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Aggravation 1989-2001
Curnier Jean-Paul
LS FARRAGO
19,00 €
Épuisé
EAN :9782844900883
«Aggravation», parce que tel est le double projet de ce livre : celui de rendre mieux visible l?état de dégradation continuée des conditions faites à l?existence commune ; celui également d?en perturber le cours en rendant plus incertain et plus contrarié l?assentiment aveugle qui partout le permet. Que la face cachée de ce qui se montre soit aujourd?hui la chose la moins supportée, cela méritait qu?on s?emploie à l?aggraver. C?est assez dire qu?on ne trouvera pas ici de quoi ajouter à cette forme d?apathie consentante, de résignation euphorisée, qui se présente volontiers comme un progrès de civilisation et dont la généralisation assure l?actuel succès des formes les plus grossièrement cyniques du pouvoir et l?abandon de tous à la férocité sans limites de la loi du marché. On y trouvera au contraire de quoi entamer la volonté d?innocence et d?ignorance mêlées qui accompagnent cet abandon : par le tracé de ses plus accablantes perspectives, par le relevé de son inavouable contrepartie, par le retournement de ses valeurs proclamées. Et cela, sans autre motif que celui de donner en partage, face à la vanité de ce pitoyable triomphe, le goût d?un écart inconciliable, d?un rire déplacé.
Manifeste : Traiter de ce qui est manifeste ; de cette évidence sans prise, hors d'atteinte, qui décourage la pensée ; de cette évidence sans nom qui est devenue la condition de tous. Manifeste : Il est maintenant pratiquement réalisé le devenir mondial de ce système que nous avons vu grandir, s'étendre et se fortifier autour de nous, mais aussi contre nous et en nous. Manifeste : Jamais sans doute la révolution n'a été aussi imminente en ce sens que jamais elle n'a été si peu la propriété de quiconque, si loin du domaine des idées et si libre d'être ce qu'elle est : une invention de l'inconnu, la condition de l'inouï. Le seul obstacle qui la retient encore est aussi ce qui en fait la tentation : son immoralité, évidente et nécessaire. Manifeste : Cela suppose que tout commence encore, comme il en a toujours été.
Pour ceux dont l'âme est inculte, les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins', écrivait Héraclite il y a presque deux mille cinq cents ans. Autrement dit: il ne suffit pas d'avoir des yeux pour voir. Au coeur de notre société du spectacle, apprendre à suivre avec la plus grande attention le chemin que les images font en nous, en faisant le pari que ce chemin nous conduira à mieux comprendre l'étrange familiarité qui nous lie à elles, tel est le projet de ce livre. On ne lira pas ici une condamnation de la soi-disant et très douteuse"civilisation de l'image'. Pour Curnier, en revanche, l'image est un mode de pensée, que la pensée, fondée sur le langage, ne peut pas reconnaître, ni asservir, ni domestiquer. L'image serait donc ce qui nous ramène au monde quand la fausse transparence des mots nous en éloigne, ressuscitant le sentiment de sa proximité, ajoutant en quelque sorte à la réalité la sensation de sa réalité. Biographie de l'auteur Jean-Paul Curnier est philosophe, écrivain et essayiste. Outre un très grand nombre de textes et d'analyses de fond sur l'actualité sous ses aspects les plus divers, il est également l'auteur de films, d'écrits pour le théâtre, la danse et de formes expérimentales associant texte et musique. Il a publié notamment Peine perdue I, II et Ill (Farrago/ Léo Scheer, 2002), Le Froid, le gel, l'image (Léo Scheer; 2003) et A vif (Lignes- Manifeste, 2006).
Chasser à l'arc, c'est apprendre à disparaître. La portée courte des flèches obligeant à s'approcher au plus près des bêtes, il faut impérativement connaître d'elles tout ce qui peut s'en apprendre et en tirer toutes les conclusions pour se rendre pratiquement inexistant à leurs yeux. Mais à cela il y a une conséquence : à force de se rendre insignifiant, de quitter toute apparence humaine, on cesse aussi d'être soi. On devient, pour partie au moins, ce que l'on traque. Se tenir au plus près des bêtes c'est aussi fréquenter au plus près l'animalité, sa propre animalité originelle ; enfouie et pourtant toujours si proche. Confondu avec l'arc, avec la cible et avec tout ce qui l'entoure, livré à la seule vision et à la seule sensation pour toute prise avec le monde, l'archer n'est plus seulement un individu qui pense, qui raisonne et tente de maîtriser ce qui advient, il devient le théâtre de combinaisons de sens et de significations jusqu'alors tenues pour étrangères les unes aux autres. Il se fait lui-même scène d'un collage, d'un rendez-vous imprévu de significations et de décisions qui semblent se prendre hors de lui et de sa volonté. "Philosopher à l'arc" c'est, en somme, laisser se développer les pensées qu'appelle et mobilise cette expérience à la fois physique et mentale, archaïque et actuelle, de la présence au monde. Expérience où défilent et se côtoient une succession de visions, de présences et de réminiscences, où rôde la sensation d'une origine retrouvée.
Des mélodies douces-amères, des variations infimes mais infinies sur la peine de vivre, sur le malentendu d'amour, sur les mécomptes de soi amusés, pas même amers, sur le rien qu'on ne sait pas comment fuir, mais qu'on ne fuit pas sans risque, parce que la déception est inhérente à toute fuite, et parce que le malentendu alors n'en est que plus épais. Tout, dans Par-dessus tête, est d'un humour modeste et triste, léger et incrédule, sans reproche aucun, sans plainte non plus - délicat à l'extrême. On y rit (d'un rire léger) du fait qu'il faille être deux dans l'amour et qu'il y en ait toujours un de trop ; de ce qu'il n'arrive rien (constante de ces mélodies) ou que ce qui arrive soit arrivé pour rien (sinon pour se retrouver vite un peu plus seul) ; de ce que chacun soit deux, deux au moins, ce qui complique encore considérablement l'équation amoureuse. Heureusement, écrit Jean-Paul Curnier, "Rien n'arrive ! Et ça arrive souvent !"