie" ne désigne plus, comme c'était encore le cas chez Hegel, une discipline particulière, mais une nouvelle conception de ce que doit être la philosophie. Ce qui a en effet donné à l'entreprise husserlienne sa fécondité, c'est l'idée, reprise aux anciens, que le travail philosophique doit être mené en commun et exige par conséquent le concours de plusieurs penseurs. Mais ce qui rassemble ceux-ci, c'est moins l'unité d'une doctrine et l'appartenance à une école de pensée que la pratique d'une méthode. De ce "mouvement phénoménologique", auquel appartiennent tant de philosophes du siècle dernier, il n'est certes pas question de dresser un inventaire exhaustif. Ce que l'on se propose simplement ici, c'est d'en donner un aperçu qui mette d'ailleurs moins l'accent sur les noms propres des penseurs que sur les problèmes qu'ils ont partagés. Les essais réunis dans ce volume sont en effet tous consacrés à un petit nombre de questions fondamentales au sujet desquelles un dialogue a paru se nouer entre certaines des figures les plus éminentes de la nébuleuse phénoménologique: Husserl et Heidegger surtout, mais aussi Fink, Patocka, Merleau-Ponty, et plus près encore de nous, Gadamer, Levinas, Ricoeur. Car ces questions ne sont pas seulement celles auxquelles la phénoménologie se fait fort d'apporter une solution nouvelle, mais aussi et surtout celles qui la mettent elle-même en question et à propos desquelles elle continue, inlassablement, de s'interroger. De ces questions fondamentales - celles du langage et de la logique, du moi et de l'autre, de la temporalité et de l'histoire, de la finitude et de la mortalité -, on peut dire en effet qu'elles nous font toucher aux "limites" de la phénoménologie, lesquelles ne sont d'ailleurs pas différentes de celles de la philosophie elle-même. Biographie de l'auteur Françoise Dastur est professeur émérite de l'Université de Nice Sophia-Antipolis.
Résumé : L'homme sait qu'il doit mourir et l'on s'accorde habituellement à voir dans ce savoir de sa propre mortalité un des caractères du essentiels de l'humanité, à côté du langage, de la pensée et du rire. Or les religions, les métaphysiques, la culture humaine tout entière se sont donné pour programme de vaincre la mort. Et la philosophie occidentale, de Platon à Hegel, a à son tour affirmé que c'est dans l'exercice même de la pensée que la mort et la finitude se voient surmontées. On se propose ici, dans un premier temps, d'analyser ces tentatives métaphysiques, religieuses et philosophiques de déploiement d'un au-delà de la mort pour entreprendre ensuite de montrer qu'il est pourtant possible mort, d'entretenir un rapport à la mort qui ne soit ni une manière de " s'y apprivoiser " comme le dit Montaigne, ni une manière de l'esquiver. C'est en prenant appui sur l'analyse de l'être pour la mort que propose Heidegger qu'on tente alors de faire apparaître qu'il existe un autre discours sur la mort qui exige comme sa condition de possibilité une libre assomption de la finitude de l'existence humaine. Une telle conception de la finitude, qui n'est plus adossée à l'infinitude d'un être hors la mort et hors temps du divin, reconduit l'être humain à sa facticité originaire, c'est-à-dire son caractère proprement terrestre, temporel et corporel. Une telle pensée de la mortalité comme finitude constitutive de l'ouverture au monde est en même temps une pensées de la naissance comme capacité finie d'avoir un monde, le mourir étant ici la condition du naître et la mort celle de la vie. Ce qui nous est alors révélé, c'est que c'est dans la joie et le rire que, paradoxalement, nous entretenons le rapport le plus authentique à notre propre mortalité.
De la pensée qui n'est plus métaphysique, Heidegger dit qu'elle est moindre que la philosophie, plus "pauvre" que celle-ci, précisément parce qu'elle ne se tient plus à la hauteur d'une pensée de la fondation et que, loin de pouvoir rendre compte d'elle-même, elle est, dans sa finitude et son essence provisoire, tout entière au service de ce à quoi elle répond, à savoir l'événement même de l'être. Ce à quoi une telle pensée donne congé, c'est en effet à la structure onto-théo-logique du discours métaphysique de la fondation, au profit de ce que Heidegger nomme, dans son dernier séminaire, une "phénoménologie de l'inapparent". On ne peut guère s'autoriser de cette expression pour arguer, comme on l'a fait déjà bien des fois, d'une dérive vers la poétique ou la mystique de la pensée heideggérienne. Car cet "inapparent" ne renvoie à aucun "arrière-monde", mais seulement à cette inapparence qui réside en tout apparaître, à cet "être" de l'étant que la "philosophie" au sens traditionnel de ce terme n'est parvenu à penser que sous la figure "étante" du fondement. C'est dire que ce que Heidegger nomme "fin de la philosophie" ne signifie nullement son anéantissement, mais ouvre au contraire la possibilité d'une appropriation plus authentique de ce qui a été en question depuis le départ en elle. A la fin de la Lettre sur l'humanisme, Heidegger déclarait: "La pensée à venir ne sera plus philosophie, parce qu'elle pensera plus originellement que la métaphysique, mot qui désigne la même chose". C'est de cette pensée plus originelle, telle que Heidegger n'a cessé d'en préparer la venue depuis les années trente, dont il est question dans les essais réunis dans ce recueil.
Ce livre n'est pas un exposé de la métaphysique cartésienne, mais s'attache à la pensée qui l'anime et qui cherche en elle son expression. Ce mot "expression" introduit un premier postulat : une philosophie n'a de sens que par référence à une certaine vision du monde dont précisément elle veut être l'expression. A l'origine il y a un esprit qui regarde l'univers, l'homme, Dieu et qui s'étonne de les voir comme on ne les a encore jamais vus. Qui dit "expression" dit donc volonté de communication. La vision du monde - c'est le second postulat - n'est en aucune façon une sorte d'essence intemporelle et elle ne peut être séparée de son "environnement" historique. Ainsi tout texte a deux contexte : l'ensemble ordonné d'idées duquel il tient son sens et un certain dialogue qu'il doit rendre propice à la transmission de ce sens.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.