Si l'oeuvre romanesque de Cyrano de Bergerac a obtenu aujourd'hui une large audience, il n'en va pas de même de son oeuvre théâtrale, réduite, il est vrai, à une comédie et à une tragédie. C'est à peine si le grand public sait que Molière a emprunté au Pédant joué la "scène de la galère" des Fourberies de Scapin ; quant à La Mort d'Agrippine, elle est encore purement et simplement ignorée. Pourtant, il s'agit de deux oeuvres du plus haut intérêt : une tragédie d'une violence extrême et d'une audace de pensée qui scandalisa, et une comédie bouffonne où se mêlent tous les genres et tous les styles : en particulier, c'est la première fois qu'un paysan s'exprime en patois authentique sur la scène au XVIIe siècle. Si Molière lui a fait des emprunts, on peut aussi considérer que par certains côtés, Le Pédant joué est, à trois siècles de distance une préfiguration d'Ubu roi. Enfin, au-delà du plaisir immédiat, la pièce a une portée philosophique des plus actuelles, dans la mesure où elle met en question le langage.
Jouée en 1653, sans doute à l'Hôtel de Bourgogne, l'un des hauts lieux du théâtre à l'époque, La Mort d'Agrippine fit scandale par son libertinage et suscita une grande curiosité mondaine. Dans cette pièce qui montre un épisode du règne de Tibère - l'élimination de son ministre et favori Séjanus -, Cyrano de Bergerac décrit un monde en ruines où tous se ressemblent, se rejoignent dans la même absence de scrupules, la même immoralité et le même recours au crime. L'unique tragédie de Cyrano de Bergerac (1619-1655), esprit fort, querelleur et libre. Une ?uvre d'un cruel pessimisme historique et idéologique.
L'Autre Monde est le récit d'un double voyage dans l'espace vers Les Etats et Empires de la Lune et vers Les Etats et Empires du Soleil. Il est en cela le roman du monde tel que la nouvelle science et l'astronomie naissante permettent de l'imaginer, infini et habité, et où la Terre n'est qu'une planète parmi les autres. Mais malgré l'ingéniosité des machines-à-voler et la forte présence de la science, ce n'est pas un roman de science-fiction. Le voyageur doit là-haut affronter des peuples et des sociétés dont les vérités chahutent les certitudes de l'humanité terrestre et chrétienne. Le voyage dans l'espace devient voyage dans le temps, chacun des personnages rencontrés incarnant successivement un des discours qui se sont tenus sur l'origine et sur " la nature des choses " : des présocratiques à Gassendi, des récits fabuleux à Descartes. Si peu héroïque que paraisse le personnage principal, il est donc l'acteur d'une aventure intellectuelle mais qui a ses moments de comédie et de poésie, venant interrompre parfois la tension née de l'audace d'un texte qui proclame la faillite des modèles et la débâcle des dogmes.
Sous le couvert d'un conte, Cyrano de Bergerac, féroce pamphlétaire, critique avec provocation les institutions et les valeurs de son temps.Le narrateur se rend dans la lune où il découvre un monde qui ne cesse de l'étonner. A travers les observations du voyageur, Bergerac dénonce les faiblesses et les défauts de la société du XVIIIe siècle.
Cyrano de Bergerac Savinien de ; Darmon Jean-Charl
La Mort d'Agrippine, la seule tragédie que Cyrano de Bergerac ait écrite, fit scandale pour ses " belles impiétés " : elle met en scène le libertinage de pensée le plus radical, dans un monde politique machiavélien d'une noirceur, d'une cruauté et d'une violence inouïes. Il est temps de redécouvrir la sombre splendeur et le potentiel critique de cette ?uvre sulfureuse et aujourd'hui trop méconnue, dont l'un des héros principaux, Séjanus, " soldat philosophe " ouvertement athée, tient des propos de " déniaisé " imprégnés de la philosophie de Lucrèce, et fait écho à toute une littérature clandestine dénonçant, en ces mêmes années, autour de Cyrano, l'invention et l'utilisation politique des religions. Mais dans l'horizon de cette politique baroque où tout est feinte, mensonge, dissimulation, l'épicurisme subit des distorsions étranges, et l'émancipation de l'" esprit fort " à l'égard des croyances asservissantes et des impostures théologico-politiques ne débouche que sur un échec spectaculaire et une sanglante mise à mort. Le texte de La Mort d'Agrippine est précédé d'un essai préfaciel de Jean-Charles Darmon (" L'athée, la politique et la mort : variations sur "de belles impiétés" ") qui s'emploie à situer ses questionnements corrosifs dans l'?uvre de Cyrano et au sein de la réflexion politique complexe de ceux que l'on nomme les " libertins érudits " du premier XVIIe siècle français. En annexe figurent d'autres extraits de l'?uvre de Cyrano (des Lettres satiriques aux États et Empires de la Lune et du Soleil) où divers thèmes récurrents de la pensée libertine en matière de politique affleurent sur des modes spécifiques.