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Altérités de l'Europe
Crépon Marc
GALILEE
32,00 €
Épuisé
EAN :9782718607047
Ce qui n'" appartient pas " à l'Europe est aussi, d'une façon ou d'une autre, " venu " à elle - et donc lui " appartient ", au moins en partie ; ce dont on fait le propre de l'Europe existe aussi en dehors d'elle - et donc ne lui appartient pas (ou plus) en propre. De ces deux propositions, il est nécessaire de faire les prémisses de toute réflexion sur l'Europe et sur son identité, faute de quoi on s'expose à deux écueils qui sont, en même temps, des formes de violence récurrentes : désigner, marquer (quand ce n'est pas dénoncer ou condamner) dans l'Europe (à l'intérieur de ses frontières) ce qui ne serait pas européen (ce qu'on refuse à tout prix de reconnaître comme tel) et, dans un geste qui n'est pas symétrique, réserver à l'Europe tel ou tel trait supposé de son identité (la raison, le progrès, la science, les droits de l'homme, etc.). L'Europe, ainsi, ne se définit pas autrement que par un double réseau de relations : celles, sans doute, que les " nations européennes " ont entretenues les unes avec les autres (leurs échanges, leurs importations réciproques, leurs traductions), mais celles, aussi, que les " Européens " ont construites avec ce qu'ils ont rêvé, imaginé ou fictionné comme leurs altérités. Interrogeant la pluralité des langues et des mémoires qui font l'Europe, c'est la signification de ce double réseau qu'Altérités de l'Europe entend interroger. La réflexion y croise et sollicite quelques-unes des voix qui auront aidé à le penser : Herder, Mandelstam, Husserl, Patocka et Derrida.
Marc CréponVivre avecLa pensée de la mort et la mémoire des guerresIl n'y a pas de guerre, pas de génocide, pas d'abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soient possibles sans une «suspension» de la relation a la mort d'autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu'elle appelle.Notre mémoire du siècle dernier et notre appréhension du siècle à venir sont inséparables du souvenir de leur éclipse qui trace les «limites» de la fraternité. Elle fait du monde dans lequel nous vivons un monde divisé, autant que l'est notre attitude devant la mort des autres, le deuil et la mémoire qui en résultent. C'est cette éclipse que, à la lecture de textes de Freud, de Heidegger, de Sartre, de Levinas, de Patocka, Ricoeur et Derrida, cet essai entreprend de comprendre et d'interroger, alors même qu'elle fait l'objet d'une double responsabilité, éthique et politique.Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS (Archives Husserl).
Il y a dans la violence que doivent aujourd'hui affronter nos sociétés une dimension propre à la langue. Quiconque a fait l'apprentissage de l'éducation doit reconnaître, au creux de sa propre expérience, la manière dont la langue façonne, modèle, impose. Quant au XXe siècle, il s'est chargé de nous montrer comment la langue peut condamner à une mort certaine. C'est cette dimension propre au langage que se propose d'explorer le philosophe Marc Crépon, convaincu que le noeud de toute violence tient d'abord dans la langue et l'usage que nous en avons. S'il chemine avec Kafka, Lévinas, Singer ou Derrida, ce n'est pas seulement parce que chacun d'entre eux s'est en son temps insurgé contre les détournements de la langue, préludes aux plus grands crimes commis contre l'humanité, constituant un réservoir d'expériences, pour prévenir les prochains massacres. C'est aussi parce que leur oeuvre affirme la vocation de l'écriture : celle qui fait de la littérature et de la philosophie l'arme ultime pour démasquer, au coeur de la langue, la violence et la haine dont celle-ci est porteuse. Affirmer la vocation de l'écriture, c'est retourner la langue contre elle-même, désamorcer ses potentialités meurtrières en l'ouvrant à l'échange, à la responsabilité, à l'humanité, quand celle-ci se fixe autrui et le monde comme buts.
Il n'y a pas de "guerre des civilisations" - du moins pas au sens où celle-ci devrait supposer, comme le pensait Samuel Huntington, un affrontement qui tiendrait à l'"essence" qu'on attribue à chacune d'elles au regard d'une compréhension toujours partielle et partiale, instrumentale et caricaturale de ce qu'on imagine les caractériser. Et pourtant, l'hypothèse d'une impossible coexistence entre des communautés se reconnaissant des "appartenances différentes" ne cesse de revenir sur le devant de la scène et se prête aux manipulations politiques les plus hasardeuses - comme l'est, en France par exemple, l'existence d'un "ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration". Il faut donc en reprendre la réfutation: il n'y a pas d'hostilité (d'essence) entre les civilisations, mais il y a la lutte nécessaire que chacune d'elles mène, en tant que processus, contre la vie pulsionnelle des individus qui se réclament de l'une ou l'autre d'entre elles. Et ce qui se produit alors, c'est la constitution diversifiée des surmoi, dont cette lutte fait son arme principale - et, partout dans le monde, la concurrence des forces politiques, idéologiques et religieuses qui en ont pris le contrôle pour exercer et conserver leur emprise sur la vie. C'est de ces forces que vient le danger, c'est elles qui doivent être contrées. Mais de quel poids pèsent les discours qui se contentent d'en appeler au "dialogue des civilisations"? Suffit-il d'exiger que les différences soient "tolérées" pour endiguer la violence? Et si tel n'est pas le cas, comment penser un au-delà de la tolérance?
Résumé : On appellera " démophobie " toute méthode de contournement ou de rejet de la " parole" du peuple qui procède de l'allergie, de l'appréhension ou de la défiance que ce même peuple suscite, qu'on l'estime " ignorant ", victime de ses affects - surafecté ou désaffecté. Elle est le propre des gouvernements, chaque fois que, confrontés à une contestation ou des revendications " populaires " qui les dérangent, ils commencent par minimiser cette parole ou la discréditer. Mais elle constitue aussi le point commun aveugle des théoriciens qui fustigent les " dérives " de la démocratie et se méfient des élections et de leur résultat, quand ils ne lui refusent pas toute légitimité. En interrogeant les présupposés de ces pratiques et de ces théories " démophobes ", le présent essai entreprend de redonner son sens au suffrage " populaire " et d'en rétablir les enjeux.
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.