Et si cela me plaît à moi de vous dire machin,Pot à eau, mousseline et potiron.Que l'Anglais dise machin,Que machin dise le chef de gare,Machin dise l'autre,Et moi aussi.Machin.Et même machin chose.Robert Desnos, CommeL'attention a souvent été portée aux objets lorsqu'ils constituent un enjeu du scénario, l'emblème d'un genre, la caractéristique d'un personnage. Exercice d'observation, «Machins choses» retient les objets qui échappent à ces catégories, irréductibles: la force des choses.«C'est quoi cette vache?» Chose, elle s'impose, se pose là: telle quelle. Objet individualisé, isolé, en marge de la signification, solitaire pris dans son évidence concrète. Désignée par un insert, révélée lors d'une netteté soudaine de l'image, élue par un geste de saisissement, nommée, dérangée: la chose est choisie, remarquable, elle s'abandonne au plan, le polarise.La chose s'émancipe parfois de sa condition, de son inertie, elle suit le mouvement, se prête à de multiples expériences. Elle peut être mise hors d'usage: jetée, brisée, ou trouver un nouvel emploi, gagner en souplesse et devenir personnage, trouver une destinée: elle intrigue.Elle peut aussi être plus secrète, s'immiscer, ouvrir un espace à part: le monde parallèle des objets. Sans s'affirmer, elle «fait tapisserie» ou passe inaperçue, et nous échappe.Parfois, la chose résiste à la dénomination, ou bien, si ordinaire, elle devient autre, ne ressemble plus à rien. «"Eh bien, qu'est-ce qu'il a, ce verre de bière? Il est comme les autres. Il est biseauté, avec une anse, il porte un petit écusson avec une pelle et sur l'écusson on a écrit"Spatenbräu'."Je sais tout cela, mais je sais qu'il y a autre chose. Presque rien. Mais je ne peux plus expliquer ce que je vois.» C'est un machin, un truc idiot («dumnes Zeug», Vilém Flusser), n'importe quoi.Machins, choses, s'ils sont indéterminés, n'en définissent pas moins la mise en scène. «Donner aux objets l'air d'avoir envie d'être là», disait Robert Bresson. Car s'ils n'ont l'air de rien ou s'ils en disent trop, le film peut perdre la face. Leur place, leur rôle, lui confèrent ou non la justesse: «Une chose ratée, si tu la changes de place, peut être une chose réussie.»Jeux de mots, jeux d'objets, ce Vertigo à tiroirs se fouille comme la commode au trésor des Enfants terribles (ou les voisines armoires d'Adolpho Arrietta), «trésor impossible à décrire. Les objets du tiroir ayant tellement dérivés de leur emploi, s'étant chargés de tels symboles, qu'ils n'offraient aux profanes que le spectacle d'un bric-à-brac» de tasses, pipes, fourchettes, cuillères, verres brisés, porte-cigarette, pommes, pot, mélodies pop, popo, poupées, fraises, torchon, fusil, pistolet à plomb, etc.«Cinéaste-toupie», Adolpho Arrietta se prête à ce jeu d'artifices en apportant ses jouets du désir: ailes d'ange, globes terrestres, collier magnétique, grenouilles dorées... et ce «musée d'objets perdus» nourrit sans cesse la rêverie de ses «films-aquarium».F.C."
Résumé : Après "Le Pays sous le vent", "Braises", "Dans l'ombre, la mère" et "Elias Portolu", nouvelle réédition d'un titre du prix Nobel de littérature 1916. Dans une maison noble de Sardaigne, la famille, dont les petits-fils ont quelque peu dilapidé la fortune, a perdu de son aisance. Annesa, jeune fille recueillie dans la demeure il y a des années et qui en est devenue la domestique, est l'amante clandestine du plus jeune petit-fils. Pour sauver l'honneur de cette famille, elle ne va pas hésiter à commettre un acte désespéré. Peuplé de descriptions des fêtes sardes et des légendes de l'île, ce roman exalte les traditions et le folklore insulaire avant de nous plonger dans un drame où il sera question de décadence, de transgression et de rédemption que Grazia Deledda anime avec vigueur à travers ses personnages aux sentiments tiraillés. Une preuve supplémentaire qu'elle est la grande romancière du monde sarde.
Résumé : Dans la Sardaigne du début du XXe siècle, le jeune Anania est abandonné par sa mère à l'âge de sept ans. Recueilli par son père, il trouve la protection d'un riche patron local qui lui permet d'étudier et de renoncer à la vie paysanne. Il quitte alors son île natale et la jeune Margherita, dont il s'est épris, pour gagner le Continent, jusqu'à Rome. Mais tout à l'idée de sa réussite et de son mariage futur, il ne cesse de penser à sa mère, tiraillé entre le ressentiment qu'il nourrit à l'égard de celle qui l'a délaissé et la "mission" dont il se sent investi de la retrouver pour la sortir de sa condition. Cette quête ne le laissera dès lors plus en paix. Ecrit en 1904, ce poignant roman de l'enfance et de l'adolescence mêle aux accents romantiques des sentiments passionnés la puissance des éléments de la nature sarde qui imprègne tout entière cette histoire bouleversante.
