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La Culture de la peur. Tome 1 Démocratie, identité, sécurité
Crépon Marc
GALILEE
21,00 €
Épuisé
EAN :9782718607665
Les usages politiques de la peur, son invocation et son instrumentalisation qui furent le privilège des régimes de terreur, ne peuvent plus servir aujourd'hui de critère discriminant entre les démocraties et les régimes, dont, par principe, elles devraient être distinctes. Dans tous les domaines de l'existence, les citoyens sont affectés par la " culture " dont elle fait l'objet - une culture qui les conduit à tolérer des discours et des pratiques qu'ils n'auraient pas cru pouvoir ni devoir accepter auparavant. Ainsi se sédimente dans nos vies " l'inacceptable ", au nom d'une exigence démultipliée de protection et de sécurité. La question alors est de savoir quelle est, dans cette exigence, la part du besoin de " sécurité humaine ", dont aucun discours politique ne devrait faire l'économie, et celle de " la sécurité de l'État ". S'il est vrai que leur frontière indécise se joue, à chaque fois, dans le choix et le calcul des " cibles de l'insécurité ", au double sens d'un génitif subjectif et objectif, l'avenir de la démocratie appelle une critique ininterrompue de ces choix et de ces calculs - à plus forte raison quand ils se portent sur la figure de l'étranger.
Comment en est-on arrivé là ? À ce désastre. À cette rupture du lien entre le peuple et la gauche. À cette trahison de nos élites. Une politique qui n'est plus fidèle à ses valeurs de liberté, d'égalité des chances, de justice sociale, de fraternité et de solidarité, n'a plus la ressource nécessaire pour attirer les électeurs vers les urnes. C'est une politique qui s'est coupée du peuple. Honte à la France, mais aussi à l'Europe, cette oligarchie financière jouant le coup du mépris contre le peuple grec. Honte à ceux qui succombent au déni d'hospitalité face aux réfugiés. Il est temps de réenchanter notre univers quotidien et notre engagement. Telle est l'ambition de ce coup de gueule et cri d'espérance pour définir l'identité de l'humaniste face à la montée des extrémismes et des nationalismes. Peuple de gauche, relève-toi !
Ce livre interroge deux des promesses politiques dont l'écoute de la poésie s'est trouvée investie au siècle dernier. Son fil conducteur est double. Il est d'abord, orienté par la confrontation critique de deux lectures de la poésie : celle que fait Heidegger des hymnes de Hölderlin et celle que fait Paul Celan de Mandelstamm. Dans chacune de ces deux figures, l'écoute de la poésie est pensée à partir de son adresse : pour Heidegger, c'est le peuple que la poésie est censée venir sauver ; pour Celan, c'est l'interlocuteur providentiel qu'elle vient secourir. Dans le premier cas, cette pensée est chargée d'ambiguïtés et de présupposés sur la langue, le destin, le peuple que le présent essai entreprend de déconstruire. Dans le second cas, elle met au premier plan de la relation entre le poète et son lecteur l'attention - une attention dont il s'agit ainsi de penser la portée éthique et politique. Promesse de salut, promesse de secours sont alors présentées comme deux façons radicalement opposées de penser la situation de la poésie face à la terreur politique.
Ce qui n'" appartient pas " à l'Europe est aussi, d'une façon ou d'une autre, " venu " à elle - et donc lui " appartient ", au moins en partie ; ce dont on fait le propre de l'Europe existe aussi en dehors d'elle - et donc ne lui appartient pas (ou plus) en propre. De ces deux propositions, il est nécessaire de faire les prémisses de toute réflexion sur l'Europe et sur son identité, faute de quoi on s'expose à deux écueils qui sont, en même temps, des formes de violence récurrentes : désigner, marquer (quand ce n'est pas dénoncer ou condamner) dans l'Europe (à l'intérieur de ses frontières) ce qui ne serait pas européen (ce qu'on refuse à tout prix de reconnaître comme tel) et, dans un geste qui n'est pas symétrique, réserver à l'Europe tel ou tel trait supposé de son identité (la raison, le progrès, la science, les droits de l'homme, etc.). L'Europe, ainsi, ne se définit pas autrement que par un double réseau de relations : celles, sans doute, que les " nations européennes " ont entretenues les unes avec les autres (leurs échanges, leurs importations réciproques, leurs traductions), mais celles, aussi, que les " Européens " ont construites avec ce qu'ils ont rêvé, imaginé ou fictionné comme leurs altérités. Interrogeant la pluralité des langues et des mémoires qui font l'Europe, c'est la signification de ce double réseau qu'Altérités de l'Europe entend interroger. La réflexion y croise et sollicite quelques-unes des voix qui auront aidé à le penser : Herder, Mandelstam, Husserl, Patocka et Derrida.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...