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LA LITTERATURE EN SUSPENS - ECRITURES DE LA SHOAH
COQUIO CATHERINE
ARACHNEEN
32,00 €
Épuisé
EAN :9782954105956
David Rousset, Charlotte Delbo, Jean Cayrol, Etty Hillesum, Piotr Rawicz, Jean Améry, Imre Kertész, Georges-Arthur Goldschmidt, Aharon Appelfeld... Ces auteurs ont été soumis à une monstruosité systématique : celle des camps nazis, celle de la "destruction des Juifs d'Europe", qui, lorsqu'elle n'annihilait pas sur-le-champ les corps, étouffait tout foyer de pensée et de parole. Contre cet écrasement, Catherine Coquio lit dans les textes l'âpre combat de leurs auteurs pour saisir ce qui excédait toute "expérience", ce qui jamais ne se laisserait ramener à un moment de leur passé. Pour ces oeuvres irremplaçables, ce grand livre se fait tout d'attention et de pensée. Il lui faut aussi revenir sur l'histoire des "paradigmes" qui se sont formés au sujet du témoignage, et défaire les présupposés qui, trop souvent, nous ont rendus aveugles à ce qui s'était déroulé ailleurs, dans l'Est de l'Europe et en URSS. A déchiffrer les récits et fables des revenants des camps à côté des textes de la "Khurbn Literatur" et de la "Littérature des ravins", une vaste et indomptable interrogation se déploie : qu'est-il arrivé à la culture en Europe et à ce qui, édifié au fil des siècles en tant que "littérature", se trouva, sous le coup d'événements démesurés, non pas annulé mais (selon la formule d'Imre Kertész) "mis en suspens" ? Catherine Coquio sait nous rendre contemporaines - si lointaines, si proches - ces voix qui ne cesseront plus de nous accompagner. Ainsi le bouleversant dernier chapitre nous fait-il entendre, et pour jamais, les timides et lucides paroles de ces enfants qui vont disparaître : "Moi, petite créature, écrit Hanus Hachenburg, je demande au monde l'aumône... pour qu'il ne me brûle pas de son brasier ardent..." Claude Mouchard
Itsembatsemba", "itsembabwoko", "itsembabatutsi". Tels sont les noms par lesquels les Rwandais ont désigné ou désignent le génocide des Tutsi du Rwanda. En avril 1994, au vu et su de la "communauté internationale", plus d'un million d'hommes furent exterminés en quelques mois, sur ordre du gouvernement rwandais, par l'armée rwandaise et les milices Interahamwe, qui mirent à contribution la population civile. Un siècle plus tôt, les Européens pénétraient le Rwanda. " [...] il manque un mot en kinyarwanda pour désigner les méfaits des tueurs d'un génocide, un mot dont le sens surpasse la méchanceté, la férocité et cette catégorie de sentiments existants. " (Claudine Kayitesi). Il manque un mot, mais il y a des récits. Des récits avant. Et des récits après. Les récits d'avant sont des fables et des mythes. Pleins de Bible et de Science, ils ont peuplé ta mémoire des Blancs, puis empoisonné celle des Noirs. Les récits d'après montrent comment certains visiteurs blancs, et certains visiteurs noirs, mais d'abord les Rwandais eux-mêmes, comprennent et racontent ce qui s'est passé.
Ce livre regroupe ses écrits sur la Syrie, parmi lesquels ses articles sur des auteurs Sindbad/Actes Sud, comme Yassin Al Haj Saleh, Moustafa Khalifé, Aram Karabet, Khaled Khalifa, Najah Albukai. Avec des références récurrentes aux grands textes littéraires sur la Shoa, le Goulag, le génocide arménien...
Résumé : Né en 1928, Georges-Arthur Goldschmidt a été confronté à des limites et frontières de plusieurs sortes, et il les a traversées tout au long de sa vie. Après celles du cercle familial, celles de son pays natal et de sa langue maternelle comme auteur de récits, de romans et d'essais, mais aussi traducteur et auto-traducteur. Celles aussi de l'histoire, comme témoin de la Shoah et avertisseur, attentif aux relations franco-allemandes, à l'héritage juif de la culture allemande, à la responsabilité des écrivains et philosophes face aux catastrophes du XXe siècle. Passeur et penseur des langues et des mondes, il a répondu à la destruction politique en multipliant les passerelles entre littérature, philosophie et psychanalyse. Pour la première fois, ce volume réunit des études " croisées " de chercheurs français et allemands, qui ouvrent un dialogue à partir de ces traversées des limites. Quatre perspectives sont au centre de ces études : l'entre-deux des mémoires - l'exil et la Shoah, la libération par la langue et la culture française ; les questions des deux langues, de la traduction et de l'auto-traduction ; la présence, les liens et les traces du corps et de l'Histoire ; les livres comme " songes " et récits par " sautes d'images " et " rebonds perpétuels " (Peter Handke).