Dans la culture occidentale, le paysage est le plus souventreconnu comme une portion d'espace appréhendée à distance,selon un point de vue unique; l'étendue, telle qu'elle estcirconscrite par le regard, l'emporte sur la temporalité qui setrouve négligée. Or, le territoire est affecté de changementsincessants, que ceux-ci soient d'origine naturelle oudéterminés par l'intervention des hommes; les dispositifstechniques, qu'ils s'agissent des "machines de locomotion" oudes "machines de vision" contribuent à conférer unedimension temporelle à la perception des sites. Le lieu estégalement le réceptacle des émotions, des souvenirs ou desanticipations de chacun. Paysages en devenir traite de lamanière dont un certain nombre d'oeuvres artistiquescontemporaines transcrivent et accompagnent les variations etles évolutions du paysage.
Deledda Grazia ; Monti Chiara ; Costa Fabienne-And
Résumé : La jeune Nina grandit dans une famille modeste qui accueille des hôtes pour subvenir aux besoins de la famille. Parmi eux, le lumineux Gabriele, dont Nina s'éprend secrètement. Mais il s'éclipse rapidement et, lorsqu'un autre pensionnaire demande la main de Nina, elle n'a d'autre choix que d'accepter, pour échapper à sa condition et quitter son village. Elle mène dès lors une existence confortable et bourgeoise parmi les notables de la ville, s'accordant cependant des échappées régulières dans la campagne pour s'imprégner du vent et du soleil de son enfance. Des échappées propices au resurgissement des souvenirs et aux rencontres... Un roman d'apprentissage passionné, imprégné par le calme lumineux de la mer et la violence frénétique du vent, où les sentiments et la nature sardes vibrent avec la même démesure.
Une quinzaine de philosophes parmi les plus importants se sont réunis à Londres, en mars 2009, pour une conférence organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, intitulée "On the idea of Communism". Par-delà leurs différences spéculatives et politiques, tous y ont affirmé leur attachement inentamé au mot et à l'Idée du "communisme". Seul mot, seule idée à pouvoir selon eux désigner et penser les conditions d'une "alternative globale à la domination du capitalo-parlementarisme" (A. Badiou), d'une "réforme radicale de la structure même de la démocratie représentative" (S. Zizek). Le présent volume réunit la totalité des interventions prononcées à l'occasion de cette conférence, qui connut un succès considérable.
Les deux "adversaires" ici en présence témoignent, dans le débat d'idées, de deux visions irréconciliables. Tout, dans leurs prises de positions respectives, les sépare: Alain Badiou comme penseur d'un communisme renouvelé; Alain Finkielkraut comme observateur désolé de la perte des valeurs. La conversation passionnée qui a résulté de leur récente rencontre - à l'initiative de Aude Lancelin - prend souvent la tournure très vive d'une "explication", aussi bien à propos du débat sur l'identité nationale, du judaïsme et d'Israël, de Mai 68, que du retour en grâce de l'idée du communisme. Mais le présent volume ne se réduit pas à la somme de leurs désaccords. Car ni l'un ni l'autre ne se satisfont, en définitive, de l'état de notre société ni de la direction que ses représentants politiques s'obstinent à lui faire prendre. Si leurs voix fortes et distinctes adoptent, un moment, une tonalité presque semblable, c'est sur ce seul point.
Entre nous, ce n'est pas parce qu'un président est élu que, pour des gens d'expérience comme nous, il se passe quelque chose. J'en ai assez dit sur le vote pour que vous sachiez que s'il s'est en effet passé quelque chose, on ne trouvera pas ce dont il s'agit dans le registre de la pure succession électorale. [...] On s'expérimente un peu aveugle, légèrement incertain, et finalement quelque peu dépressif. Oui, chers amis, je flaire dans cette salle une odeur de dépression. Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c'est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. Alain Badiou . . Ecrivain, philosophe, professeur de philosophie à l'Ecole Normale Supérieure, Alain Badiou a récemment publié Logique des mondes (Le Seuil, 2006). Le présent volume est le quatrième de la série Circonstances , dans la collection Lignes.
André Gorz a traversé la seconde moitié du 20e siècle en témoin lucide de ses mutations économiques et sociales. Disparu l'automne 2007, il a laissé une oeuvre critique exigeante qui n'est réductible à aucun des courants poli-tiques constitués. Ses prises de position en faveur de la sortie progressive du capitalisme se fondent sur une proposition autogestionnaire très argumentée et s'articulent avec son souci précoce pour les enjeux écologiques. Car, affirmait-il, "c'est par la critique du modèle de consommation opulent que je suis devenu écologiste avant la lettre". Le socialisme qu'André Gorz appelle de ses v?ux est celui qui saura faire face à l'urgence des enjeux sociaux, économiques et écologiques inédits auxquels le monde est aujourd'hui confronté. Le présent ouvrage, conçu comme un hommage, est également le premier à proposer un regard sur l'existence et l'?uvre entières d'André Gorz.