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Europe N° 1031, Mars 2015 : Antoine Emaz, Gaston Miron
Para Jean-Baptiste
REVUE EUROPE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782351500705
Né en 1955, Antoine Emaz est aujourd'hui considéré comme l'un des poètes français les plus importants de sa génération. Il a suivi un chemin de grande exigence, conforté par les hauts exemples de Pierre Reverdy et André du Bouchet. La poésie pour Antoine Emaz est indissociable de la vie. "Elle est à chaque fois invention d'un écrire-vivre, une tension de langue contre ce qui nous rend muets." La force et la précision sensible de son oeuvre vont de pair avec son dépouillement, sa nudité, sa retenue. Si son apparente précarité nous bouleverse, dans son attention à l'ordinaire des jours, au travail humain, à la fatigue, c est qu'on y sent obstinément palpiter une parole soucieuse de dire le plus justement possible note relation au monde. Même quand il y a "peu à voir sauf le ciel et la lumière qui baisse", même quand tombe "une pluie fine de rien", même quand le corps et le coeur sont harassés, la possibilité d'une parole demeure. La voix qui parvient jusqu'à nous, un peu mate et presque assourdie, a prêté tant d'attention à l'inaperçu qu'au moment de la lecture, au moment de la rencontre et du partage, l'émotion que l'on sent poindre a le pouvoir de ranimer la vie. Le refus de toute emphase et le choix résolu de la sobriété finissent par révéler au coeur des jours me clairière inépuisable. Et c'est ainsi que sans meurtrir les sources du souffle et du silence, cette voix nous parle de ce qui nous maintient malgré tout à hauteur humaine dans un monde où nous avons de plus en plus de mal à respirer.
Résumé : Le temps passe, mais les oeuvres demeurent. Dès l'instant de leur naissance, disait en substance Merleau-Ponty, elles regardent jusqu'au fond de l'avenir. Ce livre, à sa manière, en témoigne. Il s'agit moins d'une anthologie que d'une oeuvre polyphonique où se tissent ensemble les liens de mémoire et cet aspect essentiel de l'activité poétique que l'on pourrait appeler "la quête du moderne dans le passé". Qu'il s'agisse de Virgile, de Dante, de Wang Wei, d'Étienne Jodelle, de John Donne, de Bashô, d'Évariste Parny, de Leopardi ou de Laforgue, c'est-à-dire de poètes dont les noms sont demeurés en pleine lumière ou dans une plus secrète pénombre, pour les poètes d'aujourd'hui qui les lisent, ces poètes d'autrefois sont nos contemporains. L'éloignement ou la proximité ne tiennent pas à une distance objective mais à la qualité du regard. Ce livre est aussi celui d'une réprocité du regard. Les poètes du passé sont rendus à la fraîcheur inaltérable de la présence, mais en retour ils éclairent aussi d'un nouveau jour les gestes profonds qui animent les ouvres des poètes d'aujourd'hui. En somme, c'est un livre de rencontres qui est proposé ici. Des rencontres dont le lecteur ne sera pas seulement le témoin, puisqu'il s'y trouvera impliqué par toutes les ressources du plaisir, de l'intelligence et de la sensibilité.
On écrit parce qu'on est mal placé dans son époque. Parce qu'on s'y sent dépaysé", dit Olivier Rolin. Vagabondant parmi les paysages, les époques et les livres, cet écrivain nous embarque dans une traversée au long cours. L'Histoire est sa grande affaire, les larges espaces géographiques aussi. La littérature selon Olivier Rolin arpente la déchirure entre le réel et l'idéal, mais elle le fait comme on répond à l'appel du large. De Veracruz à la Terre de feu, des îles Solovki aux rives du fleuve Amour, ses pérégrinations dans l'espace sont aussi des immersions dans le temps. Il est peu d'auteurs contemporains qui savent composer un monde d'une telle profondeur de champ. Bien peu qui possèdent un registre de thèmes et de langue aussi étendu. Très peu, enfin, qui s'aventurent aussi loin des schémas du roman traditionnel. Ce qui hante Olivier Rolin, outre la puissance de certains paysages, la mémoire des livres et la nostalgie de quelque amour perdu, ce sont des moments d'acmé historique où une grande espérance avorte, où une utopie généreuse accouche d'une tragédie ou, plus banalement de la désillusion. Ce vertige de la défaite, cette "énigmatique puissance de l'échec" nourrit une mélancolie profonde, comme si Olivier Rolin portait encore, au-delà de ses années militantes, "le deuil de la révolution". Et tout cela affleure dans ses livres avec un beau souci des musiques de la phrase, du tempo, des chromatismes, des accords en mineur ; avec parfois une mélodie schubertienne dans des romans qui sont toujours aux marges de la poésie, de la méditation intérieure, du murmure de l'âme.
Sans doute est-il indispensable de revenir périodiquement à l'oeuvre de Flaubert. Car celui qui, selon le mot de Barthes, "a constitué définitivement la littérature en objet" marque une étape décisive dans l'histoire de notre modernité. OEuvre-monument, oeuvre-continent, dont bien des aspects, malgré les lectures de Blanchot et de Genette, de Sartre et de Bourdieu, malgré les riches travaux qui l'ont envisagée d'un point de vue narratologique, sémiologique ou poéticien, restent encore à explorer. Le présent numéro d Europe propose des analyses sur les procédés et processus utilisés par Flaubert pour aboutir à ce style qu'il souhaitait "rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences". Mais des aspects plus inattendus, plus surprenants sont aussi abordés. Il est au moins un point, en effet, sur lequel l'oeuvre est à l'image de son auteur, c'est son caractère complexe et contradictoire. Car le chantre de l'impersonnalité constitue une écriture de la sensation qui puise consciemment dans l'héritage de la littérature romantique ; l'ermite de Croisset, le solitaire du "gueuloir" est un voyageur ; l'épistolier qui vitupère l'époque à longueur de pages, et à qui on pourrait appliquer la formule qu'il employait après le décès de Théophile Gautier : "Il est mort du dégoût de la vie moderne", est aussi un homme en dialogue constant avec les oeuvres des artistes et penseurs de son temps, de Manet à Courbet, de Hegel à Ravaisson, de Maine de Biran à Tocqueville et aux positivistes ; le prophète de la littérature comme seul absolu, du refus de tout engagement, développe pourtant une politique et une éthique de la littérature ; l'homme qui croit ferme à la science élabore aussi, comme l'affirme ici Jacques Rancière, "quelque chose comme un poème de la faillite du savoir". C'est ce Flaubert riche et complexe, homme de ruptures et d'admirations, l'écrivain sans doute le plus transparent et le plus secret à la fois du XIXe siècle, que ce numéro d Europe souhaite faire redécouvrir.