Catherine Coquio est enseignante-chercheuse à l'université Paris IV-Sorbonne et présidente de l'Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides (www.aircrige.org)L'Histoire trouée s'inscrit dans cette démarche activd'une recherche pluridisciplinaire qui sait écouter et se mettre au service de la société
L'oeuvre de François Tosquelles (1912-1994) n'est connue jusqu'à maintenant que des milieux de la psychiatrie et de la psychanalyse. Il fut, en effet, le génial "? inventeur ? " (mot qu'il récusait) d'un courant de la psychiatrie qui contribua à sa révolution, la "? psychothérapie institutionnelle ? ". Ce courant naquit à l'hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pendant la deuxième guerre mondiale. L'histoire a déjà fait légende de ce lieu où, à la faveur de la guerre, se retrouvèrent psychiatres progressistes (Lucien Bonnafé, Paul et Germaine Balvet, André Chaurand, Jean Oury, Franz Fanon), poètes surréalistes (Paul éluard, Tristan Tzara), artistes (les patients Auguste Forestier, Aimable Jayet, Marguerite Sirvins, mais aussi Gérard Vuillamy et Jean Dubuffet, qui y puisa de quoi réunir sa collection d'art brut), philosophes (Georges Canguilhem), et de nombreux résistants réfugiés. De cette conjonction surréaliste et communiste libertaire se dégagea une nouvelle manière d'envisager la folie, comme une dimension proprement humaine, et l'institution psychiatrique comme un organisme à "? soigner ? ". Les murs de l'asile furent abattus (par les patients eux-mêmes), l'espace de l'hôpital fut ouvert sur l'extérieur et réorganisé, la vie repensée avec le travail et l'ergothérapie, la vie collective rythmée par des activités dans et hors l'hôpital et par la tenue de "? clubs ? " autogérés par les patients. Cette révolution puisait en réalité ses ressources d'intelligence dans l'histoire de la Catalogne des années 1920 et 1930, à laquelle Tosquelles avait activement participé. Psychiatre progressiste, immédiatement intéressé par la psychanalyse (influente à Barcelone grâce à la présence de nombreux psychanalystes juifs chassés d'Europe centrale par le nazisme), il avait également fait l'expérience d'un militantisme concret (il était membre fondateur du Parti ouvrier d'unification marxiste [POUM], anarcho-syndicaliste et antistalinien). Il tira de son expérience de la guerre civile comme psychiatre de l'armée républicaine la plupart de ses convictions (dont l'une, la nécessité de "? soigner sur le lieu du trauma ? ", fut à l'origine de la psychiatrie moderne dite "? de secteur ? "). Il fut appelé à Saint-Alban en 1940, alors qu'il était réfugié au camp de Septfonds, au nord de Toulouse, où il avait improvisé un service de psychiatrie dans une cabane et "? dans la boue ? ". Le remarquable travail de recherche de Joana Masó donne lieu à un ouvrage à la fois pédagogique et éclaté, dans lequel alternent ses synthèses historiques et des extraits des textes majeurs de Tosquelles, accompagnés d'une iconographie documentaire exceptionnelle. Le portrait du personnage, dans laquelle se conjuguent la rage et le pragmatisme politiques, le grotesque catalan, l'érudition et la passion de la langue et de la folie, est le premier à restituer son oeuvre dans toutes ces dimensions.
