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Europe N° 1022-1023, juin-juillet 2014 : Romain Gary
Dobzynski Charles ; Para Jean-Baptiste
REVUE EUROPE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782351500651
Romain Gary fait figure de marginal dans la littérature française. Cultivant le mythe de l'affranchi et du saltimbanque, sans frères de plume, sans compagnons de route, il est pourtant resté une figure marquante de notre littérature, au-delà même de l'extraordinaire " Affaire Ajar ". Lisant Gary, on ne peut oublier qu'il est un enfant de l'exil, dont le destin originel a été déterminé par la violence de l'Histoire ; que sa vie s'est terminée par une balle dans la tête (cette balle, on l'entend siffler dans ses textes) ; qu'il a risqué sa peau dans les combats aériens de la guerre avec une rare intrépidité, par goût de l'aventure peut-être, mais aussi par éthique de l'exigence : au fil des pages se profilent la mort vue de trop prés, la plongée de l'avion qui aurait pu ou dû tomber et s 'écraser (et cette maîtrise dans le looping inspire ses meilleures pages). On n 'oublie pas non plus que sa vie aurait pu s 'achever à Auschwitz. On est assailli, le lisant, par l 'image du seigneur de la guerre autant que par celle du rescapé des massacreurs. Le tragique du siècle est là, à chaque instant. Et aussi l'énergie et le sens de la dérision nécessaire pour mettre en lambeaux la tunique de Nessus que pourrait représenter telle ou telle de ces images. On aime en Gary sa radicalité comique, ce qu'il doit à la grande tradition déracinante de l'humour juif ses angles de tir inattendus, ses formules en coups de fouet, sa façon souveraine de manier l'ironie, son art de jouer avec postures et impostures, de se dédoubler, de se multiplier de faire le ventriloque, d'être résolument "pour Sganarelle " ... On aime son côté passe-muraille, passe frontière des genres, des normes, des goûts. Il est vrai aussi que certains de ses livres paraissent lourds, peinant à maintenir une ligne d'envol. En même temps, l'époque ne se trompe pas en en faisant une des figures littéraires majeures d'hier - et d'aujourd'hui ? Un jugement bien balancé sur Gary risque fort de passer à côté de l 'écrivain qu'il fut Et il y a de l'impudence à venir chipoter ou ergoter sur l'oeuvre de quelqu'un qui a pris de tels risques : les risques vitaux, mais aussi celui de ne pas se conformer aux réquisits littéraires de son temps, de se placer hors jeu.
Né en 1929 à Varsovie. Journaliste à partir de 1950 à ce Soir puis aux Lettres Françaises qui publient ses premiers poèmes présentés par Paul Éluard et où il exerce la critique de cinéma. En 1972, devient rédacteur en chef de la revue Europe où il continue de publier une chronique mensuelle de poésie. A participé depuis 1998 à la rédaction du mensuel Aujourd'hui Poème. Membre de l'Académie Mallarmé président du jury du prix Apollinaire. Auteur d'une trentaine d'ouvrages de poésie. A publié diverses traductions (Rilke, Maiakovski, Markish, Sutskever) et tout particulièrement une Anthologie de la poésie yiddish plusieurs fois rééditée.
Généralement classé comme figure majeure du Futurisme russe, Vélimir Khlebnikov (1885-1922) peut enjamber avec aisance la clôture des commodes typologies. Eveilleur d'avenir, il fut aussi un aventurier de la " nuit étymologique ", comme le nota Mandelstam qui salua en lui un des plus féconds créateurs d'images à l'échelle des siècles. Khlebnikov comparait le langage de l'homme à un sac rempli de papillons. Eternel vagabond, aiguillonné par un intarissable désir d'itinérance, ses amis à leur tour le comparaient à un héron cendré ou à quelque échassier pensif avec son habitude de rester debout sur une jambe, ses déambulations silencieuses, ses brusques envols pour de longues migrations vers les espaces insoupçonnés du futur ou les forêts ombreuses de l'archaïque. Mais aussi bien, il pérégrina jusqu'à l'épuisement à travers la Russie, promenant partout les eaux claires de son regard et l'audace d'un esprit intrépide. A Kharkov ; il fut le témoin des furies de la guerre civile. Avec les troupes de l'Armée rouge, il se rendit jusqu'au nord de l'Iran où il reçut de ses amis persans les surnoms de "derviche russe " et de " prêtre des fleurs ". " Novateur par excellence ", selon le mot d'Anna Akhmatova, Khlebnikov était convaincu de la consubstantialité de l'univers et de la parole comme créations rythmiques continues. Il inventa des formes inédites, bouscula les frontières entre art et science et opéra un gigantesque déplacement des valeurs esthétiques. Il voulut établir les lois pures du temps afin de libérer le monde des périls et des guerres en rendant la " destinonavigation " humaine aussi tranquille que sur un fleuve dont on a balisé les écueils. Dans la plénitude du grand songe, il aura saisi l'art dans sa pure fonction exploratrice et comme foyer intégrateur de tous les temps. En compagnie de Khlebnikov qu'il avait fréquenté dans sa jeunesse, Roman Jakobson disait avoir éprouvé " la sensation rare et saisissante d'être soudain en présence d'un génie ". Ce numéro d'Europe offre en langue française le plus vaste ensemble d 'études et de témoignages jamais dédié à ce jour au grand poète russe.
Cela pourrait se dire une autobiographie, ce qui s'entretisse ici, comme une tapisserie depuis la naissance, en Pologne, c'est toute la gamme des événements petits et grands, parfois dramatiques, les aventures, mésaventures, les amours et les amitiés, les étapes de la construction psychologique et professionnelle de celui qui deviendra le poète de Je est un Juif, dont ce livre est un peu le prolongement. C'est la chronique d'une expérience jalonnée par les rencontres avec quelques grandes figures de ce temps, Cendrars, Eluard, Aragon, Char, Césaire, Asturias, Chagall. Itinéraire sinueux des rêves d'avenir, des utopies politiques, de l'enracinement dans la judéité. Chaque séquence de cette vie a pour rythme la musique du vers, et constitue par sa continuité, autour du thème central de la mère, un roman aux variantes et embranchements multiples.