Les Ouvres de Fernand Deligny (1913-1996) reconstituent en 1856 pages de textes, images, fac-similés, les étapes d'une trajectoire qui conduisit cet éducateur sans diplôme de la lutte contre l'institution "Sauvegarde de l'enfance" à une approche expérimentale de l'autisme. L'ouvrage rassemble l'essentiel de son oeuvre, éditée et inédite ? : de Pavillon 3, ses premières nouvelles (1944), aux textes sur l'image des années 1980 et à l'évocation de sa dernière et monumentale tentative autobiographique, L'Enfant de citadelle. L'écriture fut pour Deligny une activité constante, existentielle, le laboratoire permanent de sa pratique d'éducateur. Ses premiers livres sont des pamphlets contre l'"encastrement" institutionnel et contre l'approche psychopédagogique qui anime la politique rééducative de l'après-guerre et dans laquelle il voit très tôt s'annoncer la "société de contrôle". A partir de la fin des années 1960, il engage une réflexion anthropologique contre la "domestication symbolique" et pour une définition de l'humain a-subjectif, spécifique, dépris de lui-même. Il accueille des enfants autistes dans les Cévennes et invente un dispositif ? : un réseau d'aires de séjour, des éducateurs non professionnels, un "coutumier" ritualisé à l'extrême, inspiré de l'agir et de l'immuable autistiques. Il invente une cartographie, les fameuses "lignes d'erre", se saisit du cinéma pour remettre en cause le point de vue hégémonique de "l'homme-que-nous-sommes". Le volume - chronologique - s'accompagne d'une édition critique détaillée ? : les textes et films en images sont précédés d'introductions (Sandra Alvarez de Toledo) qui les replacent dans leur contexte historique et dans la biographie intellectuelle de Deligny ? ; chacune des cinq parties de l'ouvrage se conclut par un texte (Michel Chauvière, Annick Ohayon, Anne Querrien, Bertrand Ogilvie, Jean-François Chevrier) qui dégage les lignes de force de sa pensée au cours de ses tentatives successives. A part le milieu de l'éducation spécialisée, qui célébrait encore Graine de crapule comme le petit livre rouge de la pédagogie libertaire, et quelques philosophes à qui le Mille plateaux de Deleuze et Guattari rappelait vaguement son nom, Fernand Deligny était oublié. La parution des Ouvres, en 2007, lui a donné une seconde vie. Il est désormais lu et traduit en plusieurs langues ? ; sa pensée est étudiée sous ses multiples angles, pratiques, théoriques, artistiques ? ; sa proposition de considérer l'homme du "point de voir" de l'autiste et de créer de nouveaux modes d'être et d'existence est prise en compte par ceux que les ravages du capitalisme incitent à changer de perspective, à inventer de nouveaux espaces de lutte, de recherche et de vie. La réédition, dix ans plus tard, est à quelques points près identique à l'édition originale. On trouvera en fin de volume, comme un signe qui salue cet anniversaire, un court texte supplémentaire, inédit, "L'homme sans convictions".
Le titre, Autoportrait dans l'atelier - un thème iconographique familier de l'histoire de la peinture -, doit être entendu ici à la lettre : ce livre est un autoportrait, mais seulement dans la mesure où, à la fin, le lecteur pourra en déchiffrer les traits à travers le patient examen des images, des photographies, des objets, des tableaux présents dans les ateliers où l'auteur a travaillé et travaille encore. Le pari d'Agamben est, dès lors, celui de réussir à parler de lui seulement et exclusivement en parlant des autres : les poètes, les philosophes, les peintres, les musiciens, les amis, les passions - en somme les rencontres et les confrontations qui ont décidé de sa formation et ont nourri et nourrissent encore sa propre écriture, de Heidegger à Elsa Morante, de Melville à Benjamin, de Giorgio Caproni à Giovanni Urbani. Les illustrations font donc partie intégrante de ce livre, elles composent avec le texte non pas une autobiographie mais une autohétérographie des plus fidèles, et intemporelle.
Fernand Deligny écrit Lettres à un travailleur social en 1984-1985. Depuis le début des années 1970, il a publié une dizaine de livres qui portent sur la "tentative" des Cévennes avec des enfants autistes. Il s'est éloigné des travailleurs sociaux. Ceux-ci lui reprochent son écriture "hermétique" et voudraient le voir renouer avec l'esprit militant des aphorismes de Graine de crapule (1945). Deligny répond sans répondre. S'adressant à "un travailleur social quel qu'il soit", c'est précisément dans cette langue "en tant qu'outil" qu'il veut persuader les travailleurs sociaux de penser leur tâche. Sa proposition est politique : il pointe les risques d'une liberté indexée sur l'individualisme, et d'une psychologie organisée autour de l'hypostase du "sujet absolu" et de la "conscience de soi". Dans des pages que ne renieraient pas les critiques actuelles les plus radicales sur l'école, il met en garde contre les formes de l'"apprendre" qui négligent les "faits hérétiques", les faits "chiendent", ceux qui résistent à la "sélection". Il suggère de respecter le hasard, et le tacite, dont il reprend la notion à Ludwig Wittgenstein. Il interroge un commun coutumier, indissociable de la pratique qui consiste à "asiler" l'humain, celui en qui la mémoire d'éducation n'aurait pas totalement supplanté la mémoire d'espèce... Dans une postface généreuse et éclairante organisée en trois parties, Pierre Macherey répond en quelque sorte, lui, à l'inquiétude du travailleur social. Dépliant l'écriture de Deligny sans l'expliquer, proposant de lui reconnaître son étrangeté, il souligne la parenté entre la langue et les thèmes abordés : I'"entre", de préférence aux grandes totalisations ; l''"énigme", qui appelle le silence. Puis il analyse l'une des lettres, dont il dégage en particulier le thème de l'"aller ligne" - formule reprise à Henri Michaux -, en montrant qu'elle conduit Deligny de "la simple évocation d'une file d'enfants" à des considérations de portée "tendanciellement cosmique". Il propose enfin un florilège de citations de Lettres à un travailleur social, associées et commentées de manière à en faire apparaître clairement la trame et les principales lignes de force.